Cachet postal

courrier des lecteurs, lettres d’insultes non anonymes, demandes d’autographes, commandes de produits dérivés, achat des droits pour le cinéma, conseils pour devenir joueur de pipeau professionnel, sponsoring à plus de cinq zéros, ou autres raisons indispensables de me contacter directement ? glissez votre message dans l’enveloppe, léchez le timbre, et collez-le ici 

 

 

 

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DURA LEX...

Toutes les lettres (et les chiffres aussi, allez, soyons pas radin) formant les mots qui constituent ce blog, ainsi que tout ce qui s’y trouve, y compris la super méga géniale bannière, sont protégés par la loi, des playmobils surarmés, et plein d’autres trucs plutôt cool. Alors on ne copie pas, on ne vole pas, on ne tire pas les cheveux des filles à la récré, sinon, je vais chercher des copains très baraqués, et on vient tous chez toi manger des pizzas aux anchois sur ton canapé, mettre tes boyaux en guirlande sur ton yucca, et casser ta télé. Alors fais super gaffe les gens. 

 

 

 

 

 

 

 

Avec le temps va

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Vendredi 16 mai 2008

Comme les gens font des enfants de plus en plus tard, ils ne peuvent pas regarder les dessins animés avec leurs rejetons. Par conséquent, il a fallu inventer les discothèques pour les plus de 28 ans, pour qu’ils puissent aller écouter les génériques de dessins animés de leur enfance sans honte, ainsi que des tubes chantés par des gens qui n’ont jamais été sauvés par des SMS pour continuer l’aventure.
Il se trouve que dans les environs d’ici, donc genre un peu la campagne quelque part en Suisse, il y en a une depuis peu. Toujours soucieux de te rendre moins con (si, si, je te jure c’est possible), et surtout de ne pas rentrer trop tôt, l’arpenteur a pris le risque inouï d’y aller, lui qui déteste la danse (qui le lui rend bien, d’ailleurs, cette salope, mais là n’est pas le propos).
Grâce à ce courage journalistique trop rare de nos jours, il peut t’abreuver de judicieux conseils, si toi aussi tu veux aller danser sur Ohé ohé capitaine Flam abandonné
Tout d’abord une boîte provinciale pour les plus de 28 ans, c’est en dehors de la ville, entre des réservoirs géants pour du pétrole libyen et la ferme de Gustave-Marcel Duchemin, d’où cette riante odeur sur le parking. Donc mieux vaut venir avec le nez bouché, ou un verre dedans, le nez (mais en taxi alors, ou accompagné, attention hein !). D’emblée tu constates avec une certaine appréhension, que tu trouves très facilement une place de parc…
Du coup, tu hésites un peu devant la porte du J*, mais comme tu n’as pas envie de rentrer, tu rentres (réfléchis, tu vas comprendre…………… làààà bien… tu vois, elle était bonne, non ?)
Une fois entré, on te prend ta veste, parce que c’est vestiaire obligatoire, et le préposé ne t’encourage pas spécialement en disant : « il n’y a pas grand monde »… Mais il a surtout l’outrecuidance de ne pas te demander ta carte d’identité cet enfoiré… alors que je le rappelle c’est interdit aux « moins de 28 »…

Non mais oh… pas le sens du commerce les gars… Toujours flatter le client, on ne vous l’a jamais dit à l’école des « patron de boîte » de Goumoëns-sur-Arbaz ?
Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, tu passes le rideau, et tu te retrouves d’un coup d’un seul dans l’épisode 439 de Derrick (celui où il enlève ses lunettes deux fois). Le décor est tel que tu vérifies tout de suite si ce n’est pas Horst Tappert qui est aux platines mange-disque. Mais non, c’est DJ Franky, celui que tu évitais à chaque fois qu’il était dans un bar, depuis que tu as 18 ans… mais apparemment, il a enfin appris à se taire entre les chansons…
La musique est sympa, et pour une fois, tu reconnais deux trois morceaux, et le son n’est pas trop fort, ce qui est agréable et reposant pour les piles de ton sonoton. L’air détaché, tu poses tranquillement ta bière sur une table basse en formica, qui change de couleur toute seule, et tu essaies d’avoir l’air cool (le principe même d’une enquête, c’est de ne pas se faire repérer), en discutant avec tes vieux potes de ta première sortie en boîte, comme un ancien combattant.
Tu ne tardes toutefois pas à te demander ce que tu fais là. Ca se remplit lentement. Quelques clients pas trop rouillés essaient de danser, dont le père de Kevin, et la mère de Sim, mais aussi la réceptionniste de la maison de Commune, le droguiste, celui qui a une entreprise de peinture, et l’assistante dentaire, entre autres.
Il n’est pas dur d’imaginer que le plan drague de base n’est pas « vous habitez chez vos parents », mais plutôt « vous avez divorcé quand ? », pendant les slows (oui, oui, il paraît qu’il y a des slows, comme à la boum pour les 13 ans de Christophe, en 1984)…
Mais vers deux heures du mat’, tu es complètement claqué, alors tu rentres chez toi, en regrettant déjà d’être venu, car tu sais qu’au moins jusqu’au mardi suivant tu auras la tête dans le cul… et le tien en plus, ce qui n’est pas le plus amusant, il faut le reconnaître…
Mais il y a aussi du bon. Par exemple, tu ne paies pas l’entrée, et c’est le seul endroit que je connaisse où les boissons non alcoolisées pour le chauffeur sont gratuites…
Comme quoi l’adage « plus tu deviens vieux, plus tu deviens con », n’est peut-être pas forcément juste…
« Coup d’œil » dans le rétro, par arpenteur, disc-jockey depuis 1971

(c)photo arpenteur2004 - rejkjavik, islande 

*le nom complet restera anonyme car d’une part je n’ai pas été payé pour cette publicité (mais suis ouvert à toute proposition), et d’autre part, l’arpenteur est secret… et vénal, puisque moyennant corruption active, il est possible que je cafte, si quelqu’un a vraiment envie d’aller visiter et qu’on me le demande par mail…
par Arpenteur publié dans : Coup d'oeil
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Mardi 29 avril 2008

