Cachet postal

courrier des lecteurs, lettres d’insultes non anonymes, demandes d’autographes, commandes de produits dérivés, achat des droits pour le cinéma, conseils pour devenir joueur de pipeau professionnel, sponsoring à plus de cinq zéros, ou autres raisons indispensables de me contacter directement ? glissez votre message dans l’enveloppe, léchez le timbre, et collez-le ici 

 

 

 

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DURA LEX...

Toutes les lettres (et les chiffres aussi, allez, soyons pas radin) formant les mots qui constituent ce blog, ainsi que tout ce qui s’y trouve, y compris la super méga géniale bannière, sont protégés par la loi, des playmobils surarmés, et plein d’autres trucs plutôt cool. Alors on ne copie pas, on ne vole pas, on ne tire pas les cheveux des filles à la récré, sinon, je vais chercher des copains très baraqués, et on vient tous chez toi manger des pizzas aux anchois sur ton canapé, mettre tes boyaux en guirlande sur ton yucca, et casser ta télé. Alors fais super gaffe les gens. 

 

 

 

 

 

 

 

Avec le temps va

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Mardi 22 mai 2007

Je suis retourné en colonie.

Pas les colonies où on a des boys et on se la joue petit roi, parce que la couleur de sa peau est plus claire, ni celle où l’on s’installe en faisant comme chez soi, sans même avoir demandé l’autorisation du propriétaire des lieux, parce que « de toute façon, t’a rien à dire Bamboula ! »

Non. La colonie où nos parents nous envoient pour avoir un peu la paix pendant les vacances, la colonie de Pierre Perret, avec les guitares, tout ça tout ça.

A la colonie, je n’y suis allé qu’une seule fois. A 11 ans. Donc voilà 25 ans que je n’avais pas remis les pieds là-bas.

Premier constat, ça fout un coup de vieux de pouvoir se souvenir de lieux où l’on n’a pas été depuis 25 ans… avec la barbe qui pousse blanche, ça commence à faire beaucoup…

La colonie, à 11 ans, ça reste pour moi un endroit plein d’enfants inconnus, qui eux se connaissaient déjà, car venant tous du même village, qui n’était pas le mien.

C’est un endroit où j’étais le plus petit des « grands garçons » comme on disait, parqués dans le chalet de droite, sous les toits. Le chalet de gauche c’était les filles. Marrant ça, non ?

Un endroit où j’étais triste, et où je me sentais seul.

J’y ai retrouvé le même chalet, ses trois étages (petits, moyens, grands), mais les plafonds sont devenus beaucoup plus bas.

J’ai admiré les magnifiques planchers de bois bruts de chez brut, et les meubles très anciens qui me semblaient alors tout pourris.

J’ai revu le terrain de foot, devenu lui aussi beaucoup plus petit par je ne sais quel miracle, sur lequel les grands tapaient trop fort dans le ballon de cuir trop gonflé, pour gagner le tournoi à tout prix. A l’époque notre équipe s’appelait l’Italie. Je ne sais plus si nous avions gagné.

Je suis retourné dans ces caves dans lesquelles nous faisions du bricolage.

J’ai revu ces douches, qui, glacées, servaient de châtiment pour les trop chahuteurs.

J’ai traversé ce pré dans lequel je promenais mon cafard, justifiant mes yeux rougis par un rhume des foins persistant.

J’ai retrouvé la cuisine dans laquelle, comme dans toutes les colonies, on essuyait de la vaisselle dépareillée au dessin complètement délavé, avec des linges à carreaux toujours trop mouillés.

Dans le bâtiment allongé du réfectoire, j’ai retrouvé l’odeur des produits de nettoyage et le sol en lino. La salle à manger elle aussi est devenue plus petite. Cette salle à manger dans laquelle nous devions certains soirs écrire des cartes postales à nos parents. Où j’avais écrit tout le mal que je pensais de ces lieux où je m’ennuyais terriblement, détestant la vie de groupe, les chants autour du feu, et tout ce qui fait rêver les « colons ». Carte dont le contenu n’avait pas échappé à la « censure » qui régnait, et qui m’avait valu un entretien avec le directeur, qui en avait d’ailleurs informé mes parents, tout étonnés (et peut-être fiers) du nombre de gros mots que je savais écrire sans faute.

Et le petit enfant que je suis s’est souvenu des propos du directeur lorsqu’il m’avait pris à part, me rendant attentif à la chance que j’avais d’être en bonne santé, de manger à ma faim, d’avoir une famille et des amis. Je ne sais plus si j’y avais été sensible, à l’époque. Sans doute pas.

