Cachet postal

courrier des lecteurs, lettres d’insultes non anonymes, demandes d’autographes, commandes de produits dérivés, achat des droits pour le cinéma, conseils pour devenir joueur de pipeau professionnel, sponsoring à plus de cinq zéros, ou autres raisons indispensables de me contacter directement ? glissez votre message dans l’enveloppe, léchez le timbre, et collez-le ici 

 

 

 

***

DURA LEX...

Toutes les lettres (et les chiffres aussi, allez, soyons pas radin) formant les mots qui constituent ce blog, ainsi que tout ce qui s’y trouve, y compris la super méga géniale bannière, sont protégés par la loi, des playmobils surarmés, et plein d’autres trucs plutôt cool. Alors on ne copie pas, on ne vole pas, on ne tire pas les cheveux des filles à la récré, sinon, je vais chercher des copains très baraqués, et on vient tous chez toi manger des pizzas aux anchois sur ton canapé, mettre tes boyaux en guirlande sur ton yucca, et casser ta télé. Alors fais super gaffe les gens. 

 

 

 

 

 

 

 

Avec le temps va

Novembre 2008
L M M J V S D
          1 2
3 4 5 6 7 8 9
10 11 12 13 14 15 16
17 18 19 20 21 22 23
24 25 26 27 28 29 30
             
<< < > >>

Cafter

Cliquez ici pour recommander ce blog
Samedi 22 décembre 2007

Voici venu le temps de cette joviale tradition à base de sapins, de paquets brillants, de vieux barbus avec des enfants sur leurs genoux, de rennes exploités, et de flocons lumineux.

Car vous n’êtes sans doute pas plus con que moi, ce qui est parfois difficile, je vous l’accorde, et vous avez dû constater que la dictature de Noël a pris le pouvoir à nouveau.

Les rues regorgent de lumières, le moindre petit pavillon résidentiel, ou balcon d’immeuble dégouline d’illuminations plus kitsch les unes que les autres, et comme l’an dernier, notre maison est la seule du quartier à résister envers et contre tout aux rennes tirant un traîneau, ou au Père Noël clignotant essayant de grimper à la fenêtre… mais depuis longtemps, grâce à « Pas de Noël cette année » de John Grisham on se sent moins seuls.

L’avantage à cette période, c’est qu’on a plus besoin d’allumer la lumière à l’intérieur. Les voisins se chargent d’éclairer notre séjour.

Et quand enfin les lumières s’éteignent au matin, les magasins sont pris d’assaut comme une lampe par les moustiques un soir d’été ou une librairie le jour de la sortie de « Harry Potter fait des slips en macramé ».

Impossible de l’éviter, impossible d’échapper à la compulsive et frénétique consommation. On voit des gens errer dans les rayons, certains à la limite de la panique, cherchant désespérément parmi des trucs qu’on ne voit qu’en décembre parce que personne ne les achèterait sinon, le cadeau satisfaisant. Qui n’as pas entendu au fil d’une discussion pré-noëlesque des « quelle corvée ces cadeaux, j’en peux plus, et cette foule, pfff, c’est l’horreur », auquel répondent des « Ah ben moi j’ai enfin fini, suis bien content d’être débarrassé »…

Et finalement tout le monde s’échine à offrir des trucs inutiles à des gens qui n’en ont pas besoin et pourraient se les payer eux-mêmes.

Noël, à la base, si, si, rappelez-vous, c’est quand même une pucelle qui accouche sous le regard lubrique d’un bœuf, d’un âne, d’un charpentier et de bergers nuls en orientation… Et cette fête religieuse engendre des dépenses estimées à près de 3 milliards de francs en Suisse, soit environ 2 milliards d’euros... uniquement en cadeaux, c’est-à-dire sans compter les achats supplémentaires de nourriture…

2'000'000'000 d’euros… pour un petit pays comme la Suisse… Multipliez ça à l’échelle de l’Europe, de l’Amérique, et du reste du monde qui n’est pas occupé à essayer de survivre…

Mais restons-en à la Suisse et à ses 2'000'000'000 d’euros, car les chiffres avec plus de zéros, ça fait trop peur.

Je le concède, certains cadeaux sont utiles, et surtout faits à des gens qui ont « besoin » de ce qu’ils vont recevoir. Mais ça reste une minorité. Mettons un quart grand maximum, en comptant large, et en prenant aussi en compte ce qui suffirait pour le plaisir de faire plaisir...

Et là, ne vous amusez pas à calculer tout ce que l’on pourrait faire d’utile, ni combien de vies on pourrait sauver avec 1.5 milliards d’euro, par exemple nourrir et scolariser plus de 4'000'000 d’enfants pendant 1 an. Mais rassurez-vous, 1'500'000'000 d’euros c'est à peu près ce que vous pourriez dépenser par semaine pour apporter la démocratie et la paix à des puissances pétrolières.

Ne comptez pas, vous allez avoir la nausée.