- Commencez par la mauvaise, s’il vous plaît…

C’est lorsque j’ai répondu ainsi à la question du médecin, en avalant difficilement cette grosse boule que j’avais dans la gorge, que tout a commencé. Ou que tout s’est arrêté, devrais-je dire.
Puis est venue la bonne, comme il disait : « Mais vous êtes jeune et en bonne santé, vous avez des chances sérieuses de vous en sortir ».
En bonne santé...
Je ne sais pas s’il a remarqué l’ironie de sa bonne nouvelle. J’étais bien trop choqué pour le relever. Mais maintenant que je ne peux plus rien faire d’autre que repenser à ce moment, cela me fait presque sourire. Si seulement j’en avais au moins la force.
Le problème, c’est que ça n’a pas tenu bien longtemps. A peine deux mois plus tard, le Docteur Ledoux, assis derrière son bureau sur lequel trônait une reproduction articulée du genou et de ses mystères, m’a confirmé, avec un air très sincèrement peiné, que le bonne nouvelle avait du plomb dans l’aile, et moi une tumeur maligne dans le ventre…
Incurable.
Quelques mois.
Quelques mois qui m’ont lentement, mais trop vite, mené dans ce lit, chambre 271, Hôpital des Trois Chênes.
Au début, c’est le choc. Les bras sont lourds et la tentation de les baisser est très grande. Mais c’est le choc pour tout le monde, alors j’ai fait ce qu’on attendait sans doute de moi. J’ai fait face. Autant que possible. Pour moi. Mais surtout pour eux. Pour elle.
Quelques mois.
C’est terriblement court. Et dire que mes quatre mois d’armée m’avaient paru une éternité insurmontable…
Très vite, la question se pose, d’une simplicité affligeante, et inévitable : que faire de ces quelques mois ?

Voyager ? Bien sûr on s’y essaie, on profite mais les aventures les plus folles et les paysages les plus magiques n’arrivent pas à effacer l’ombre qui plane. Partout. Toujours. Mais au moins on se fabrique des souvenirs. Enfin, surtout pour les autres.
Faire des enfants ? Y aurait-il plus irresponsable et égoïste ? Faire volontairement un orphelin, juste pour l’autosatisfaction d’avoir perpétué l’espèce ?
Goûter aux plaisirs interdits pour s’évader ? S’étourdir pour ne plus penser ? Faire la fête ? Mais faire la fête avec qui ? Les amis ont une vie. Eux. Une famille. Un travail. Une vie qui continue. Et qui continuera. Ils peuvent mettre des verbes au futur. Moi, le seul que je peux conjuguer ainsi, c’est mourir. Alors oui, on a toujours du plaisir à être ensemble, mais du temps, paradoxalement, ils en ont beaucoup moins que moi. Comment leur en vouloir. Surtout qu’il y a toujours un moment dans la soirée où j’ai l’ivresse triste et mélancolique. Boire tout seul, c’est vite lassant. Et la faiblesse de l’alcool dans ce genre de situation, c’est que la gueule de bois est encore plus déprimante que d’habitude.
Se gaver de sexe, de plaisir et de jouissance ? On a bien essayé, évitant de perdre un instant, jouant sur la fantaisie, et l’imaginaire. Mais le cœur n’y était jamais vraiment, et la jouissance la plus intense débouchait toujours sur une infinie tristesse. Et il me fallait réunir une telle force pour la cacher, que je me suis vite lassé de ces plaisirs, étonnamment.
C’est pareil pour tout. Plus rien n’a le même goût.
Chaque émotion, chaque sensation, chaque sourire, chaque larme, tout, absolument tout, a la saveur aigre d’un morceau de chocolat que l’on prend juste après s’être brossé les dents.
Très vite, ces quelques mois deviennent de minuscules semaines.
Puis quelques jours.
J’aurais aimé écrire ces pensées qui se bousculent en moi en ces derniers instants. J’aurais dû les écrire. Mais le problème avec les dernières pensées, c’est qu’elles arrivent quand il est trop tard, par définition.
Je me souviens de ce jour où nous étions montés sur le toit. Emmitouflés dans toutes les couvertures que nous avions trouvé, nous avons regardé le soleil se lever sur le village en contrebas, irisant de cette lueur jaunâtre et unique les toits des vivants. La brume se retirait lentement des forêts, et je ne sais qui peignait en rose la pointe des montagnes avec un talent qui ne sera jamais égalé.
C’était beau, calme, paisible. J’étais presque serein. Je ne voulais pas le demander et briser la magie du moment, mais je n’ai pas su résister.
- Tu y penses ?
- Oui… Tout le temps, m’as-tu répondu.