Mais ce week-end, en mangeant, buvant, chantant et riant toute la nuit pour l’anniversaire d’un cousin qui comme presque tous les autres, a passé parmi les meilleurs moments de son enfance, puis de sa jeunesse, comme moniteur, dans ces trois chalets, j’ai dit en pensée au directeur qu’il avait raison. Et c’est peut-être depuis ce jour-là que je suis si terriblement, et parfois douloureusement conscient de ma chance.

Ce qui a changé en 25 ans ?

D’abord, à l’époque, quand quelqu’un avait 40 ans, je n’étais pas invité.

Ensuite, tout est devenu plus petit, ou moi plus grand, et mais surtout je ne me suis pas senti seul.

Enfin, si j’ai eu les yeux humides, c’est du plaisir de voir danser l’arpenteuse au son de la guitare, sans qu’elle sache qu’on pouvait la voir.

« Flashback » cafardeux, par Arpenteur, colon depuis 1971

(c)photo arpenteur2005 - transsibérien, russie

par Arpenteur publié dans : Flashback
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Jeudi 17 mai 2007

Ca y est, le petit Nicolas a déménagé. Chez nos néanmoins voisins d’Hexagonie, cela s’appelle une passation de pouvoir. Faut dire qu’il ne s’installe pas à n’importe quelle adresse non plus. L’Elysée.

Je te vois venir, mais non, ça ne vient pas de « hélice, nom féminin : mécanisme servant à brasser de l’air ».

Elysée, c’est du grec vieux pour dire « le lieux des Enfers où les héros et les gens vertueux goûtent au repos après leur mort »*. Et les Enfers c’est l’endroit où les esprits et les âmes sont retenues « comme des ombres sans force ni sentiment, pure présence d'un passé à jamais aboli et qui reprennent amèrement vie quand on les évoque »*. Comme quoi faut pas s’étonner que jamais personne n’arrive à faire quoi que ce soit quand il habite ici. Finalement ce nom dérive probablement de « hélice ».

Malgré tout, on ne s’installe pas n’importe comment à cette adresse.

Pour y organiser un déménagement, il y a certains éléments indispensables.

Tout d’abord, il te faut un tapis rouge. Oui, pour des raisons de sécurité évidente : si le petit Nicolas marche dans le gravier de la cour sans tapis par-dessus, il risque de se noyer. Et ce tapis est rouge justement pour que Nicolas le voie bien, et ne fasse pas un pas à côté.

Ensuite, il te faut des militaires avec des costumes de l’ancien temps pour faire joli, comme ça Nicolas peut passer juste devant eux l’un après l’autre, seul moyen pour qu’ils le voient bien, et sachent que maintenant, c’est lui le chef, même si ses fringues sont moins marrantes.

Enfin, il te faut des escaliers. Personne n’a jamais connu un déménagement avec ascenseur. Et puis que serait un déménagement sans escaliers, sans « nom de dieu de bordel de merde » en essayant d’y faire passer le canapé, et sans « aïe mes doigts, tu fais chier putain, va doucement ! ».

Quant à la remise des clés, elle suit certaines règles bien précises.

Tout d’abord, l’ancien locataire attend en haut des marches. C’est rare qu’il soit du genre à descendre pour aider à porter des trucs.

Il te fait ensuite visiter les lieux, et te montre comment marchent les appareils électroménagers. Souvent, il te laisse des trucs. Nicolas il a eu de la chance, car Jacques lui a laissé une valise que c’est trop de la bombe, et un vieux collier doré, qu’il avait trouvé dans le grenier, mais dont il ne sait plus que faire.

Enfin, le nouveau raccompagne le vieux à sa voiture, une noire en général, comme les corbillards, puis ils se disent au revoir comme s’ils étaient copains, mais en fait le seul truc qu’ils ont en commun c’est d’avoir voulu habiter là. Et ce coup-ci c’est Nicolas qui a présenté le meilleur dossier à l’agence immobilière.

Quand l’autre est parti, Nicolas organise une petite fête avec ses potes pour leur montrer son nouvel appart. Il se la pète un peu, il faut bien le reconnaître. Après l’apéro, il va faire un tour dans la rue, avec des cavaliers à plumes rouges, et des jolies motos, pour montrer à tout le monde sa nouvelle bagnole.