Comme moi…

Mais bon je ne veux pas vous gâcher votre Noël, et je profite de la relative ancienneté de ce blog pour vous servir du réchauffé, et vous confirmer que si le Père Noël a existé, et bien maintenant, il est mort… de rire ? Si, c’est ici

Quoi ? J’ai brisé un mythe… ? Ce n’était pas mon intention, et malgré tout ça, je vais plutôt bien vivre les petites festivités entre amis qui m’attendent… comme vous…

Désolé, mais parfois j’ai un sale goût dans la bouche, un peu comme si j’avais bouffé du renne rance…

« Humeur » nauséeuse à haute teneur en bonne conscience ajoutée, par arpenteur, boute-en-train hypocrite depuis 1971

(c)photo arpenteur2003 - savolaire, vs, suisse

par Arpenteur publié dans : Humeur
ajouter un commentaire commentaires (6)    recommander
Vendredi 14 décembre 2007

« Franchement, à ta place j’aurais pris autre chose. Tout le monde sait qu’au Café du Cheval blanc, le meilleur c’est le pavé de bœuf flambé. Mais en fait, je n’ai pas été surpris que tu manques autant d’originalité. Comme d’habitude. Mardi, pizza quatre saisons. Quand vas-tu faire preuve d’un peu de fantaisie, mon pauvre. Pour tout dire, je n’attendais rien de mieux de ta part. Au moins, tu ne m’as pas déçu. A t’tal ».

Et il a raccroché. 

Ce matin, l’horloge du four indiquait 7h19, et il venait de prendre possession de ma journée. Une fois de plus. 

J’ai essayé d’oublier sa voix en me noyant dans le ronronnement de la machine à café, mais son « à t’tal » résonnait encore et encore dans ma tête comme un lancinant et assourdissant carillon un matin de Pâques. 

Voilà des mois que cela dure. Depuis le lendemain de mon anniversaire, très précisément.

J’avais décroché à la quatrième sonnerie, comme d’habitude.

« Bonjour Martin. Comment on se sent ? 26 ans… C’est fou, ce que le temps passe tu ne trouves pas ? Je ne vais pas te déranger longtemps, mais je peux te dire une chose : je sais tout ».

Je n’ai même pas pu demander qui était à l’appareil. Il avait déjà raccroché. Plutôt étrange. J’ai vérifié sur l’écran de mon téléphone : numéro caché.

J’ai pensé à une erreur, malgré la coïncidence des prénoms, et j’ai vite oublié cet appel.

Sauf que deux jours plus tard, ça recommençait : « Tu te souviens de moi, Martin ? »

Je n’ai eu le temps ni de réfléchir à cette voix, ni de répondre. Il a continué : « Je suis celui qui sait tout. Tout le monde à un petit secret, quelque chose à cacher, n’est-ce pas ? Allez, à t’tal ».

Et la communication fut coupée. Perplexe, j’ai pris ça avec le sourire. Je me souvenais, en effet. Encore ce faux numéro.

Mais le même jour, peu avant midi, j’ai reçu un nouvel appel masqué. Et j’ai enfin réussi à en placer une :

« - Je suis désolé, Monsieur, mais vous devez faire un faux numéro. Qui cherchez-vous à atteindre ?

- Mais toi, mon cher Martin. C’est toi que j’essaie d’atteindre. Et quelque chose me dit que je ne vais pas tarder à y parvenir. Enfin, je dis ça, je dis rien.

- Non désolé, vous devez vraiment faire erreur ».

Il y a eu un bref silence. J’étais sur le point de raccrocher, lorsqu’il a repris :

« - Une erreur ? A ta place je n’en serais pas si sûr. Je te rappelle que je sais tout. Je sais par exemple que tu portes une veste bleue en velours côtelé. Pas terrible d’ailleurs. T’as vraiment un goût de chiotte. Tu viens juste de quitter ton travail, en sortant par la porte qui est du côté de la gare. Comme d’habitude. A t’tal ».

Il n’y avait plus que les « bips » répétitifs de fin de conversation, mais j’ai gardé mon téléphone à l’oreille quelques instants. J’étais sidéré, désorienté, abasourdi. Ce n’était pas une erreur. J’ai regardé autour de moi, mais je n’ai rien vu de particulier. J’ai fouillé l’historique de mon téléphone, mais l’écran ne m’a rien révélé sur mon mystérieux interlocuteur.

« - Ca va ? Tu es sûr ?

Laurent me demandait ça pour la troisième fois depuis le début du repas.

- Mais oui, ça va, excuse-moi, mentis-je, en jouant du bout de la fourchette avec un morceau de poivron, suis un peu crevé, c’est tout. Ca ira mieux la semaine prochaine.

- Si tu le dis… »

Nous avons continué à manger dans un silence inhabituel.

Mes pensées étaient accaparées par ces étranges appels. Ils repassaient en boucle dans ma tête, les premiers m’étant parfaitement revenus en mémoire comme si je les avais entendus quelques minutes plus tôt. Je les analysais en tous sens, y cherchant une signification, y cherchant la preuve que c’était effectivement un faux numéro, essayant de mettre un nom sur cette étrange voix. Et je laissais refroidir ma quatre-saisons à peine entamée.

Il a rappelé le soir même, vers 23h, pour me souhaiter « Mauvaise nuit ». Ce n’était pas vraiment nécessaire, mais il a sans doute voulu assurer son coup.

Je n’ai effectivement pas fermé l’œil cette nuit-là. D’ailleurs je n’ai quasiment pas dormi depuis.

Il n’appelle pas tous les jours. Et finalement, je crois que c’est ce qu’il y a de pire. Il me dit qu’il sait tout, me répète inlassablement que les secrets ne peuvent être gardés éternellement. Je passe mon temps à craindre ses appels, et entre chacun d’entre eux, je me repasse le fil de ma vie. Depuis mon plus vieux souvenir, jusqu’à maintenant. Et puis je recommence encore et encore, examinant chaque détail, y cherchant avec assiduité obsédante le secret auquel il fait si souvent allusion, qui pourrait être un indice, me mettre sur sa piste, m’aider à comprendre.