J’avais tellement espéré que tu me répondes : « à quoi ? ». Mais je sais que tu ne pouvais pas toujours faire semblant. Ce boulet que je tirais, je l’avais attaché à la cheville de tous mes proches. Même si j’avais maladroitement essayé de le peindre en rose, il restait terriblement lourd.
Je suis tellement désolé de t’avoir imposé cela, de t’avoir apporté une telle tristesse. Je m’en veux. Et je suis sûr que tu m’en as parfois voulu aussi. Ce serait naturel, et rassure-toi, je ne t’en tiens pas rigueur. Tout aurait peut-être été plus simple si j’étais parti par accident voilà six mois. Tu aurais souffert aussi, mais différemment… Une souffrance moins sourde, moins vicieuse, moins lancinante…
Et il y a peu, les jours ne sont devenus que des heures.
Les dernières.
Avec la tentation envahissante de faire un bilan. Je crois que c’est assez logique. De toutes façons, depuis quelques mois, je me la suis posée des centaines de fois cette question : à quoi ma vie a-t-elle servi ? Est-ce que je quitte un monde meilleur que celui dans lequel j’étais entré voilà 32 ans ? Est-ce que je l’ai changé ? Non. Je ne le crois pas. Et si c’est le cas, ce n’est en tout cas pas grâce à moi. Je peux bien retourner la question encore et encore, je parviens toujours à la même réponse, qui fait froid dans le dos.
Alors pour ne pas trop déprimer, je me dis que lorsque je t’ai fait sourire, ma vie a été utile. Mais y a-t-il eu assez de sourires pour compenser toutes les larmes que j’ai vu couler ces derniers mois ? Sans compter celles qui ont sans doute coulé en cachette. Et le torrent de celles encore plus douloureuses, qui ont coulé seulement à l’intérieur, érodant rageusement ton cœur, ton âme ?
Peut-être que lorsque j’ai fait rire des amis, j’ai été utile. Comme quand j’ai essayé maladroitement de les réconforter si ils allaient mal. Je ne suis vraiment pas doué pour ça, ils ont dû s’en rendre compte, mais je pense qu’ils ne m’en veulent pas. J’espère que j’ai été utile, comme ils ont essayé de l’être ces derniers mois, et comme ils l’ont été malgré tout. Mais ce n’est pas facile. A chaque fois qu’ils viennent me voir, nous sommes empruntés.
Et eux, et moi.
Moi de leur infliger ce spectacle, cette décrépitude, et cette évidence de la mort.
Et eux de ne pas savoir que dire : parler du passé éveille une nostalgie bien trop déprimante, et parler du futur les met mal à l’aise, puisque je n’en ai plus. Alors il ne reste que le présent, qui n’est franchement pas très folichon. On aligne tous des banalités affligeantes alors qu’il y aurait tant à dire, à faire. Enfin je crois, mais je ne sais pas quoi.
Je sens que c’est pour aujourd’hui. Je ne pensais pas qu’on pouvait le savoir avec une telle certitude, mais oui, c’est pour très bientôt. Cela fait une semaine que je suis extrêmement faible. La moindre parole est un supplice, un effort incommensurable. Je ressens une fatigue extrême, contre laquelle je lutte toutefois, essayant bien stupidement de grappiller chaque seconde, chaque sensation, que peut encore m’offrir le décor ridicule de cette chambre d’hôpital.
Quelques minutes encore.
Comme tous les jours, tu es là. Je te vois, à chaque fois que je parviens à ouvrir les yeux au prix d’un immense effort. Tu regardes par la fenêtre, et la douce lumière du crépuscule donne une couleur magique à tes cheveux.
Je sens ta main dans la mienne. Cette main si douce me fait mal tout comme elle m’apaise et me réconforte.
Elle va tellement me manquer cette main que c’est douloureux de la sentir encore. Mais comment me passer de son contact ? Ca fait tellement de bien de ne pas partir seul.
J’espère que j’ai pris le temps de te le dire.
Je ne sais plus.
Si tu savais comme j’aimerais avoir encore la force de te parler. Je ne me souviens même plus du dernier mot que je t’ai dit. Et dire que je ne t’en dirais plus un seul. J’espère que toi, tu t’en souviens. Enfin, ça dépend ce que c’est…
Je sais que je vois là la dernière image de ma vie : ta silhouette de dos qui se détache dans le couchant, et je suis heureux que tu ne me regardes pas.
Je me plais à penser que tu es en train de faire ce que tu m’a promis si souvent : regarder l’avenir, vivre ta vie, rire et sourire, être heureuse, et te servir de notre histoire et de mon souvenir pour te fabriquer un nouveau bonheur, encore plus doux que celui que tu m’as donné.
Et surtout, je sais que si tu t’étais tournée vers moi, j’aurais vu des larmes dans ton regard, et je ne veux pas partir avec l’image de tes yeux tristes. Alors continue de regarder devant toi. Je t’en supplie, ne te retourne pas… c’est plus facile pour tous les deux.
Je ne peux plus tenir mes yeux ouverts.
Plus que quelques secondes.
« Au revoir, je t’aime, merci, merci pour tout. Pardonne-moi, et sois heureuse ». Je le pense si fort que j’espère que tu parviens à l’entendre… Puis lentement, le rideau de mes paupières me plonge dans le noir.
C’est la fin du spectacle.
Pour toujours.
Quelques souffles incertains, comme la flamme d’une bougie qui tremblote et hésite avant de disparaître et je m’éteindrai... Cette certitude est étonnamment apaisante, mais au moment où mon cœur s’arrête, épuisé d’avoir lutté, alors qu’il avait encore tant à aimer, la seule chose que je ressens est une immense tristesse.
« Biiip… Biiiip… Biiiiiiiiip… Biiiiiiiiiiiiiiip… Biiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii... »
 

Ton coup d’épaule brusque me réveille.
- Eteins ce putain de machin ! Merde… tu fais chier… C’est dimanche…
Et je ressens à ce moment là le bonheur le plus intense et absolu de toute ma vie.
« Nouvelle mauvaise » terrifiée, par arpenteur, conscient de sa chance depuis 1971
(c)photo arpenteuse2004 - rome

par Arpenteur publié dans : Nouvelles mauvaises
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Jeudi 17 avril 2008

 

J’ai eu l’honneur d’être taggé (je crois que c’est ça qu’on dit) pour une chaîne, qui tourne depuis quelque temps. Ca confirme que je fais partie des blogs verts les plus célèbres au nord de la route des cerisiers, et ça me permet de faire un billet quand je suis en manque d’inspiration ce qui est le cas depuis quelques secondes, voire semaines.
Mais j’essaie de faire croire que je n’aime pas succomber aux modes qui envahissent internet en général, et la blogosphère en particulier (la preuve, j’ai un blog).
C’est pourquoi je renonce à faire cette chaîne, n’en déplaise à celle qui m’avait taggée (d’ailleurs ça ne se fait pas de tagger, c’est du vandalisme).
Mais le problème c’est que cela ne m’offre pas un billet pour pas un rond. Et comme je n’ai pas l’esprit assez affûté pour en inventer une, je vais en reprendre une que tout le monde connaît, mais pas la chaîne du foot et du porno, n’en déplaise à certaines et certains…
En cette période où le réchauffement de la planète est encore accéléré par une torche olympique qui va d’Athènes à Pékin en faisant des détours hallucinants, à croire que c’est une femme qui conduit, j’ai décidé d’apporter ma pierre à l’édifice, et de lancer la chaîne du froid.
Quelle température avez-vous ?
Je dois faire un bon 36.8, peut-être même un 37 et des petits tas.
Quelle est la température de la pièce dans laquelle vous vous trouvez ?
Elle doit faire 21-22, ce qui est quand même étroit, et avec mon 37 pourtant tout à fait seyant, j’ai de la peine à rentrer dedans, je dois le reconnaître.
Quel est selon vous le meilleur moyen d’estimer la température ?
Faire pipi dehors et voir si ça fume est un moyen assez efficace de savoir qu’on n’est pas en juillet. Quoique. Et il y a aussi un autre moyen, mais je préfère ne pas en parler, c’est parfois vexant…
Que pensez-vous de l’utilité des chaînes quand il fait froid ?
C’est beaucoup plus facile pour aller au ski, mais c’est souvent de la merde à mettre, et on se prend la honte par tous ceux qui te dépassent en 4x4, en faisant t’aspergeant d’une boue grisâtre détrempée.
Quelle est la température idéale pour prendre une bière ?
Disons 22 à l’ombre, sur une terrasse, en bonne compagnie.
Considérant que le thermomètre est un outil fiable, vu son nom, afin de mesurer la chaleur, pensez-vous qu’un Magnum Double-Chocolat, soit adéquat pour mesurer le froid ?
Non. Et je n’accepterai aucune autre insinuation de ce genre. Ce d’autant moins qu’on trouve peu de Magnum en hiver.
Pensez-vous que les gens du nord ont mérité qu’il fasse toujours froid chez eux ? Sinon pourquoi ?
Ca dépend, mais certains, oui quand même. Vous avez vu comment ils écrivent les islandais ?
Qui pensez-vous que ce questionnaire a laissé le plus froid ?
Je dirai à peu près tout le monde, sauf ceux qui crèvent d’envie d’y répondre au mépris des sanctions inévitables qui en découleraient, genre 41 minutes dans la même pièce que Julien Lepers…
Et sinon, les prévisions météo pour demain ? Non, finalement non, on s’en fout…
« Virgule » frigorifique, par Arpenteur, chaînon manquant depuis 1971
(c)photo arpenteur2004 - islande
* merci à Max Mosley de la FIA pour le titre
NB : Désolé. Peut-être bientôt un vrai billet, sentant la sueur, le sable tiède, et plein d'autres trucs. Ou pas...
par Arpenteur publié dans : Virgules
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Jeudi 3 avril 2008