Les jours suivants, il va inviter plein de monde, pour frimer encore un peu, et se moquer de leur appart pourri, et très vite, il va commencer à brasser de l’air…

Oui, c’est sûr, Elysée en vieux français ça veut dire « hélice »

«Virgule» présidentielle, par Arpenteur, déménageur depuis 1971

(c)photo arpenteur2006 - budapest, hongrie

*wikitexplique l'Elysée, partie des Enfers

par Arpenteur publié dans : Virgules
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Lundi 14 mai 2007

Il y a quelques dizaines de post (oui, ce blog est vieux, et ce post a des ancêtres), j’avais parlé de l’homme « übersexuel », le descendant du métrosexuel, paraît-il. Le métrosexuel, David Abiker, c’est sans doute lui le roi du métro, le définit ainsi :

« Au début, je croyais qu’un métrosexuel, c’était un type qui avait un sexe suffisamment gros pour le montrer dans le RER en déployant tel un albatros, les pans de son imperméable. Je me trompais. Un métrosexuel est un type qui va au salon d’esthétique en plein samedi après-midi parce que ni sa femme ni ses filles n’ont envie de l’emmener voir un match de foot féminin. Voilà la vérité ».

Manuel de survie, au sens propre, de l’homme du vingt-et-unième siècle, « Le Musée de l’Homme » est un mode d’emploi hilarant et indispensable à tout mâle qui envisage de préserver quelques-uns de ses acquis, comme par exemple le droit de planter lui-même les clous dans un mur, quand sa femme a choisi d’y accrocher un tableau. Et le droit de se taper sur les doigts, de s’évanouir de douleur, et de tout oublier.

« Quelques jours plus tard on m’expliquera seulement que j’ai été expédié en urgence à la salle de bain, que sur le chemin, je prononçai des paroles incompréhensibles où il était question de clémence divine, de prostitution, et de la mère d’un ami (bon dieu de bordel de putain de sa mère) ».

L’auteur virevolte avec talent et un humour jubilatoire autour de tous les sujets auxquels l’homme d’aujourd’hui est confronté au quotidien ou presque, entre autre : la grossesse, la chirurgie esthétique, la femme qui travaille, les amies de la femme, les voitures, le bricolage, garder les enfants (ce qui signifie au sens propre, les garder, à savoir les conserver en bon état), les magazines féminins et les bonnets C.

Sans donner une véritable stratégie pour naviguer au travers de ces écueils de la vie qui lui donnent tout son goût, ce livre est toutefois plein de précieux conseils. Par exemple, il paraît qu’il vaut mieux éviter de se comporter avec sa femme comme un mafieux dans un film de gangster :

« Elle m’a regardé droit dans les yeux malgré l’interdiction que je lui en avais faite : "- écoute moi bien mon chéri, si tu refait même semblant de la lever, ta petite mimine, tu te retrouves en slip devant un juge aux affaires familiales, je te liquide ta collection de films mafieux dans le vide-ordures et tu ne me revois plus. Tu m’as comprise, ou tu veux que je te le grave à la lime à ongle sur ton petit bedon grassouillet ?" J’ai baissé la main, pas tranquille. Finalement j’ai dit : « je blaguais ». Ce qui m’a permis d’avoir le dernier mot. »

Ce récit débordant d’amour, je l’ai lu comme une déclaration d’humour…

Un témoignage poignant sur la condition "hommaine". Petit effet secondaire de ce livre : vous risquez de passer pour un con en riant tout seul, au fil de votre lecture.

A ne pas manquer, que vous ayez du poil aux pattes ou un blog de fille…

« Marque-page » désopilant, par Arpenteur, homme moderne depuis 1971

David Abiker, Le musée de l’homme – le fabuleux déclin de l’empire masculin, folio No 4505 ou Editions Michalon

par Arpenteur publié dans : Marque-page
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Mercredi 9 mai 2007

Il fallait que je quitte cette usine. Je n’en pouvais plus d’être parmi ces quasi-esclaves, travaillant jour et nuit. Les gestes mécaniques des ouvrières et des enfants à qui l’on imposait le port d’un foulard devant la bouche en prétendant qu’ainsi ils étaient protégés des émanations, l’odeur âcre des produits, le bruit des machines, les cadences infernales, toute cette symphonie industrielle, me dérangeaient, m’agressaient. Je me sentais en permanence nauséeux, alors que je venais, par chance, d’être placé un peu à l’écart de l’unité de production elle-même.

J’étais à bout. Ma décision était prise : j’allais m’enfuir. J’étais si jeune, comme les autres, une vie à peine commencée, et qui semblait finie. Un interminable tunnel, sans échappatoire.

Je devais tenter ma chance ailleurs. Je n’ai parlé à personne de mon projet, faisant profil bas, jusqu’à ce que l’occasion se présente. Trop risqué d’exprimer une quelconque envie de fuite. On m’aurait eu à l’œil, et je n’aurais sans doute pas pu profiter de l'éventuelle opportunité. Il fallait être patient.