A chaque fois que le jour se lève, je me traîne jusqu’à la salle de bain. Je reste de longues minutes appuyé sur le lavabo. Je scrute le reflet de mon visage vieilli, essayant de sonder mes cernes noires, pour qu’elles me révèlent enfin le fameux secret. Elles restent muettes. Que pourraient-elles me dire d’ailleurs ?

Je n’ai rien à cacher, aucun secret, aucun vice, ni quoi que ce soit qui pourrait rendre ma vie intéressante. Je suis la définition même de « Métro-boulot-dodo », sauf que je me déplace en voiture.

Cette routine m’a toujours rassuré. Elle est le ciment qui fait tenir le fragile équilibre derrière lequel je me protége. Je n’aime pas le changement.

Depuis la nuit où, profitant du sommeil d’ivrogne de mon père, Maman m’a emmené, mettant ainsi brutalement fin aux rituels coups que nous recevions chaque soir, je n’aime pas la nouveauté. Je déteste l’inconnu. En pensant me protéger, elle a bouleversé mon quotidien, elle m’a mis à l’abri de la pluie de coups, mais elle a brisé tous mes repères encore plus sûrement que les mains épaisses de mon père. Je les connaissais, elles, au moins.

Et voilà que maintenant, cette voix au téléphone renverse tout. Chaque sonnerie claque comme un coup de pied dans ma forteresse de sable. Chacun de ses « à t’tal », si calme soit-il, est une tornade furieuse qui aplatit le château de cartes bien organisé qu’est ma vie.

Il laisse parfois des messages sur ma voiture. Des feuilles de papier journal, sur lesquels il raconte ma vie au marqueur rouge : « Dis donc, tu as eu le courage d’inviter Martin2 pour boire un verre, ou quoi ? Non, je ne pense pas. Ca doit être elle qui te l’a proposé, non ? Ca t’a terrorisé, mais tu y es allé quand même, tu ne sais pas dire non. Tu n’aurais pas dû, franchement. Elle n’est pas terrible. Tu mérites mieux. Quoique. Tu avais l’air tendu, je trouve. Les chaises du « Mouton volant » ne sont pas confortables, ou c’est elle qui t’avait mis un balai dans le cul ? ».

D’autre fois ce sont de simples « à t’tal », dessinés du bout de ses doigts immondes dans la neige de mon pare-brise. Je passe alors le racloir en pleurant, et je rentre chez moi. Et j’attends qu’il appelle. Je sais qu’il va appeler. Il finit toujours par appeler.

Je laisse sonner le téléphone jusqu’à ce que je n’en puisse plus. Je l’enfouis sous des coussins, et je m’assieds sur la pile en hurlant de colère. Mais jamais il ne se décourage. J’essaie d’être le moins prévisible possible, de le déstabiliser, mais c’est finalement moi que cela perturbe.

« Dix-sept sonneries avant de répondre aujourd’hui ? Bravo Martin, quelle originalité ! J’espère que tu arriveras à dormir après un tel exploit. Je savais que ce jour viendrait, que tu laisserais passer la 4ème sonnerie sans décrocher. Mais dix-sept sonneries, je ne pensais pas. Chapeau. De toute façon, je sais que tu finis toujours par répondre. Je voulais juste te demander une chose : pourquoi tu as acheté ce livre, hier, tu veux bien me dire ? Pourquoi tu te laisses embarquer ainsi par le matraquage qu’en fait l’éditeur ? Tu as peur d’être le seul abruti à ne pas l’avoir lu ou quoi ? Parce qu’en plus, je peux te dire, je l’ai lu la nuit dernière, pour être sûr, et franchement, il n’en vaut pas la peine, pour être poli. Enfin bref, ce n’est pas moi qui vais te changer n’est-ce pas ? Sur ce, à t’tal… »

J’ai bien envisagé de porter plainte. Mais il faudrait d’abord découvrir qui il est. Puis cas échéant, il n’encourrait qu’une peine minime pour abus du téléphone. Alors à quoi bon ? Et il m’a avertit : « Inutile de parler à qui que ce soit de notre nouvelle amitié. Ca ne changerait rien, tu le sais. Mais par contre, cela me mettrait de fort méchante humeur, si tu vois ce que je veux dire. A t’tal ! ».

Je pourrais aussi ne pas répondre, mais j’aurais alors un billet sur ma porte, une lettre, un message qu’il me ferait porter au travail, un e-mail, une dédicace à la radio, un téléphone à mon intention dans un restaurant, ou je ne sais quoi.

Alors quand ça sonne, je décroche.

Sa voix m’étouffe. Elle se colle à mon cerveau comme une mélasse nauséabonde. Elle me pénètre comme un acide, qui coule avec la lenteur de la poix de mes oreilles à ma gorge. Elle me brûle le cou, m’écrase la poitrine, et me ronge le ventre. J’ai perdu quatorze kilos en deux mois. Je ne dors plus.

Je m’enfonce dans ce marais qui m’entrave de toutes parts. Je suis englué dans cette voix douceâtre et visqueuse. Je fonds sous son regard que je sens posé sur moi en permanence, comme la langue baveuse d’un chien qui hésite à mordre.