L’évènement cinématographique mondial en ce moment chez nos néanmoins voisins hexagonaux, c’est que La Grande Vadrouille n’est plus le meilleur film de tous les temps…

Pour ton information, ébouriffé et vibrant fan de tecktonik égaré par ici, La Grande Vadrouille c’est un film dans lequel jouent des gens morts qui ne sont pas Claude François, ni Thierry Gilardi.
En résumé, c’est l’histoire d’un peintre en bâtiment et d’un chef d’orchestre à perruque (oui, je sais ça défrise), qui essaient de raccompagner des anglais moustachus qui sont tombés par accident dans le zoo de Vincennes, et qui doivent rentrer avant samedi pour le match de rugby à Twickenham à 15h (ou 3pm pour les bilingues). Le problème, c’est que des allemands qui n’aiment pas le rugby font tout pour les empêcher de regagner Londres. Mais grâce à des bonnes sœurs, des citrouilles, et des problèmes oculaires dramatiques, tout le monde réussit à retourner en Angleterre, à se marier, et probablement à avoir beaucoup d’enfants rouquins.
Mais La Grande Vadrouille c’est fini. Fini les « Augustin ! Augustin ! Augustin ! », fini Stanislas Lefort  et Big Moustatch, fini Tea for two aux bains turcs, fini les chaussures trop petites, les ronflements-sifflements, la chambre 6, et les allemands qui louchent.
Maintenant, le plus grand film de tous les temps, c’est le film sur le nord (je crois qu’il faut dire eul ch’nord), dans lequel il y a un accent bizarre, une poste, de la pluie, des bières, un carillon, des frites, un village qui finit par –Bergues, et des ch’tis.
Les ch’tis, c’est les gens du nord. Mais pas de n’importe quel nord… Le nord de la France, celui de droite sur la carte. Sinon c’est des bretons, avec du cidre et des crêpes, au lieu de bière et de frites.
Mais pourquoi en faire un film, puisque chaque pays en a un, de nord ? (Sauf le pôle nord, mais ce n’est pas un pays, alors ça va. De toute façon, s’il y a bien des esquimaux là-bas, il n’y a pas de cinémas alors…).
Même la Suisse a un nord. Vous allez dire, ce n’est pas étonnant, en Suisse il y a tout : une équipe de foot (si, si), des banques qui frisent la faillite (si, si), un blog bleu, et une armée (si, si)...
Sur le nord de la Suisse, on n’a toutefois pas encore fait de film. On pourrait pourtant car il y a tous les ingrédients pour que le Bircher Müesli prenne…
Il y a aussi un accent bizarre (qui est presque carrément une langue, si, si, on peut même l’écrire parfois, si on n’a beaucoup de courage). Il y a des postes, de la pluie, de la bière, des röstis (c’est des frites cuites différemment, avec lesquelles on peut faire des barrières), des villages qui finissent par –berg, et des ch’tis, mais avec l’accent on dit des « suisse-tote » ou des « totos » quand on n’a pas le temps, voire des « bourbines »…
La seule différence, c’est que c’est un peu moins plat que le nord droit de la France. Et c’est là que le cinéma suisse pourrait intervenir, car le cinéma suisse a ce pouvoir merveilleux de rendre plat tout ce qui ne l’est pas. La Belgique a d’ailleurs probablement été fondée par un réalisateur suisse, d’où les similitudes chocolatières entre ces deux pays.
Le problème c’est qu’un film suisse, sur n’importe quel nord, ferait peut-être un certain nombre d’entrées (sept ou huit), mais aucune sortie… et l’important au cinéma, c’est que les spectateurs ressortent, et non qu’ils se suicident par tous les moyens avant l’entracte (et est-ce la raison pour laquelle en Suisse les sièges de cinéma sont systématiquement rouges ?)
Enfin… tant qu’à faire un ch’ti film sur le nord, autant que ce soit celui-ci : il y a au moins autant de sorties que d’entrées…
« Virgule » plein nord, par arpenteur, boussole depuis 1971
(c)photo arpenteur2003

par Arpenteur publié dans : Virgules
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Lundi 17 mars 2008
sporgersi-copie-2.jpgDans la vie, parfois tu vas faire du ski quand il pleut, et parfois il y a  des périodes comme ça, par exemple en mars 2008, où Cloclo est mort depuis 30 ans, comme Jonatan Cerrada, où les mateurs de moteurs vont mater les hôtesses au Salon de l’Auto en disant « je ferais bien du 4-pattes avec celle-là, t’a vu Moreno comme elle est bonne ? » (oui, le mateur de moteur est facétieux et ultra drôle, il pourrait presque faire un « top five » avec Thomas Ngigol), où la nouvelle star ne sera pas Cindy Sander, et où l’arpenteur est en mort cérébrale. 

Désolé les gens.
Diverses tentatives de le ranimer en l’envoyant en vacances ont été tentées, mais elles ont été reportées, le Docteur Mamour étant coincé dans l’ascenseur avec l’anatomie du Docteur Grey.

Et de report en renvoi (d’ascenseur), l’arpenteur a fait du surplace sur sa chaise de bureau et ses doigts ont fait de même sur le clavier… alors qu’en fait, il avait prévu de vomir pendant des jours sur un porte-conteneurs de 208m de long hors tout…

Mais cette coup-ci c’est le bon (pas le bon billet, parce que ça, j’espère franchement qu’il y en a eu et aura des meilleurs)…

C’est le bon parce que l’arpenteur va enfin partir arpenter (mais sans conteneurs, ni vomi), et qu’il espère revenir avec plein de nouvelles mauvaises, de passionnantes anecdotes, et de votes, parce l’arpenteur est candidat aux municipales de Romans, et il faudrait pas que vous vous tourniez les pouces à ne pas voter sous prétexte qu’il est en vacances (et super fair play, puisqu’il n’a pas voté pour lui-même, donc ça, ça vaut bien un vote de plus non ?)…

L’arpenteur me dit d’arrêter d’écrire à la troisième personne, parce qu’il n’y peut rien si je n’ai aucune inspiration, et qu’on dirait du latin.

Alors je.

J’aurais pu passer le temps avec mes google requests toutes neuves, ou attendre patiemment d’être taggé pour une chaîne. C’est d’ailleurs arrivé ce matin et c’est la preuve de mon influence croissante et incontournable dans le web 2.0 injection 16 soupapes TD avec bonus écologique. Donc pour qui m’a taggé, je répondrai sans doute un jour, mais pas là, non.