Quelques jours après que j’aie pris cette décision, la chance m’a souri. On m’a muté dans un entrepôt de stockage quelque peu éloigné de la chaîne de fabrication. Je n’y voyais plus travailler les enfants, je n’étais plus constamment abruti par le vacarme des machines et la puanteur des solvants. Cette amélioration de ma condition fut la bienvenue, mais ne suffit pas à affaiblir ma détermination.

Je partirai.

Tout était gris dans cette banlieue de Pékin : les routes, les bâtiments, les entrepôts, la terre, le ciel, les chemises et les regards des travailleurs. Même lorsqu’il faisait beau, ce qui dans l’ensemble était assez fréquent, une brume épaisse et vaguement jaunâtre plombait l’humidité ambiante, laissant une pesante impression de grisaille, que seuls égayaient les slogans peints en rouge sur les palissades. Je ne pouvais plus rester là, je voulais voir la vie en couleurs.

Un jour, alors que l’entrepôt était presque plein, des camions sont arrivés. J’ai senti que c’était maintenant ou jamais. Sans hésiter, je me suis glissé dans l’un d’entre eux, bien à l’abri des regards distraits et résignés des chauffeurs. Le doute m’a assailli à peine étais-je installé. Je ne savais même pas où allaient ces véhicules, mais le sort en était jeté.

Je partais.

Après d’innombrables heures de route, que j’ai passées dans une chaleur étouffante et les gaz d’échappements, les camions se sont arrêtés. Je n’ai pas eu le temps de réfléchir, car très vite on les a ouvert. Je me suis fondu dans la masse de marchandises sans savoir où j’étais arrivé. Une fois dehors, j’aperçus au loin les silhouettes imposantes de gigantesques bateaux. Il fallait que j’embarque, peu importait la destination.

Quelque part dans le labyrinthe multicolore des containers entassés sur les docks, j’ai trouvé une petite place parmi le fret Et j’ai attendu. Je ne sais pas combien de temps. Une heure, trois jours. Impossible de deviner. Le temps avait été absorbé par l’obscurité épaisse de cette caisse de ferraille.

Le container dans lequel je me trouvais fut embarqué sur un cargo dans un assourdissant concert de chocs métalliques, puis ce ne fut plus que le lourd ronronnement des moteurs diesels gros comme des immeubles qui me propulsaient à travers l’océan, vers mon destin désormais irréversible.

Je supportais avec peine l’odeur d’essence, d’huile et de graisse, qui émanait du fond de la cale. Tout n’était que saleté, bruits métalliques, grincements et obscurité. Je supportais tant bien que mal le léger roulis permanent, dont je sentais chaque mouvement, totalement coincé que j’étais parmi la cargaison. Hors du temps, hors du monde.

Après une éternité sombre, les nausées se sont arrêtées en même temps que les machines quelque part dans un port européen.

Le container a été chargé sur une remorque. Après quelques jours il fut déposé dans un entrepôt, puis a enfin été ouvert. Je me suis fondu parmi les marchandises, et suis monté dans un camion bâché, pour de nouvelles heures suffocantes, dans les gaz d’échappement.

Lorsque les bâches ont été ouvertes, et qu’on m’a sorti de là, je me suis retrouvé devant un grand bâtiment bleu. Je voyais la lumière du jour pour la première fois depuis des semaines. Tout était clair, propre, calme.

Personne n’a été vraiment étonné de me trouver là. J’en fus très surpris, mais rassuré. Les gens étaient plutôt accueillants. Une jeune fille blonde m’a emmené avec des dizaines d’autres, qui avaient voyagé avec moi, mais que je n’avais pas su remarquer.

Elle a rempli nos fiches, puis nous a installé. Elle était amusante, et nous parlait,  nous conseillant gentiment de nous mettre en valeur, nous resterions moins longtemps paraît-il. Elle prenait vraiment son métier à cœur, se réjouissait de notre nouvelle vie. Elle partageait nos espérances, et nous encourageait. Nous trouverions quelqu’un.

Mais l’attente a repris.

Des dizaines de personnes venaient nous voir, me voir, chaque jour, les uns avec indifférence, d’autres marquant un certain intérêt. La nuit, nous nous retrouvions quasiment seuls. La gentille blonde rentrait chez elle, et nous laissait juste avec quelques gardiens. C’était dur. J’ai parfois regretté d’être parti, l’obscurité me rappelait les longues heures dans le container, et j’avais l’impression d’être toujours enfermé au fond d’une cale. Mais au lever du jour, tout s’éclairait et s’animait lentement, l’espoir reprenait.