Je suis dépossédé de ma propre vie. Je suis exhibé malgré moi. Je marche dans la rue comme si j’avais les fesses à l’air. Je fais mes courses en me sentant aussi ridicule que si j’étais complètement nu. Je vis à poil.

Que va-t-il penser de ma tenue, de mes repas, de mes achats ? Quels commentaires va-t-il faire ? Quand va-t-il appeler ? Pourquoi ? Que me veut-il ? Pourquoi ne demande-t-il jamais rien ? Pourquoi ? De quel secret parle-t-il ? Pourquoi ? Pourquoi ?

Il est le roi de ma vie, et je suis le bouffon de la sienne.

J’ai renoncé depuis longtemps à percer le mystère de son identité. Je veux simplement la paix.

C’est pour ça que je suis monté ici aujourd’hui, tout en haut de ce clocher. Pour tester sa réaction. Et puis, je peux observer les alentours à loisir. Peut-être parviendrais-je ainsi à le repérer parmi les passants.

Les cloches annoncent midi dans un fracas qui me fait sursauter. Je manque de tomber, et je ris de m’être ainsi laissé surprendre. C’est bon. Je remarque que ça fait longtemps que je n’ai pas ri. J’apprécie quelques instants le fait d’être au-dessus des toits de la ville, et j’espère que personne ne m’a vu franchir les grilles de l’escalier. Je ne veux plus descendre. J’ai l’impression qu’ici, il ne peut plus m’atteindre.

Mais cela ne dure pas.

Il me ramène à lui avec un SMS qui me remet les pieds sur terre : « Qu’est-ce qui t’a pris de monter là-haut ? Fais gaffe à ne pas devenir sourd. Ne bouge pas, je t’appelle. A t’tal ! ».

Il est là. J’en étais sûr. Mais qui est-il ? Le parvis de l’église est désert, quelques personnes remontent la Rue des Anges.

Je hurle : « Mais pourquoi tu fais ça ! Je n’ai pas de secret !».

Une vielle dame lève péniblement la tête. Et lui, il est tout près d’ici, en train de composer mon numéro, probablement en souriant, du plaisir que lui donne son bouffon.

Mon téléphone entonne le « Highway to hell » d’AC/DC.

A la première note, comme un sprinter aux ordres du coup de pistolet de départ, je jaillis de mes starting-blocks, je décroche et je m’élance dans le vide.

« Nouvelle mauvaise » anonyme, par arpenteur, standard téléphonique depuis 1971

(c)photo arpenteur2005 - pékin

par Arpenteur publié dans : Nouvelles mauvaises
ajouter un commentaire commentaires (8)    recommander
Vendredi 7 décembre 2007

En cette période de frénétique surconsom-

mation pré-

noëlique, il me semble important de revenir à l’essentiel : l’amitié et le pardon pour pouvoir fêter Noël l’âme en paix. Mais bon, il arrive que ce soit trop dur, et qu’on aie plutôt envie que s’abattent sur certains toutes les plaies d’Egypte, de Grèce (ah non, pas Nikos c’est trop cruel ça) ou d’ailleurs, voire de nouvelles plaies super chiantes.

N’hésitez pas par exemple à menacer les importuns d’ordonner à votre marabout personnel de les transformer en playmobils. Croyez-moi, ce genre d’intimidation devrait rendre n’importe qui un peu plus conciliant et aimable à votre égard.

Ce qui vous aidera à lui pardonner d’être un vrai con, et à faire de cette planète un monde de paix, avec des bougies en forme de rennes, des airs de violon, et des enfants qui cessent de mourir sous des arbres secs pour se mettre à chanter sous des sapins lumineux arrachés à la forêt qui finiront par étouffer sous une avalanche de déchets post-déballage.

Personne ne voudrait être transformé en playmobil. Parce que le playmobil, des emmerdements il en a à la pelle, que dis-je, au tracto-pelle.

Tout d’abord, sa survie elle-même est un miracle de tous les instants.

Parce que le playmobil ne peut pas se nourrir, ni boire. Essayez de manger proprement cinq fruits et légumes par jour sans plier les coudes, ou de boire une bière au bar du coin, voire au coin du bar. Totalement impossible sans assistance. Ne pas boire permet toutefois d’éviter de devoir appeler à l’aide pour ouvrir son pantalon pour aller aux toilettes. Ce qui est quelque part dommage, puisque le playmobil a une excuse en or jaune pour arroser les bords de la cuvette par accident.

Et si le pot de confiture aux fruits de mer de Tata Marie-Cindy est sur l’étagère du haut, pas question de se mettre sur la pointe des pieds pour l’attraper les bras tendus. L’absence de chevilles et d’orteils se fait alors cruellement sentir.

Le playmobil a les bras les plus inutiles qui soient, et chez lui, l’adage le plus populaire est : « des bras ? eh non, pas d’chocolat quand même ». Le crabe le plus maladroit du monde est sans doute plus habile de ses pinces qu’un playmobil bricoleur. Par contre puisqu’il ne mange rien, cela devient beaucoup moins grave pour lui de ne pas pouvoir se brosser les dents.