Là je ferme ma valise, et je me casse tel un pauvre con, en train, loin, et loin du train train…

Alors pendant ce temps, continuez à voter et à faire voter comme des malades pour les Virgules, parce que franchement, vous trouvez ça vachement bien, voire plus si entente, même si parfois vous avez de la peine à l’avouer…

Et surtout, mangez 5 fruits et légumes par jour, regardez bien avant de traverser, ne téléphonez pas en conduisant votre 4x4, et ne vous penchez pas au-dehors.

« Virgule » sur le départ, par arpenteur, à sec depuis 1971 et qui s’excuse pour l’inanité absolue de ce post, on dirait un blog…
(c)photo arpenteur2007

par Arpenteur publié dans : Virgules
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Dimanche 2 mars 2008

marteau.jpgLecteuses, lecteurs,

Ce n’est pas sans émotion que je vous annonce que les Virgules font faire un festival…

Un festival, d’après ce que j’en sais, c’est un endroit avec des tentes, des gens ivres qui fument de la drogue, de la musique, des kebabs, des pieds nus, un magnifique stand indien dans lequel ils font un poulet tandoori à tomber, un parking et de la boue.

Alors évidemment, je me suis dit : est-ce vraiment un endroit pour des Virgules plutôt bien élevées, et qui n’aiment pas spécialement la nourriture exotique ?

Et puis on m’a expliqué que c’était un festival sur internet. Vu que l’interactivité du web n’est pas encore telle que l’on peut être dans la boue et sentir des effluves de cuisine asiatique devant son écran, un festival sur internet cela ressemble plutôt à un concours.

Le principe d’un concours, c’est de gagner, contrairement à ce qu’essaient de nous faire croire certains gaulois olympiques.

Et pour gagner ce festival-concours, il faut avoir plus de vote que les autres.

Alors en fait, un festival sur internet c’est une élection.

Les élections c’est très simple : pour écrabouiller tous les autres candidats à coups de talonnettes gagner la confiance des électeurs, il faut une campagne de qualité (oui, c’est important le grand air), une bonne gueule langue de bois, des copains dans les médias, et un slogan percutant, par exemple : « Marteau ! ».

Il faut aussi éviter les écueils classique genre les photos des Virgules bourrées que les autres candidats pourraient honteusement exploiter, ou bien une Virgule déguisée en « point d’interrogation », ou encore filmée en train de dire « Casse-toi, pauvre con ».

Pendant la campagne, il peut aussi arriver qu’une jeune fille sans le sou mais avec de gros seins fasse des révélations, en pleurant devant une forêt de micros, sur les perversions sexuelles diverses et variées mais terriblement agréables et traumatisantes que lui auraient imposé une Virgule dans la chambre 3 d’un hôtel miteux sur la route de Sainte-Britney-près-l’hospice. Pour s’en sortir, une seule chose à faire : sécher ses larmes de crocodile, et les remplacer par des chaussures et un sac dans le même cuir, avec une jolie liasse de billets, livrée par un slogan assistant percutant.

Ensuite, il faut grimper dans les sondages, ce qui est facile : pratiquer un sport populaire et se faire filmer avec le maillot des plus forts, s’exposer avec sa famille, et montrer qu’on prend soin des vieux.

Quelques promesses genre : je vous filerai 10'000 balles à tous, je réduirais toutes les fractures en particulier les tibia-péroné, je distribuerai à chacune un téléphone portable, un sac à main, et une carte de réduction chez Mango, et à chacun un 4X4 très gros, une télécommande, et toutes les femmes deviendront super belles et monstrueusement bonnes au lit et partout ailleurs.

Et toujours conclure avec la promesse ultime : je tiendrai mes promesses.

Enfin, mieux vaut tenir un carnet de campagne, une sorte de journal intime. On ne sait jamais, le livre qui en serait tiré pourrait être le best-seller de l’été, si été il y a.

Avec tout ça, normalement, la victoire est assurée. Donc finalement, pas besoin de voter pour les Virgules ici.

Enfin, vous faîtes comme vous voulez, on est dans un pays plus ou moins libre, mais si vous ne votez pas, et ne faîtes pas voter 1871 personnes, ici (catégorie Fictions/romans), il paraît que sur plusieurs générations vous aurez en permanence dans la tête l'intégrale du dernier album d'Arielle Dombasle qui tourne en boucle, et que votre télé sera en panne tous les jours sauf le 29 février entre 3h15 et 4h40…

Mais bon, c’est vous qui voyez…

Allez plantez le clou ici (catégorie Fictions/romans) : « Marteau ! » 
« Virgule » racoleuse, par arpenteur, à la campagne depuis 1971 
(c)photo arpenteur2006 - transcanadien 
PS : Vote ou pas vote, surtout merci de toujours venir par ici, jamais je n'aurais cru que les Virgules feraient un si long voyage, et si les mots continuent à marcher, c'est grâce à vous...

par Arpenteur publié dans : Virgules
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Mercredi 27 février 2008

vietato-ingresso3.jpgPerspi-
caces et de bon goût comme vous l’êtes, vous avez sans doute remarqué qu’il s’est passé quelque chose sur ce blog.

« Une fois n’est pas coutume », me direz-vous, parce qu’en plus d’être perspicaces, vous êtes un brin sarcastiques, mais c’est de bonne guerre.

Il y a même certains impatients qui iront jusqu’à dire « c’est pas trop tôt ».

Et là, forcément, l’inéluctable question vous submerge : « Non di dju ! l’a pété un câble l’arpenteur ! i’s’est mis à la bricole ou quoi ? »

Question que l’on peut traduire par : « Mais comment diable Valérie Damidot a-t-elle réussi, j'ai envie de dire, à entrer avec sa combinaison rouge, son bidon de peinture, sa marouflette, trois cadreurs de M6, et son Frankyky, dans le corps frêle et néanmoins particulièrement seyant de l’arpenteur ?»

Comment pourrais-je vous tenir rigueur de vous interroger de la sorte, puisque c’est une évidence maintenant : ce blog est devenu vert.

Je vous rassure, je n’ai pas livré les « virgules » en pâture à des IKEAddicts, qui lui on refait le portrait à coups de canapés Poängertsorp et de tentures Pjäterrijd trop mignonnes, lui donnant cette nouvelle atmosphère tellement plus cosy et méditerranéo-scandinave avec une légère touche de style Bölistäbrukien, très tendance en ce moment…

Je n’ai pas non plus entrepris ces importants travaux moi-même, ne voulant pas surcharger inutilement les divers services d’urgence de la région, ce qui aurait engendré une intolérable hausse des coûts de la santé et par conséquent des primes d’assurance dans tout le pays. Oui, je suis un citoyen responsable.

En fait, tout ceci s’est passé totalement à l’insu de mon malgré moi.

