Cachet postal

courrier des lecteurs, lettres d’insultes non anonymes, demandes d’autographes, commandes de produits dérivés, achat des droits pour le cinéma, conseils pour devenir joueur de pipeau professionnel, sponsoring à plus de cinq zéros, ou autres raisons indispensables de me contacter directement ? glissez votre message dans l’enveloppe, léchez le timbre, et collez-le ici 

 

 

 

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DURA LEX...

Toutes les lettres (et les chiffres aussi, allez, soyons pas radin) formant les mots qui constituent ce blog, ainsi que tout ce qui s’y trouve, y compris la super méga géniale bannière, sont protégés par la loi, des playmobils surarmés, et plein d’autres trucs plutôt cool. Alors on ne copie pas, on ne vole pas, on ne tire pas les cheveux des filles à la récré, sinon, je vais chercher des copains très baraqués, et on vient tous chez toi manger des pizzas aux anchois sur ton canapé, mettre tes boyaux en guirlande sur ton yucca, et casser ta télé. Alors fais super gaffe les gens. 

 

 

 

 

 

 

 

Avec le temps va

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Cafter

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Mercredi 29 mars 2006

Toi aussi tu raffoles de ces salles de cinéma Multiplex ? 

Celles où la glace (on ne dit plus esquimau, c’est pas politiquement correct) de l’entracte est devenue ringarde, puisqu’on peut déjà avant la séance faire ses courses comme au super-marché ?

Eh bien oui, tu as raison, car c’est là que le son dolby-surround prend toute son importance. 

En effet, quand tu te demandes si des rats ne sont pas en train de dévorer ton siège, il en faut du volume pour couvrir le croustillement intensif auquel se livre ta voisine. Tu la vois quelques sièges plus loin, visage rond éclairé par intermittence. Le film se reflète dans les lunettes encadrées de boucles blondes de cette Bridget Jones de province (ou Carry Bradshaw de 8e zone, mais en tout cas, elle y croit) qui est venue tenir la chandelle de sa copine, juste après avoir coiffé Sainte-Catherine. 

Sa main plonge avec régularité dans une bassine de Pop-corn plus grosse qu’une pataugeoire et jette avec passion les boules de maïs soufflé dans sa bouche qu’elle évite bien soigneusement de fermer. Ce serait dommage de priver les autres des délicieux craquements de sa mastication effrénée. De toute façon, il y en a à tous les rangs des grignoteurs. A croire qu’il y a un concours…

C’est marrant comme ce genre de « petit » bruit peut te faire oublier le film, le son, le lieu. Il en devient obsédant, crispant, irritant, exaspérant. 

Oui, le cinéma peut pousser à la violence. Plutôt que le contenu du film, la censure devrait vérifier ce qui est vendu avant la séance… 

Heureusement, ce tonitruant mâchouillis n’a pas troublé le couple d’ados quelques sièges devant, qui a passé deux heures à se compter les molaires du bout de la langue, tout en ignorant royalement, qui sa copine, qui son pote, qui avaient bien voulu les accompagner, et qui se retrouvent comme deux ronds de flancs, ne sachant que se dire, et n’osant pas regarder, bien que crevant d’envie de faire pareil. Ils ont dû remercier le ciel qu’il y ait des portables et des magazines pour se donner contenance. 

Eh bien, moi, malgré tout ça, je suis ravi d’avoir emmené ma belle au cinéma, de lui avoir payé une glace à l’entracte, et de l’avoir embrassée dans le noir. 

Ca donne un sacré putain de coup de jeune… 

« Humeur » gustative par Arpenteur, projectionniste depuis 1971

par Arpenteur publié dans : Humeur
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Lundi 27 mars 2006

Les taxis genevois (vous savez, Genève, la ville des droits de l’homme (a contrario, pas de la femme ?), du jet d’eau, et du foot (non, non, je déconne)) refusent de prendre en charge les femmes enceintes pour les emmener à l’hôpital. Si, si, c'est même ici...