Le playmobil ne peut pas non plus se frotter les yeux, mettre ou enlever ses lunettes, pire, ses lentilles de contact. Impossible de se gratter les oreilles, ni les couilles, ni encore de coiffer sa petite mèche crénelée d’un air dégagé, lorsqu’elle lui tombe sur les yeux. Sur ce point là, il a d’ailleurs l’avantage de ne pas perdre trop de temps chez le coiffeur, puisqu’il peut être intégralement scalpé et recoiffé en quelques instants, moyennant l’assistance de quelques potes.

Il ne peut pas lacer ses chaussures, ni mettre des tongs, et par conséquent, il se balade toujours pieds nus, ce qui dans certains milieux est très mal vu. De plus, à défaut de pouvoir nouer sa cravate, ses possibilités professionnelles sont aussi très réduites. Exclu de rêver par exemple d’une carrière de vendeur en assurances, ou de politicien de droite.

Finalement, pour presque tout, notre ami le playmobil a besoin du coup de main, tendue, d’un camarade. Le problème c’est qu’il se trouve souvent seul, étant donné les difficultés qu’il rencontre pour composer le numéro de ses amis sur son portable, et encore pire, pour le porter à son oreille, s’il n’a pas un kit main libre.

La santé du playmobil est extrêmement fragile, puisqu’il ne peut pas pratiquer une activité physique régulière pour compenser le fait qu’il lui est impossible de manger cinq fruits ou légumes par jour. Comment courir, jouer au foot ou au tennis, voire faire du vélo, sans genoux, lorsque les deux jambes ne font qu’une ?

Inutile aussi pour lui de sortir draguer en boîte puisqu’il ne peut pas mettre ses lunettes de soleil sur son crâne, qu’il n’a pas de genoux, et que les particularités de ses bras le rendent totalement incapable de danser la tecktonik, la macarena, ou de s’éclater sur YMCA à la Salle de Fêtes de Farvagny-Le-Petit. Admettons qu’il arrive à emballer une jolie playmobilette qui déteste la danse, il ne tarderait pas à se faire jeter, à force d’être en retard, puisqu’il lui est impossible de regarder sa montre.

De toute façon, Madame Playmobil n’a pas de seins, pas de fesses, ne peut pas écarter les jambes, et ne peut que faire non de la tête. Donc aucune chance de faire un jour des galipettes. Et pas question non plus pour le playmobil, mâle ou femelle d’ailleurs, de se consoler en essayant de se satisfaire tout seul…

Ne pas manger, ne pas boire, ne pas faire de sport, ne pas avoir de vie sexuelle, et ne pas pouvoir faire des pompes… Quelle plaie mobile…

Et le pire pour le playmobil c’est que jamais personne ne l’a serré dans ses bras, et je suis sûr que s’il pouvait prendre rendez-vous, il suivrait des séances bihebdomadaires chez un psy, qui lui donnerait tous les cachets qu’il est incapable d’avaler seul. Pour tenir le coup.

Non, y a pas à dire, ça doit être dur dur d’être un playmobil.

« Virgule » raide comme la justice de Berne, par arpenteur, assouplissant à la lavande depuis 1971

(c)photo arpenteuse2002 - îles cayman

par Arpenteur publié dans : Virgules
ajouter un commentaire commentaires (5)    recommander
Vendredi 30 novembre 2007

Il est des sports méconnus, qui devraient l’être un peu moins, et pouvoir enfin bénéficier d’une couverture médiatique, et de droits télévisuels faramineux, dignes de ce nom. Toujours soucieux de votre culture, fut-elle cycliste, maritime, ou ovale, j’ai décidé de faire sortir de l’ombre un de ces sports : le hornuss.

Il n’y a pas de raisons que seuls quelques Schwitzertütsch moustachus en profitent, non ?

Le hor-quoi ? vont se demander en se tordant la bouche tous ceux qui vivent en dehors du pays des montagnes en or où coulent des rivières de chocolat (ou l’inverse), et ils sont nombreux, car ce blog est lu sur plusieurs continents, je le sais… et en quelque sorte on peut dire que ça me troue le cul, en bon français…

Bref, revenons à nos néanmoins compatriotes suisse-allemands.

Le hornuss est un sport de plein air.

Et vous n’allez pas tarder à comprendre pourquoi il vaut mieux éviter d’entamer une partie dans son salon, en particulier si Valérie Damidot vient de vous le redécorer en gloussant, avec une « mag-nifique pitite loupiote qui lui donne tussuite un air beaucoup plus cosy, n’est-ce pas mon frankyky… ? », en moins de temps qu’il n’en faut à Ikea pour vendre un meuble au nom imprononçable, et à M6 pour diffuser un spot de pub.

Donc, pour pratiquer le hornuss, commencez par trouver un champ d’une longueur respectable, soit au moins 350 mètres, situé à l’extérieur de votre salon, et qui porte de préférence un intitulé chatoyant comme une chevelure qui le vaut bien, par exemple Brötlifeld, Röstifeld, Spätzlifeld, ou autre Würstlifeld.

Il vous faudra ensuite arpenter les routes cantonales de l’Emmental Bernois (non, chers néanmoins voisins hexagonaux, l’Emmental n’est pas un fromage, c’est un vrai endroit avec des gens moustachus qui vivent dedans), de préférence de nuit, afin de dérober le plus de panneaux routiers possible, en violation de l’art. 98 LCR. Choisissez-les de préférence carré : par exemple un « sens obligatoire » ou un « H », voire un « P ». Mais n’hésitez pas à laisser libre cours à votre imagination. La collaboration d’un ami soudeur, étranger (car en Suisse allemande, seuls les étrangers commettent des infractions), est d’ailleurs recommandée pour gagner du temps, et couper les poteaux à leur base. Et veillez à ce qu’il se protège bien les yeux, afin d’éviter qu’il n’abuse ensuite de l’assurance-invalidité.