Profitant lâchement de l’obscurité sombre et nocturne dans laquelle j’avais fermé les yeux pour ne pas voir cette noctambule noirceur, des gens mystérieux, probablement à la carnation laiteuse de ceux qui n’ont pas vu le soleil depuis le XXème siècle, et à la mine saine et réjouie de ceux qui n’ont jamais vu ni entendu Nikos Aliagas, ont entrepris des travaux de ravalement de façade et ont totalement transformé les lieux.

Mais même en fouillant dans tous les recoins de mon nouveau chez moi, et je n’ai pas trouvé de « rédacteur automatique de billets de qualité afin de rester le blog le plus mieux des blogs influents et drôles verts au nord de la route des cerisiers ». Par conséquent, il vous faudra vous armer de patience, encore et toujours, parce que je ne vais pas devenir du jour au lendemain capable de pondre à la chaîne.

Par contre on m’a installé les requêtes google. En cas de besoin, je pourrai ainsi sombrer corps et biens dans la facilité. Mais promis, je n’en abuserai pas, même si c’est vrai que c’est surprenant et drôle. Il y en a même qui croient que gogol va leur répondre, puisqu’ils lui posent carrément une question…

Allez je vous les mets, juste comme ça : « pourquoi tu rappelles pas faux numéro ? » « pourquoi péter dans un violon ? », « l’important c’est de participer qui l’a dit ? », « lalune tourne 30 jour et 29 jour es vrai et pourquoi ? », et finalement « pourquoi est-ce important d’aller au cours ?»

Je ne sais pas s’ils ont trouvé la solution, mais en tout cas, la réponse à la dernière leur permettrait de ne plus se poser les autres, ou au moins de les formuler plus ou moins correctement. Quoique.

Sur ce, continuez à faire comme chez moi… vous êtes toujours les bienvenus, poil aux pattes ou sac de fille.

« Virgule » transfigurée, par arpenteur, déménageur depuis 1971

©photo arpenteur2007, puglie-italie

par Arpenteur publié dans : Virgules
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Dimanche 17 février 2008

Ulrike saisit la bonbonne de déso- dorisant pour chasser l’odeur des égouts qui refoulent de temps à autre. Rien ne fonctionne vraiment dans cette ville. Par la porte dont elle a grand ouvert les deux battants en ce jour d’été, elle regarde passer quelques Trabant dans la Friedrichstrasse ensoleillée, puis elle se replonge dans le « Berliner Zeitung » de ce 23 juillet 1987, et pour la deuxième fois, se contente de regarder les rares photos.

Hier, Ulrike a eu 50 ans. Et ça fait 26 ans qu’elle est dame-pipi juste en face de la gare de Friedrichstrasse.

Elle est tirée de son journal par le tintement d’une pièce de 10 Ost-Pfennig que le jeune Vopo vient de jeter dans son assiette ébréchée, au fond de laquelle surnagent péniblement les restes colorés d’une rose peinte à la main, il y a bien longtemps. Elle le remercie d’une moue qui se veut un sourire, car il n’y peut rien.

Mais Ulrike ne sait plus sourire.

Le Vopo disparaît dans la gare de laquelle sort une vingtaine d’adolescents. L’été, plusieurs fois par semaine, Ulrike voit ces groupes venus pour la journée. Habillés de couleurs vives, ils se reconnaissent facilement au petit sac à dos qu’ils portent tous, sur lequel on peut lire en lettres fluorescentes le nom de l’école de langue qui les emmène visiter la ville de l’autre côté du mur. Ils disparaissent rapidement de son champ de vision, en direction d’Unter den Linden.

Dans un soupir, elle sort d’un cabas marron une bouteille métallique, et se sert un thé dans la tasse en plastic, qu’elle emmène toujours avec elle, depuis le quartier de Schönhausen. Elle aimerait vraiment habiter plus près. La recette de son écuelle ne lui permet pas de prendre le S-Bahn, et chaque matin elle doit marcher presque une heure pour atteindre le centre. Mais ce qui l’ennuie le plus, c’est qu’elle doit pour ce faire emprunter la Greifswalderstrasse.

C’est là qu’elle est née, en janvier 1937. Au 135 de la Greifswalderstrasse. Le bâtiment a depuis longtemps disparu et été remplacé par une espèce de boîte à chaussures d’un gris terne d’une architecture purement soviétique. La cave aussi a sans doute disparu.

Mais à chaque fois qu’elle passe par là, presque tous les jours, ce printemps maudit envahit sa mémoire. L’odeur âcre de la fumée, le goût de la poussière, l’humidité et l’obscurité de la cave. Et elle se revoit au fond de cet abri, pendant les raids aériens, avec sa mère, et sa sœur Inge qui avait alors 13 ans. Elles étaient sans nouvelle de leur père depuis l’été 1944 alors qu’il était stationné en France. Presque un an.

Avec elles, il y avait sept autres personnes dans cette cave. Madame Lauper, son fils de 6 ans, et ses deux jumeaux de 2 ans et demi, qui toussaient tout le temps. Le jeune Dieter Hartmann du 2ème étage, qui était revenu des Ardennes avec une médaille en fer et une jambe en bois, pour découvrir qu’il n’y avait plus de 2ème étage, et que sa mère et ses sœurs étaient mortes.  Et enfin le vieux Monsieur Steiner et sa femme, toujours bien mise malgré tout, et qui époussetait machinalement tout grain de poussière qui tombait sur les épaules de son manteau quand la maison était secouée par les bombes.

Chaque fois qu’elle passait devant le No 135, Ulrike sentait sa gorge s’assécher. La sensation terrible de soif lui revenait, comme en cette fin d’avril 1945, lorsqu’elle n’était plus sortie voir la lumière du jour depuis sept jours, et que sa langue s’était transformée en une épaisse boule de carton qui l’empêchait presque de respirer.

Ce jour-là, Ivan était arrivé en défonçant la porte. Sur le coup, Ulrike avait eu peur, mais quand elle avait vu la bouteille d’eau dans sa main gauche, elle avait tendu instinctivement la main. Ivan avait ri. Un rire lourd et profond, qui révélait la force immense cachée dans ce petit corps frèle qui semblait perdu dans l’uniforme brunâtre. Le jeune soldat aux yeux tristes mais dont la blancheur était éclatante sur son visage sale, lui avait donné la bouteille en riant, et Ulrike en avait avalé goulûment une longue lampée, avant de se mettre à tousser. Sa gorge brûlait comme si elle avait avalé des braises, et sa toux violente couvrait presque les rires d’Ivan auquel s’étaient joints deux camarades.