Ce serait en effet dommage de perdre les eaux sur les sièges en cuir de la Mercedes, ou de les griffer sous la douleur d’une contraction. 

Mais alors comment doit faire une femme qui n’a pas de voiture, ni personne pour la conduire, et qui espère bêtement accoucher à l’hôpital en ce début de XXIème siècle ? 

Prendre le bus ? Oui, pourquoi pas, mais cela pose quelques problèmes. Il lui faut d’abord avoir un abonnement, ou de la monnaie pour prendre un billet à l’automate. Il est douteux qu’on la laisse prendre le bus sans ticket. Non mais, faut pas exagérer non plus. Ensuite, il lui faut changer plusieurs fois de ligne suivant les cas, en espérant ne pas rater le bon arrêt, trop occupée à insulter l’heureux papa (elle a mal quand même à cause de ce connard, et « en plus tu comprends rien, casse-toi ! dégage ! lâche ma main je peux plus souffler ! tu pourrais au moins me tenir là main ! t’en a rien à foutre, t’es qu’un salaud»), allongée sur le sol en train de faire le petit chien. Et les bus c’est sans doute interdit aux chiens. Mauvaise solution.

Y aller à pied ? Personnellement, je n’ai jamais accouché, et je ne pense pas le faire un jour, pour d’évidentes raisons anatomiques, mais je pense qu’il est délicat de traverser une ville à pied, la nuit (ben oui, Loi de Murphy No 2371 : « quand on se rend à l’hôpital à pied pour accoucher, c’est toujours en pleine nuit et l’hiver »), tout en serrant les fesses, pour éviter d’entendre le premier cri de son enfant sur le pont du Mont-Blanc. Et la malheureuse risquerait encore de se faire inquiéter par la maréchaussée, pour exhibitionnisme (une femme les jambes écartées et un enfant nu en pleine rue dans la joviale cité de Calvin, non, cela ne se fait pas). Mauvaise solution. 

Même problème pour le vélo, dont l’avantage notoire est qu’il faut moins serrer les fesses. Mais cela reste un effort physique conséquent, qui empêche de faire les exercices de respiration bien comme il faut comme la dame l’a expliqué aux cours. Mauvaise solution. 

Finalement, le seul moyen pour une femme genevoise d’éviter d’accoucher chez elle ou dans la rue, est de ne jamais, mais alors jamais, oublier la pilule. 

Et dire qu’on se plaint de la baisse de la natalité en Suisse… 

« Humeur » gynécologique, par Arpenteur, démographe depuis 1971

par Arpenteur publié dans : Humeur
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Vendredi 24 mars 2006

Tranquille à l’apéro, j’attends un ami, plongé dans un journal.

A la table d’à côté, un couple 20-25 ans. Plutôt mignons, l’air heureux et amoureux.

Mes oreilles traînent. Oui, encore (non, non, elle ne sont pas démesurément grandes, promis).

« Tu as entendu, c’est notre chanson… » susurre-t-elle soudain onctueusement, des fleurs dans la bouche…

Et je le vois se liquéfier sous mes yeux. Je sens l’éclair glacial qui le pénètre par le haut du crâne, transperce son corps jusqu’au bout des orteils, faisant perler des gouttelettes de sueur froide le long de son échine.

Je sens même baisser la température.

Ses yeux vacillent cherchent à s’accrocher quelque part. C’est la bousculade dans son esprit, je l’entends presque : « putain, c’est notre chanson ? on a une chanson ?… oui, c’est juste, elle me le dit à chaque fois… Mais pourquoi c’est notre chanson déjà ? ».

Panique. Regard perdu.

Il cherche un sujet de conversation en tripotant nerveusement ses clés. Il espère que le lustre se détache et se plante au milieu de son crâne tel Excalibur dans son rocher magique, ou que le serveur se plante avec le plateau. Il prie pour qu’il y ait une chute de vélo dans la poubelle juste devant la fenêtre, ou pour que le caniche de la vieille dame qui passe sur le trottoir d’en face prenne feu. Et même, avec un peu de chance, Dobelyiou pourrait penser que Le Matin est une arme de destruction massive (aurait-il tort?) et déclencher une frappe chirurgicale sur toute la Suisse romande.