Vous devrez ensuite vous munir d’une boule. Une boule standard, à circonférence sphérique globulaire d’un diamètre passant par le centre. Celle-ci sera placée sur une sorte de rail, et il s’agira de la frapper avec votre fouet (je te vois déjà frétiller des fesses petite coquine, mais non, ça n’a rien à voir. Je te rappelle que ce sport est suisse-allemand et protestant). Le fouet est une longue tige flexible au bout de laquelle se trouve une partie plus rigide pour frapper la boule, et l’expédier à plus de 180 km/h en direction des joueurs adverses, situés à l’autre bout du terrain, soit plus loin que la distance d’un stand de tir fédéral.

Dès lors vos adversaires vont vivre dans la terreur. Vous les verrez courir dans tous les sens, comme des greluches un jour de solde chez Mango, tout en regardant le ciel vide avec un air niais d’électeur aimant les affiches à base de moutons. Puis dans leur panique ils commenceront à jeter des panneaux indicateurs dans les airs : « stop », « sens interdit », « ne pas tourner (trop ?) à droite », et « Obersteckholz BE » (par exemple comme ça).

Quand tous les panneaux sont retombés, les joueurs adverses se congratulent, tout heureux d’être restés en vie. Ils ramassent les panneaux, car ils n’ont pas l’habitude de jeter des trucs par terre, puis s’en vont boire une bière au Gasthaus zum Bären.

Et là vous êtes sans doute comme moi : vous vous demandez en trépignant où trouver l’album des figurines Panini de la fédération thurgovienne de hornuss, et comment faire pour vous inscrire. Si, si, ne faites pas les innocents, je le sais.

Alors n’hésitez pas, rendez-vous ici (attention, le design défrise la moustache), et entraînez-vous… il paraît que le hornuss sera un sport olympique d’ici les Jeux d’été de Wangen-an-der-Aare 2148

« Virgule » moustachue, par arpenteur, trans-palette depuis 1971

(c)photo arpenteur2006 - grangettes, vd, suisse

par Arpenteur publié dans : Virgules
ajouter un commentaire commentaires (7)    recommander
Lundi 19 novembre 2007

- C’est fini pour aujourd’hui, Monsieur Sammel. Et je suis désolé, je sais combien ces rendez-vous comptent pour vous, mais malheur-

eusement, je serai absent la semaine prochaine. Je dois assister à un cycle de colloques à Londres.

Il m’a dit ça d’un ton très satisfait, pour ne pas dire suffisant, que l’air grave et désolé qu’il prenait derrière ses lunettes rondes ne masquait aucunement. Sa moue sérieuse et professionnelle semblait devoir légitimer la blancheur de sa blouse.

Cela ne m’a pas étonné que le Docteur Lefumaz me précise son emploi du temps. Il pensait justifier ainsi ses compétences, et les tarifs exorbitants qu’il pratiquait, faisant de la collection le concernant la plus onéreuse de toutes.

Il m’a tendu la petite carte, sur laquelle figurait notre prochain rendez-vous. Je l’ai regardée, et j’ai acquiescé tristement. Il a du prendre ça pour un « au revoir » puisqu’il a refermé sur moi la lourde porte de bois moulé sur laquelle étincelait sa plaque : « Docteur Cyril Lefumaz, Psychiatre ». Elle brillait tellement, que je le soupçonnais de l’astiquer tous les soirs.

Je me suis retrouvé seul dans ce couloir qui sentait la vieille humidité. Une légère odeur de neuf émanait encore de l’épais tapis couleur prune installé depuis peu sur l’escalier de pierre qui s’entortillait autour d’un ascenseur brinquebalant. Elle ne masquait toutefois pas la vétusté de cet hôtel particulier investi par diverses professions libérales. Mais cette vieille architecture permettait des hauts plafonds, et de grandes portes en bois, qui devaient ravir le Docteur Lefumaz. Il s’en dégageait une certaine classe, une respectabilité, que l’on n’aurait pas trouvées dans un quatre pièces d’un immeuble des années 70.

La carte de rendez-vous dans la main, je l’examinais encore une fois avec soin : c’était effectivement pour jeudi en quinze 16h45, comme d’habitude. Une éternité, et surtout un trou de plus dans ma collection. Le huitième.

Tout comme les vacances, je détestais ces congrès auxquels le docteur se rendait de temps en temps, et où je l’imaginais se pavanant parmi ses pairs, en sirotant des cocktails. Je suis sûr qu’en plus il y parlait de moi, de mon « cas très intéressant », comme il disait, tout en piquant des olives avec un cure-dent.

Quand je me suis retrouvé dans la rue, la nuit commençait à tomber, comme tous les jeudis de novembre vers 17h45.

Deux cent dix-neuf.

J’avais 219 cartes de rendez-vous du Docteur Lafumaz pour le jeudi 16h45. Cette pensée a légèrement apaisé ma colère, alors que je répertoriais ma nouvelle acquisition dans mon calepin.