Puis il avait pointé sa mitraillette sur Inge. Sa mère s’était levée et avait crié. Il avait fallu trois coups de crosse pour la faire taire, et les soldats avaient hoché la tête d’un air admiratif. Ulrike avait regardé Monsieur Steiner, qui ne bougeait pas, et fixait le bout de ses chaussures encore cirées. Elle s’était souvenue qu’elle l’avait vu les nettoyer le matin même, lorsqu’il était revenu encore une fois bredouille de la corvée d’eau, en annonçant fièrement que deux jeunes déserteurs indignes du Führer venaient d’être pendus au coin de la rue. Mais Ulrike avait aussi remarqué que depuis deux jours, Monsieur Steiner ne portait plus l’insigne du parti à sa boutonnière.

Inge criait. Ulrike avait mis les mains sur ses oreilles, et avait essayé de fermer les yeux, mais elle n’y était pas parvenue. Et elle avait tout vu. Elle avait vu Ivan violer sa sœur, puis les deux autres s’en prendre à sa mère. Puis ce fut le tour de la maman des deux jumeaux qu’Inge avait bizarrement essayé de distraire pendant ce temps là. Leur frère de 5 ans avait frappé de toutes ses forces l’Ivan qui violait sa mère, ce qui avait semblé beaucoup amuser les russes. Ils étaient repartis en emmenant Dieter, qu’ils avaient exécuté dans la rue. Sa blessure loin de le sauver, l’avait désigné comme victime expiatoire.

Pendant une semaine, chaque jour, chaque nuit, parfois plusieurs fois, des groupes d’Ivan avaient envahi la cave. Mais Ulrike avait toujours échappé aux viols. Sans doute était-elle juste un peu trop jeune.

Alors maintenant, parfois, elle évite de prendre la Greifswalderstrasse. Même si cela prolonge son trajet de plusieurs minutes, c’est moins douloureux.

Mais dans ce cas, elle doit traverser le Volkspark Friedrichshain, et souvent elle y voit Wolfgang.

Ulrike est arrachée à ses souvenirs par le tintement des pièces dans son assiette. Elle lève la tête vers une femme aux cheveux et aux yeux gris, baissés et las qu’ont souvent ceux qui ont connu ce fameux printemps et l’odeur des soldats. Elle remercie, puis la regarde s’en aller du pas traînant de ceux qui ne peuvent plus avancer. Et son passé n’a alors aucune peine à ressurgir, pour combler le vide du présent.

Wolfgang était le fiancé d’Inge. Il survit dans Volkspark Friedrichshain, sur un banc public, depuis que celle-ci n’est pas rentrée du travail, un soir d’été, voilà 26 ans. Elle était secrétaire chez un avocat dans la Bülowstrasse. Très dévouée à son patron, elle rentrait souvent tard.

Ulrike savait bien que sa soeur essayait d’oublier dans son métier tout ce qui avait bien pu leur arriver. Elle aurait bien aimé y parvenir aussi, mais sa tête était pleine de bruit, d’explosions, de cris, tout le temps, et elle n’avait jamais réussi à apprendre à lire, pas pu devenir secrétaire, et n’arrivait pas à se trouver un mari. Elle avait bien trop peur des hommes.

Mais pas Inge. Inge avait tout ça, mais un soir, elle n’était pas rentrée.

On l’avait enfermée de l’autre côté. Ou l’inverse. Ulrike n’avait jamais compris pourquoi, mais du jour au lendemain, la ville avait été envahie de militaires, et coupée en deux par des rouleaux de barbelés. Wolfgang s’était battu quelque fois avec les soldats, cet été-là. Puis quelques semaines plus tard, Ulrike avait aperçu Inge, de l’autre côté, sur une petite estrade de bois. Elle était perdue dans une foule immense, et faisait des signes avec un foulard blanc. Ulrike avait crié pour saluer sa sœur, mais on ne pouvait rien entendre. A ses côtés, Wolfgang n’avait pas bougé, tétanisé. La foule était dense, agitée, et triste.

C’est la dernière fois qu’Ulrike avait vu sa sœur. Peu à peu, il était devenu totalement impossible de s’approcher de cette nouvelle frontière, qui fut rapidement remplacée par un mur surmonté de barbelés.

Peu après, une voisine lui avait lu la lettre que le patron d’Inge lui avait adressée, et malgré les passages censurés, Ulrike avait compris. Sa soeur s’était pendue.

Dans une cave.

Avec un fil de fer barbelé.

Depuis ce jour, Wolfgang n’a plus dit un mot. Il a quitté son travail de maçon. L’idée même de construire un mur lui fichait la nausée. De temps à autre, Ulrike lui apporte un peu de soupe et un morceau de pain. Il lève alors les yeux, la regarde d’un air las, comme s’il ne la reconnaissait pas, puis porte sa bouteille chérie à ses lèvres, avale une gorgée de cette eau brûlante. La même qu’Ivan avait offerte à Ulrike.

Aujourd’hui elle est passée dans la Greifswaldstrasse. Les bourdonnements dans sa tête sont plus forts que lorsqu’elle passe dans le parc. La journée semble ne pas vouloir finir, encore une fois, et Ulrike espère que dans une heure, lorsqu’elle pourra fermer, la recette du jour lui permettra de prendre le S-Bahn, et d’éviter tous ces souvenirs. Elle en a eu assez aujourd’hui.

Le hall est tout à coup envahi par les rires bruyants d’un groupe de jeunes français. Apparemment ravis de leur journée de l’autre côté, ils se passent la bouteille de l’Ivan en toussant, puis disparaissent dans les toilettes. Ulrike secoue la tête en regardant son assiette vide.

C’est alors qu’elle remarque un garçon qui paraît plus jeune que le reste du groupe. Son sac aux lettres fluorescentes sur le dos, il la regarde tristement. Il y en a souvent un ou deux comme ça, que le gris de ce côté du mur semble avoir avalé. Le regard légèrement apeuré, il s’accroche à son sac banane, qui sans doute contient son passeport et son visa pour l’autre côté, comme à une bouée de sauvetage. Il préférerait sans doute se retrouver nu que de perdre ces précieux sésames pour la liberté qu’il connaît.

Ulrike soutient son regard, et s’étonne alors de son air de ressemblance avec la photo de son père, la seule que sa mère avait réussi à sauver du désastre.

Elle essaie de lui sourire. Le jeune garçon s’enfuit alors, et rejoint ses camarades dans les toilettes, en riant crânement.

Ulrike entend la bouteille vide de l’Ivan que l’on jette sur le sol. Le groupe ressort, toujours tapageur. Une pièce de 10 Ost-Pfennig tombe dans l’écuelle, presque par hasard, et Ulrike les voit disparaître dans la gare. Ils rentrent chez eux.

Ailleurs.

Ils ne l’ont pas vue.

Le léger tintement sur la porcelaine lui fait tourner la tête. L’adolescent vient de glisser timidement dans l’assiette une poignée entière de pièces de 10 Ost-Pfennig.