Mais non, rien. Rien ne se passe… un ange, et c’est tout, qui lentement referme le piège…

« Tu te souviens ?… », insiste-t-elle.

Une épaisse terreur noie son regard qui croise le mien dans un dérisoire appel à l’aide.

« Oui », bredouille-t-il timidement.

Elle remarque son trouble. Ben oui, on la lui fait pas à elle…

« Ah oui ? et pourquoi c’est notre chanson ? ».

Silence.

L’ange resserre les mâchoires du piège.

« Ben bravo, je vois que tu t’intéresse beaucoup à notre histoire. Finalement nous deux tu t’en fous en fait… 

- Mais non, c’est pas vrai, je m’en fous pas du tout. C’est pas si important c’est tout.

- Pas important ? la chanson qui passait dans le supermarché le jour où pour le première fois nos regards se sont croisés ?

- On ne s’est parlé que 3 semaines plus tard…

- Oui, mais quand même, si notre histoire comptait un peu pour toi, tu te souviendrais. »

Silence. 

Et là, le serveur sauveur arrive. Mon voisin prétexte une erreur de commande pour dévier la conversation. 

Elle fait mine de fouiller dans son sac, trafique son portable. Ils boivent sans un mot. Puis sortent. Il lui prend la main dans l’allée verdoyante baignée de soleil. L’atmosphère printanière douce et légère semble l’apaiser. Elle le laisse faire. Ils s’arrêtent, il l’embrasse.

Je ressens presque son soupir de soulagement quand je vois ses épaules se détendre. Sauvé.

Et là je me dis : combien de couples ont sauté sur ce genre de coup ? A mort les radio-libres !

A noter dans mon pense-bête : éviter tout lieu où je risque d’entendre de la musique…

« Coup d’oeil » musical, par Arpenteur, disc-jockey depuis 1971

(c) photo arpenteur2006

par Arpenteur publié dans : Coup d'oeil
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Mercredi 22 mars 2006

Hubert Cromagnon, c’est un secret pour personne, ne s’épilait pas. Pas plus qu’il ne se mettait de crème anti-rides. Normal, à quoi bon, il n’avait pas de miroir.

Hubert Cromagnon, ne participait pas aux tâches ménagères, si ce n’est en déposant près du feu la dépouille encore tiède d’un quelconque petit rongeur (ben oui, il devait bien plus souvent attraper des petits trucs un peu ringards que des mammouths, soyons réalistes), pour nourrir Madame Hubert et les quelques enfants survivants, dont il s’employait à renouveler le cheptel tous les jours (Madame Hubert disait alors que son homme était bon chasseur, « mais trop sexuel »).

Le temps a passé. Les mammouths ont disparu. 

Le monde a changé, les femmes aussi. Hubert aussi. On a inventé des villes, avec le métro. Hubert est devenu métrosexuel.

Puis Hubert n’a plus pris le métro, et il est devenu « über » (sans doute la merveilleuse nouvelle orthographe s.m.s.ienne).

Hubert s’épile parfois, se regarde dans le miroir en se rasant, et participe aux taches ménagères, en faisant tomber de la pizza sur le canapé pendant la Champions League (si, si, parfois il les nettoie lui-même, à la mi-temps).

L’Hubert est devenu sexuel, et non plus animal. Perso, ça m’arrange, car la chasse au rongeur, c’est pas trop mon truc. Et puis se raser c’est quand même plus pratique pour manger des spaghettis à la crème. Essayer de cuisiner c’est sympa aussi et ça fait toujours plaisir. Et ça peut même faire hurler de rire (et ne dit-on pas « femme qui rit… » ?). Jouer avec des enfants, c’est le rêve non ? puisqu’on n’a jamais grandi. En plus on s’en fait féliciter au lieu de blâmer…

Alors merci à la journaliste Ariane Ferrier de remettre (ici) d’une plume étincelante l’église au milieu du village plutôt que le feu au centre de la grotte…

« Virgule » ethnologique, par Arpenteur, chasseur depuis 1971   

par Arpenteur publié dans : Virgules
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Vendredi 17 mars 2006

On n’ose imaginer la cause la dispute qui a opposé Juan et Irma, un couple de mexicains : tacos trop cuit ? burritos pas assez fourrés ? tequila trop douce ? devoir épeler encore une fois le nom de leur village en jouant au scrabble (Oxkuzcab, 10'000 puntos !) ?. Ou peut-être un classique litige de télécommande, genre foot contre Starac. 