Voilà plus de quatre ans que je consultais ce charlatan, uniquement pour réunir cette collection unique. Je n’avais eu aucune peine à le convaincre que j’avais un problème nécessitant un suivi hebdomadaire : je lui ai parlé des collections que je ne faisais pas.

Ben oui, je ne suis pas fou. Je n’allais pas lui parler de celles que je faisais vraiment. J’avais constaté qu’il devait être collectionneur, lui aussi : les trois étagères sur lesquelles trônaient une trentaine de petites statues africaines en bois, représentant des sorciers, le trahissaient. Je me suis tout de suite méfié, me félicitant de la longue expérience qui m’avait permis de remarquer ce détail.

Alors pour éviter qu’il ne profite de nos séances pour noter sur son bloc des idées de nouvelles collections, tout en feignant m’écouter d’un air distrait, je me suis bien gardé de lui parler des miennes.

Je l’ai accroché dès notre première rencontre, avec ma soi-disant collection de timbres et la tristesse frisant le désespoir que j’avais ressentie, lorsqu’un soir, en rentrant de l’école, j’avais découvert que ma mère avait tout vendu, pour s’acheter une robe en vue du mariage de sa soeur. Comme si Grégoire Sammel était du genre à collectionner des timbres… Dès le début, j’ai pu lui faire avaler n’importe quoi à ce bon Docteur.

Je n’avais pas à en rajouter beaucoup, parce qu’effectivement j’avais toujours dû lutter avec mes parents pour sauvegarder mes collections, et que parfois ils en avaient détruit l’une ou l’autre. La perte qui m’avait fait le plus de peine fut celle des 1871 cannettes de soda de couleur bleue, toutes différentes, que j’avais réunies en moins de cinq ans, qui avait disparu un mois avant que je ne fête mes treize ans. Toutes différentes, mais beaucoup trop encombrantes, paraît-il. Et tout ce qu’il m’en restait aujourd’hui, était un vieux cahier scolaire, intitulé « Collection No 9, canettes bleues », dans lequel je les avais toutes listées, précisant la date et le lieu de leur acquisition.

En rentrant de ma séance chez Lefumaz, j’ai constaté qu’à l’angle de la Rue du Crochet et de l’avenue Monthelier, tristement dégarnie en cette fin d’automne, il y avait eu un accident. Un vieil homme avec un chapeau de feutre, avait coupé la priorité à un jeune cycliste. La police venait d’arriver sur les lieux, et prodiguait les premiers soins à la victime, sous le regard toujours trop curieux des badauds. Le vélo vert, dont la roue avant était totalement pliée gisait sur la route, trois ou quatre mètres devant une Subaru couleur rouille. Quelques agents essayaient de réconforter le chauffard qui semblait être particulièrement choqué. L’ambulance est arrivée quelques instants plus tard, et a emmené le blessé.

C’est alors que j’ai remarqué la silhouette jaune que les policiers avaient dessinée à la craie à l’emplacement du cycliste. Elle saignait.

J’ai ressenti une impression étrange face au vide que la victime avait laissé sur la route. C’était la première fois que je voyais du vide.

Le lieu de l’accident a été mesuré, dessiné, puis peu à peu dégagé. J’ai alors vu que la silhouette de la voiture, et celle du vélo accidenté avaient également été marquées. Puis la circulation a repris, écrasant le vide et le sang.

De retour chez moi, j’ai classé rapidement la deux cent dix-neuvième carte de rendez-vous du Docteur Lefumaz avec les autres. Quinze jours. Une éternité.

J’ai pris un bain bouillant, tout en relisant le carnet consacré à ma collection de chaussures gauches. La collection No 66. A chaque fois que je voyais une paire de chaussures, devant une porte, dans un vestiaire, n’importe où, je glissais la gauche dans mon sac, avec un sentiment de honte, mêlé au plaisir de compléter ma collection, et à la peur de me faire prendre. Comment aurais-je pu alors me justifier ? La relecture de certaines de ces 377 acquisitions que j’avais notées également de 1 à 5 selon le degré de danger, m’a fait sourire, et très vite je me suis senti beaucoup mieux.

En sortant de mon bain, je me suis coupé les ongles des pieds, et comme à chaque fois, j’en ai déposé les morceaux dans un grand bocal de verre. Il y en avait près de trois kilos, et j’en étais très fier. C’était le résultat d’innombrables années de travail et de discipline, mais j’avoue que pour cette collection-ci, je n’avais pas de carnet, ni de numéro.

Je suis ensuite passé à mon contrôle quotidien, et j’ai vérifié que ma collection principale était toujours complète à l’aide du cahier « Collection 0 : collections ». J’avais beau avoir installé un système d’alarme très perfectionné sur ma porte d’entrée, de nos jours, on ne peut être sûr de rien.

Malgré cette activité qui chaque soir me procurait un apaisement délicieux, je n’ai  pas trouvé le sommeil. J’ai ressenti cette nuit-là un grand vide. C’est dans la pénombre de ma chambre que j’ai compris : il me fallait commencer une nouvelle collection. Laquelle ? La réponse m’est apparue comme une évidence.

J’ai pris mon appareil photo, et je me suis rendu sur les lieux de l’accident que j’avais vu en rentrant. En chemin, j’espérais de toutes mes forces que la circulation n’ait pas déjà fait disparaître le vide.

Tout était là : la voiture, le vélo, le cycliste, le sang. Le rare trafic de cette fin de soirée m’a permis de prendre la victime en photo sous tous les angles, et c’est presque en courant que je suis rentré chez moi.