Ulrike est aussi gênée que lui, et s’étonne de ce regard à la fois timide et mutin, qui lui rappelle celui d’Inge. Elle voudrait lui dire merci, mais il est déjà dehors. Elle le regarde pensivement s’éloigner en soupirant, soulagée. Elle pourra prendre le S-Bahn ce soir, et éviter Wolfgang et la Greifswalderstrasse.

Elle prend son bidon en fer blanc et son balai, et s’en va ramasser les restes de la bouteille.

Lorsqu’elle revient à sa petite table, elle y trouve un bouquet de fleurs, enroulé dans un fin papier blanc. Par les portes grandes ouvertes, elle aperçoit le jeune garçon étrange qui s’enfuit. Il traverse la place en courant, agrippé à sa ceinture banane, et puis pénètre dans la gare, vers un de ces trains qu’elle ne verra jamais.

Elle se rassied lentement, prend les fleurs dans ses mains, y plonge son nez. C’est peut-être ça l’odeur du printemps, se dit-elle. Elle les arrose de quelques larmes dont elle croyait depuis longtemps avoir épuisé tout le stock.

Ulrike est heureuse. Jamais elle n’a reçu plus beau cadeau d’anniversaire...

« Nouvelle mauvaise » fleurie, par arpenteur, passe-muraille depuis 1971

(c)photo arpenteur1987-2003

 

PS : à propos d'anniversaire les Virgules ont 2 ans aujourd'hui. Merci à tous de les avoir fait vivre jusque là

par Arpenteur publié dans : Nouvelles mauvaises
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Jeudi 31 janvier 2008

L’évènement mondial universel de la planète du monde en ce moment, c’est la sortie du film le plus cher de tous les Francs : Astérix aux Jeux Olympiques de Pékin 2008, réalisé avec plein d’acteurs dedans, dont un belge puisque c’est un film gaulois, et un Clovis, puisque c’est un film historique.

Comment en est-on arrivé là, me direz-vous ? Ma foi c’est fort simple.

Astérix, tout le monde le connaît : c’est un tout petit gaulois qui lèche les bottes de son chef en essayant de régler tous ses problèmes dans l’espoir caché de prendre un jour sa place. L’Histoire nous apprendra qu’il y parvint environ 2000 ans plus tard puis tomba amoureux du barde.

Les Jeux Olympiques, tout le monde connaît aussi : c’est le sport dont la devise est « l’important n’est pas de gagner, mais de participer », devise inventée fort à-propos par un autre gaulois.

Ces joutes sportives ont lieu tous les quatre ans sous une grande bougie qui vient à pied depuis la Grèce antique, et qu’on allume pendant un spectacle auquel personne ne comprend rien, mais « mon cher Jean-Paul, c’est magnifique d’émotion ce tableau qui nous est maintenant présenté par ces 126'344 enfants membres du club de ping-pong de Shijiazhuang ». Puis la compétition commence, et c’est alors qu’entre deux pages de publicité, on peut voir un tireur à l’arc kirghize de moins de 82.7kg faire un magnifique strike en deuxième manche, ce qui est « absolument extraordinaire puisque une telle performance n’avait jamais été réalisée depuis l’exploit du guatémaltèque Lopez-Lopez-Lopez lors des championnats centraméricains de Tegucigalpa en 1931, j’espère que vous vous rendez compte mon cher Jean-Michel et chers téléspectateurs, qui nous faites l’amitié de nous suivre en direct à 3h50 du matin, du moment historique que nous vivons ici ! ».

Par conséquent, Astérix aux Jeux Olympiques, c’est l’histoire d’un gaulois qui fait du sport. Jusque là, rien de bien extraordinaire, le gaulois étant sportif, surtout ses journalistes.

Le problème pour Astérix le Gaulois, c’est qu’en sport, il n’était pas fortiche, et qu’il devait presque toujours se satisfaire de la fameuse devise.

Mais le gaulois antique avait plus d’un tour dans sa gourde. Grâce aux talents culinaires de Maïté Coffe, son druide, il bénéficiait d’une potion magique qui le rendait invincible : le beaujolais nouveau. Ce breuvage lui permettait de mettre la pâtée à tous ceux qui tentaient d’envahir son village, et ce sans l’aide ni des anglais, ni des américains, ni des russes.

Cette potion lui donnait aussi le pouvoir de gagner les Jeux Olympiques, notamment les terribles épreuves du lancer de pavé et de la marche sous banderoles. Tout ceci, il faut bien le dire, n’était pas très équitable.

Alors les organisateurs des Jeux ont inventé l’anglais, et ont dit très clairement « Fair play please ! ». Puis ils ont créé l’agence mondiale antidopage, interdisant l’usage de toute potion magique sous peine de devoir faire pipi sur ses doigts dans un bocal devant tout le monde.

Après ce sombre événement, les gaulois, dépités, se consolèrent en rédigeant la devise des Jeux Olympiques pour pouvoir continuer à y participer de bon cœur.

Puis un jour, ils trouvèrent une solution : ils inventèrent la colonisation. Ils purent ainsi exploiter des sportifs du monde entier. Mais l’Histoire est facétieuse, et les sportifs ainsi abusés créèrent notamment les guerres d’Algérie, d’Indochine, mieux connues sous le terme de décolonisation. A défaut de potion magique, et de soldats anglophones, les gaulois perdirent ces guerres, et leurs sportifs.

Ils firent alors preuve d’une grande créativité : ils inventèrent l’immigration, et le droit du sol. L’agence mondiale antidopage n’a rien pu faire là contre, et les gaulois purent ainsi glaner quelques titres grâce à de nouveaux sportifs importés. Les honneurs qu’on rendait à ces athlètes pendant les quelques jours suivants ces événements prouvaient en effet que la trêve olympique souhaitée par les grecs antiques n’était pas un vœu pieux, puisque aucun d’entre eux ne fut expulsé avec sa médaille autour du cou.

Le sport était devenu la clé de l’intégration réussie de l’immigration choisie.

A tel point qu’on en fit ce film à la gloire du sport, dans lequel Astérix est effectivement un gaulois. Mais on y trouve surtout un gaulois belge, le bras droit d’un gaulois marocain, les coups francs d’un gaulois algérien, la beaugossité d’un gaulois canadien amoureux d’une téléphoniste gauloise italienne , un petit gaulois espagnol, les longues jambes d’une gauloise tchèco-footballo-calédonnienne, la voiture de course italienne d’un gaulois allemand, un grand gaulois noir américain avec un panier, des grimaces de Jules César, et Francis Lalanne…

« Pourquoi » historique, par arpenteur, commentateur sportif depuis 1971

(c)photo arpenteur2003, helsinki, finlande

par Arpenteur publié dans : Pourquoi?
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Lundi 21 janvier 2008

La Suisse vit des heures difficiles.