En tout cas, le mexicain moyen a le sang chaud et ne fait pas dans la dentelle quand il s’engueule avec sa femme. Et elle n’est pas en reste non plus. 

Le jeter de la porcelaine de grand-mère par terre, les coups de rouleau à pâtisserie, et le découpage des fringues ne sont plus à la mode. La discipline devient plus sérieuse et nécessite maintenant de réels talents d’artificier. 

Juan voulait sans doute postuler chez Al Quaida, mais n’avait qu’une moustache (ben oui, tous les mexicains ont une moustache non ?), et Irma rêvait de se lancer dans une carrière de charcutière, mais le tablier rosi de sang ne lui va pas au teint, et puis surtout, elle est trop maigre. Chacun ses frustrations. Mais attention à la goutte qui fait déborder le vase. 

Si le moindre petit couple latino, perdu quelque part au Yucatan se la joue à l’arme de destruction massive, on peut se féliciter que le couple Bush reste uni. Sinon, on aurait tôt fait de voir un porte-avion croiser dans la baignoire de Laura, et des hélicoptères furtifs chargés de missiles nucléaires lancés à la poursuite de George dans la chambre à coucher. 

En tout cas, si jamais les époux Espinoza vous invitent à dîner, ne ratez pas cette occasion de faire la bombe (à noter que cette auberge n’est étrangement pas conseillée par le guide du routard).

« Virgule » blindée, par Arpenteur, armurier depuis 1971

Dispute conjugale à l'arme lourde au Mexique MEXICO (Reuters 14 mars 2006) - Un couple de Mexicains a terminé à l'hôpital après une dispute qui a dégénéré en véritable "guérilla conjugale" à coups de couteaux, d'armes à feu et, pour finir, de bombes artisanales, rapporte le quotidien Milenio. Selon le journal, la dispute entre Juan Espinosa et Irma Contreras s'est terminée par l'explosion d'une petite bombe artisanale à l'essence qui a détruit la maison des "amoureux" à Oxkutzcab, dans la province du Yucatan, dans le sud-est du pays. Espinosa a déclaré à la presse qu'il était ravi que sa femme ait été brûlée au troisième degré dans l'explosion. Quant à Contreras, elle a regretté de ne pas avoir eu l'occasion "de lui trancher sa virilité" lors de la dispute.

 

par Arpenteur publié dans : Virgules
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Vendredi 17 mars 2006

Tout le monde (enfin, dans notre petit micro-monde helvético romand, donc pas grand monde, finalement), connaît le beau Josef à la pipe. 

Mais oui, celui qui s’est rasé la moustache car il ressemblait trop au Petit père des peuples, et qui a déménagé à Obwald pour profiter du climat, et de la douceur de vivre de l’Urschweiz. 

Celui au sourire dégoulinant de miel trop sucré, qui se promène dans les rues de sa nouvelle patrie en réussissant tout juste à sourire jaune pâle sous les quolibets en Schwitzertütsch qu’il ne comprend pas. 

Réussir à sourire est là le résultat de dizaines d’années d’expérience, qui lui ont appris l’art politicard de commencer toujours ses phrases par « les femmes et les hommes de ce pays », « les électrices et les électeurs », et autres féminismes trop voyants pour être honnêtes, et de toujours porter la chemise ouverte pour se démarquer des cravatés dans l’espoir d’être élu par ceux qui ne portent pas de cravate. 