J’ai passé la nuit à imprimer les photos, à les classer, puis à les répertorier, dans un carnet tout neuf : lieu, date, circonstances. Au petit matin, j’ai écrit sur la couverture « Collection No 114 : Vides ».

Je savais que je ne dormirais pas. Comme à chaque fois que j’inaugurais un nouveau cahier, l’excitation du moment était trop forte. Il me fallait un deuxième exemplaire de vide, sinon, ce n’était pas encore une collection. J’ai passé ma journée à arpenter les rues de la ville, espérant rencontrer l’attroupement de badauds qui me révélerait l’absence dont j’avais besoin. Mais en vain. J’ai marché pendant des heures, et pas le moindre accident en vue. Lorsqu’à quelques reprises, j’ai entendu des sirènes, j’ai couru comme un fou dans leur direction, mais jamais je ne les ai trouvées. Leur son ricochait d’immeuble en immeuble en me désorientant complètement.

Après avoir passé la soirée avec ma collection No 59, « gommes en forme d’animaux domestiques herbivores », puis avec la No 47, qui contenait les pages 47 de tous les livres que j’avais lu depuis quinze ans, je me suis enfin endormi.

Dès le lendemain, j’ai fait l’acquisition d’un scanner, afin d’écouter les fréquences de la police. Ainsi, j’en étais certain, je ne manquerai plus le moindre accident, plus le moindre vide.

Mais malheureusement j’ai constaté qu’il était rare que je trouve le vide d’une personne blessée. La plupart du temps ce n’était que le vide rectangulaire et banal de véhicules légèrement accidentés.

J’en ressentais une obsédante frustration, qui grandissait chaque jour un peu plus. Je parvins à l’apaiser légèrement en subtilisant un escarpin noir, taille 38, dans les vestiaires de la piscine municipale. Mais cela ne me suffisait pas. Jour après jour, je recherchais encore et encore. Je poursuivais ces silhouettes fantômes avec l’acharnement du désespoir. Grégoire Sammel ne pouvait avoir une collection ne comprenant qu’un seul exemplaire. Cela n’avait pas de sens.

Jamais je n’avais ressenti un tel besoin d’aller voir le Docteur Lefumaz. Mais Monsieur se pavanait de l’autre côté de la Manche, et son absence était le vide le plus inutile que je pouvais trouver.

La veille de ma séance du jeudi, j’ai enfin trouvé un moyen de compléter ma collection de vide. J’allais en créer moi-même. Je n’aurai pas l’outrecuidance de faire un faux, et de dessiner moi-même une silhouette sur un quelconque trottoir, non. Je suis un collectionneur, pas un tricheur.

Ce soir-là, alors que je passais dans la rue du Docteur Lefumaz, j’ai eu le plaisir de voir un attroupement, à une centaine de mètres de l’hôtel particulier. L’ambulance quittait les lieux, et les policiers dispersaient la foule, tout en arpentant méticuleusement la zone qu’ils avaient délimité à l’aide de rubans de plastic rouge et blanc. Je me suis renseigné sur ce qui s’était passé en interrogeant les passants amassés sur le trottoir.

Un badaud m’a annoncé fièrement qu’un homme avait été tué, et qu’il avait eu le temps de voir la victime avant que les policiers ne la recouvrent d’un drap blanc. Il m’a raconté qu’elle aurait semble-t-il été poignardée, ce qui expliquait la longue trace de sang qui s’étalait jusqu’au caniveau. Je ne me suis pas attardé sur les lieux, je n’avais pas rendez-vous aujourd’hui.

Mais quelques heures plus tard, je suis revenu, profitant du calme de la nuit. A coup de flashs répétés qui illuminaient la rue déserte, j’ai immortalisé le vide ensanglanté du Docteur Lefumaz. 

Je n’aurai jamais une deux cent vingtième carte de rendez-vous… C’était certain.

Mais je savais qu’il fallait parfois savoir sacrifier une collection pour en valoriser une autre. Je l’avais appris il y a déjà bien longtemps.

« Nouvelle mauvaise » à la craie, par arpenteur, collectionneur depuis 1971 

(c)photo arpenteuse2005 - mongolie

 

 

par Arpenteur publié dans : Nouvelles mauvaises
ajouter un commentaire commentaires (15)    recommander
Mercredi 14 novembre 2007

Mes doigts se prennent pour des scénaristes hollywoodiens, qui aiment conduire des trains en étudiant la littérature népalaise, et ils se sont mis en grève.

Au début, je dois dire que je me suis un peu foutu de leur gueule : « C’est ça, c’est ça, n’importe quoi pour être à la mode… Vous n’avez vraiment aucune personnalité. Vous savez, vous n’êtes pas obligés de faire comme tout le monde ».

Puis ils m’ont envoyé une délégation, pour me faire part de leurs revendications. Parce que dans une grève, on prend des décisions à main levée, on délègue et on revendique, c’est le principe de base. On défile un peu aussi sous des banderoles bourrées de jeux de mots si pathétiques qu’ils pourraient avoir leur place ici, en scandant des slogans, dans une doudoune tapissée d’autocollants fluorescents…

Alors la délégation de mes deux doigts est venue. C’était les plus moches. C’est fou ce que les représentants syndicaux digitaux sont laids en général. Je me demande où ils font leurs castings. A croire qu’ils les trouvent dans le