Le voilà donc installé chez les Waldstätten, qui ne sont pas ravis du cadeau. On le serait à moins. Imagine qu’un quelconque Hans-Peter de Thurgovie vienne s’installer chez toi pour contester une décision prise démocratiquement lors d’une votation populaire. Tu l’aurais mauvaise aussi non ? 

Mais Josef est un chevalier, un Don quichotte qui vole au secours de la veuve et l’orphelin. Quel homme ! Même sans moustache, quelle héroïque virilité il dégage, vous trouvez pas? 

S’est-on simplement demandé la chose essentielle, et son corollaire : 

Combien a-t-il personnellement économisé fiscalement depuis son déménagement ? 

Et par conséquent combien fait-il perdre de rentrées fiscales indispensables à ses ex « concitoyennes et concitoyens » du canton de Vaud ? 

La question ne mérite-t-elle pas d’être posée, par quelqu’un de plus compétent que moi pour estimer tout ça ? 

C’est juste une question en fait… tout aussi vaine et inutile que les autres… 

Une chose est sûre, il fait parler de lui, et ça, il adore. On le voit dans le jaune de son sourire onctueux, si suave que le haut le cœur n’est pas loin. Et dire que j’en parle aussi. Et qu’en plus je ne peux pas ne pas voter pour lui… 

J’ai raté une occasion de me taire, on dirait. 

Je crois que je vais m’exiler à Obwald. Il y fait beau et c’est une petite ville pleine de charme.

Si, si, c’est Josef qui l’y a dit… 

« Humeur » pipée, par Arpenteur, barbier depuis 1971

par Arpenteur publié dans : Humeur
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Mercredi 15 mars 2006
Pourquoi on a toujours la queue la plus longue à la Poste, et jamais dans les vestiaires du foot à 13 ans…?
Voilà une des fameuses Lois de Murphy, la trop connue « loi de l’emmerdement maximum LEM ».
C’est sûr, et tout le monde l’a un jour expérimenté. Tu entres dans la poste (ou ailleurs, peu importe, ça marche partout…), tu regarde les 4 files d’attente.
Tu te concentres, tu analyses : éviter la queue avec la vieille dame et son caddie à roulette qui est venue faire ses paiements, ne surtout pas se mettre derrière la secrétaire encombrée de 3 sacs de recommandés, fuir le quadragénaire moustachu à l’air grincheux avec son paquet mal ficelé dont le contenu va s’écraser sur le sol avant l’arrivée au guichet…
Après cette examen tout à fait professionnel de la situation, fruit de nombreuses semaines passées dans des files d’attente. Semaines oui. (Imaginons, 30 minutes minimum de file d’attente (toutes queues confondues) par semaine, 52 semaines par an, disons que tu es au milieu de ta vie, et que tu fais la queue seul depuis au moins 20 ans, soit 31’200 minutes de queue, soit 3 semaines 24 heures sur 24, sans dormir, ni manger, ni aller au toilettes, et ça c’est dur, car c’est chiant la queue…). Bref
Sûr de ton analyse toute en profondeur, tu choisis le guichet No 3. Pour passer le temps, tu regardes la progression des autres queues. La femme enceinte de la file No 2 arrivée 5 minutes après a déjà deux rangs d’avance. Au guichet No 4, le mec en sur-vêtement et chaussures de ville, l’air grisâtre du fonctionnaire à l’assurance-maladie, que tu as dépassé en entrant dans le bâtiment, marmonne un bonjour à la guichetière.
Dans un soupir, tu t’étonnes encore de t’être fait Murphyser…
Et ce n’est pas fini. Tu es alors soumis aux inévitables corollaires de la LEM :
Corollaire No 1 : lorsque enfin tu reprends espoir en t’approchant du guichet, l’étudiant ébouriffé juste devant n’a pas rempli ses bulletins, n’a pas écrit l’adresse sur les enveloppes, n’a pas assez d’argent, et entreprend donc un fastidieux tri parmi ses factures pour choisir les plus urgentes, en les commentant à haute voix, le plus mollement du monde.
Corollaire No 2 : la guichetière No 3 est la plus lente et maladroite de tous les offices de poste de l’hémisphère nord. Son sourire est aussi jovial que celui d’une contractuelle qui te voit arriver vers ta voiture juste à temps pour ne pas te faire coller, et elle entreprend d’aider l’étudiant, en remuant vivement les papiers qu’il venait enfin de finir de trier.
La sueur perle à ton front. Tu comprends pourquoi le port d’arme est soumis à autorisation.
Puis c’est ton tour. Tu essaies de sourire.
La vieille dame avec le caddie est déjà chez elle en train de nourrir son chat, penchée sur la gamelle de kitekat autant que le permet sa prothèse de hanche dernier cri, lorsque tu laisses tomber ta monnaie qui se répand sur le sol dans un tintement infernal qui ne masque même pas les soupirs d’exaspération des clients qui attendent derrière.
« Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi moi ?… »
Si tu étais le seul, tu crierais au complot. Mais il paraît que c’est pour tout le monde pareil. Alors tu te fais une raison, et jure qu’on ne t’y reprendras plus…
Et désolé, moi, comme toi, je n’ai pas de réponse à cette question universelle : Pourquoi a-t-on toujours la queue la plus longue à la poste et jamais dans les vestiaires du foot à 13 ans ?
Sans doute pour avoir des souvenirs à se remémorer dans les files d’attente, et pouvoir se dire qu’il y a pire, non ?
« Pourquoi » sans réponse, par Arpenteur, maître-queue depuis 1971
par Arpenteur publié dans : Pourquoi?
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Mardi 14 mars 2006

Inconnu à cette adresse, de Kressmann Taylor, Livre de Poche No 30111 

Très bref roman épistolaire d’une efficacité terrible. 

Quelques lettres échangées par dessus l’Atlantique, par dessus les libertés qui s’étiolent, et le fanatisme qui les dévore. 

Quelques timbres qui scellent un destin. 

J’aime. J’aimerais être aussi efficace en si peu de mots. 

Alors j’arrête, et je vous laisse le décacheter. 

« Marque page » postal, par Arpenteur, facteur depuis 1971 

par Arpenteur publié dans : Marque-page
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Vendredi 10 mars 2006

«  Tout le monde a été surpris.

- Ah ben ça oui, c’est sûr. Il faut dire qu’il avait encore travaillé toute la semaine. 

- Oui, même samedi, il est passé devant la fenêtre de tante Elsa, et ma mère les a entendus discuter : il lui a promis qu’il viendrait faire son volet lundi. Ben lundi, il est pas venu. 

- Comme quoi, on choisit vraiment pas. Et heureusement... Heureusement. 

- Ouais. La vie est courte quand même. Avec ce genre de trucs, on voit bien qu’on s’emmerde souvent pour des bêtises. Les soucis, finalement, c’est pas vraiment des soucis. On ferait bien de pas se pourrir la vie avec des petits détails ou des chicanes pour des peccadilles. On sera peut-être pas là demain. 

- Oui, faut prendre le bon quand il est là. On est vraiment peu de chose. » 

Silence. 

Tintement de verres. 

Silence 

«  Tu remets deux de Pinot blanc, steuplé ? 

- Va falloir que j’y aille moi. 

- Ouais, moi aussi. 

- Allez, santé.
- Santé ! » 

Silence. 

«  Pis sinon, avec ton voisin, ça va mieux ? 

- Me parle pas de machin nom de djeu. Il veut toujours pas couper ses arbres. Pourtant le Juge il y a dit qu’ils dépassaient de 35 cm la hauteur légale. Et sa grognasse qui me nargue tous les matins. J’en peux plus. Et puis tu sais, Simone, ça la mine cette histoire. On a sans arrêt des feuilles dans les rosiers. Du coup elle est tout le temps stressée. 

- Pfffff, y a des gens qui ont vraiment aucun respect. 

- Arrête. Un jour je vais lui en foutre une à ce gars. Et chaque fois que j’arrive à la maison, je vois ces 2 arbres, et ça me rend bon grinche pour la soirée. 

- Et je pense qu’en plus ça te coûte la peau du cul en frais d’avocat cette histoire. 

- Arrête, arrête. Parle plus de ça, ou je réponds plus de rien. 

- De toute façon, faut que je file, sinon je vais encore me faire engueuler par Bobonne.

- Ouais, chienne de vie. » 

Et les deux jeunes cadres de réajuster leur cravate, et de remonter dans leur voiture neuve. Inutile de dire qu’un des deux avait un 4x4. 

Fin d’après-midi de mars, Café de la gare, Suisse romande. 

« Coup d’œil » désabusé, par Arpenteur, oreillette depuis 1971

par Arpenteur publié dans : Coup d'oeil
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Lundi 27 février 2006

J’aime le ski parce qu’en remontant de la cave, on se pince les doigts en essayant de porter les skis, les bâtons et les chaussures, sans rien cogner dans les escaliers. 

J’aime le ski parce que tôt le matin, on peut faire un Tetris dans un brouillard glacial, pour essayer de faire rentrer une paire de planches de métal coupant dans la voiture. 

J’aime le ski, parce que je peux enfoncer mes pieds dans des chaussures glacées, en respirant l’odeur du diesel dans un parking géant, en équilibre précaire pour ne pas poser mes chaussettes dans la neige boueuse. 

J’aime le ski parce que je peux acheter un forfait à un homme sans âge, rougeaud et mal rasé, coiffé d’un bonnet de laine posé au-dessus des oreilles, et qui n’a pas souri depuis la dernière tempête de neige au Sahara. 

J’aime le ski, parce que je peux m’entremêler jambes et bâtons dans un tourniquet bloqué, sous le regard de dizaines de touristes me prenant pour un débutant arrivé la veille de Rotterdam. 

J’aime le ski, parce que je peux partager pendant 10 minutes un télésiège avec des inconnus qui parlent de leur boulot, de leur belle-mère ou de leur vacances en Club aux Bahamas, tout en se tartinant de crème solaire. 

J’aime le ski parce que je peux manger un sandwich presque sec pour le prix d’un hélicoptère de combat, d’une nuit dans un palace, et des droits télés de la Coupe du Monde, dans une délicieuse odeur d’huile de friture rance. 

J’aime le ski parce qu’en mangeant des spaghettis au ragoût de rat, bercé par la douce mélodie des souliers de ski sur le carrelage détrempé, je peux espérer que quelqu’un tombe, si possible en portant un plateau surchargé (et que celui qui n’en a jamais rêvé me jette la première boule de neige). Tiens, pourquoi pas cette pimbêche trop maquillée, avec sa combinaison blanche, ses lunettes Dior et son bonnet de fourrure rousse ? 

J’aime le ski parce que je peux jouer au mikado en essayant de retrouver les miens parmi les centaines de paires étalées partout. 

J’aime le ski parce que je peux me faire passer devant et marcher sur les spatules par des adolescents boutonneux qui s’extasient sur la beauté des montagnes tout en jetant leur paquet de cigarette par terre.

J’aime le ski parce que je peux avoir froid aux pieds, aux doigts et au visage, mais le faire avec les milliers de fantômes tout aussi frigorifiés que moi que je devine glissant à travers le brouillard. 

J’aime le ski, parce que je peux payer pour tout ça. 

J’aime le ski, parce qu’en détachant de mes doigts gourds les boucles couvertes de glace de mes chaussures, je sais que le meilleur moment arrive. Et là, la neige boueuse, l’odeur du diesel, les parents qui crient sur leurs enfants épuisés et transis, les voitures qui me frôlent à toute vitesse, pressées d’arriver dans les bouchons, plus rien de tout ça n’a d’importance. 

J’aime le ski parce que lorsque enfin j’extirpe mon pied de ma chaussure, en tirant si fort sur mes muscles tétanisés de froid que j’en attrape une crampe, j’atteins une félicité presque orgasmique. 

J’aime pas trop le ski, en fait, je crois. 

« Humeur » hivernale, par Arpenteur, téléski depuis 1971 

par Arpenteur publié dans : Humeur
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