« C’est pour aujourd’hui, je le sens. Je vais plaire à quelqu’un et trouver une famille » me disais-je presque tous les matins.

Et puis ce jour est arrivé.

C’était un lundi. Elle était brune, les yeux verts, je l’avais déjà remarquée, peu de temps après mon arrivée. Elle était revenue, et semblait ravie d’être là. Comme la dernière fois, elle m’a souri, et a amicalement posé sa main sur moi. Ca m’a réchauffé. Jamais encore on ne m’avait porté une telle attention. L’homme qui l’accompagnait avait l’air fatigué, mais gentil.

La jeune fille m’a confié à eux, puis ils ont réglé quelques formalités administratives à la sortie de l’établissement.

Ils m’ont emmené, gentiment. Je me sentais bien. La voiture a longé un lac qui m’a paru immense et qui brillait sous les derniers rayons du soleil. Nous avons longé des vignobles ocres, jaunes, orangés, qui semblaient plonger dans l’eau bleue.  Installé sur le siège arrière, je me suis gavé des couleurs, de la douceur de ces paysages si différents de la banlieue industrielle fumante que j’avais quitté, si différents de ces paysages que je n’avais pas vu, parmi les gaz d’échappement, les odeurs d’huile, et de mazout, qui m’avaient accompagné lors de mon interminable voyage jusqu’ici.

Lorsque nous sommes arrivés dans ce qui allait devenir mon nouveau foyer, ils ont discuté un moment pour savoir dans quelle pièce ils allaient m’installer. Après avoir fait leur choix, enfin ce fut surtout elle qui décida, me demandant gentiment mon avis, ils m’ont laissé un moment seul.

Je me suis toute de suite senti chez moi.

Nous formions une sympathique petite famille. J’étais heureux, vraiment content d’avoir pris ce risque, d’avoir fait ce si long voyage. Je n’en revenais pas de la chance que j’avais eu.

Malheureusement, ce bonheur n’a pas duré.

A peine quelques semaines plus tard, ils ont trouvé un autre plat à fruit.
Un plat un tout petit peu plus grand, et d’une couleur qui se mariait mieux avec leur intérieur, paraît-il. Et surtout pour moins cher. D’après ce que j’ai cru comprendre, ce nouveau plat bleu ciel leur était indispensable, et un samedi, en fin de matinée, ils sont revenus avec lui.

L’après-midi même, ils m’ont déposé à la déchetterie, dans la benne réservée au plastic. Ca leur donnait bonne conscience de trier leurs déchets, mais ils se souciaient bien peu des jeunes femmes intoxiquées par les solvants sur la chaîne de montage, des enfants abrutis par la manque de sommeil, des villes industrielles et enfumées, des kilomètres dans un vieux camion, de la moitié du tour du monde dans un cargo rouillé et suintant de toutes parts, ni enfin des heures passées dans un 35 tonnes, pour quelques semaines de paix.

Dans la benne, j’ai retrouvé plusieurs de mes camarades « made in china », tout aussi neufs que moi.

Voilà où nous avait mené ce périple puant.

Au rebut.

Et maintenant que je vais être incinéré, j’ai une étrange et furtive pensée pour les yeux las de Li Yu derrière son foulard rouge, la dernière des ouvrières qui m’avaient façonné, elle qui était resté dans la brume épaisse de Pékin, mais qui aura peut-être un jour quatorze ans…

Je ne suis plus rien. Rien d’autre qu’un gigantesque et inutile voyage à travers le monde.

Je suis né dans la fumée, je finis ainsi…

« Nouvelle mauvaise » plastifiée, par Arpenteur, importateur depuis 1971 

©photo arpenteur2005 - pékin, chine

par Arpenteur publié dans : Nouvelles mauvaises
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Samedi 5 mai 2007

J’ai bien senti que le post sobrement intitulé « c’est off » avait fait naître un frisson de terreur parmi toi, éclairé lecteur. Et un grand vide. Si, si, je sais, ne fais pas l’innocent, tu as passé des jours et des jours à te tirer tout seul sur la souris dans l’espoir de voir jaillir une nouvelle virgule…

Et le retour tant attendu t’a quelque peu laissé sur ta faim, alors que tu avais comblé le manque d’endorphines consécutif à mon absence à coup d’oreilles de lapins en chocolat noir 97%.

Depuis, tu te demandes avec raison : mais bon sang de bonsoir, qu’est-ce qu’il a foutu l’arpenteur pendant tout ce temps, à nous laisser nous gaver de campagne électorale amère et d’animaux en chocolat trop sucrés ? Ou tu ne le te demandes pas, puisqu’il semble que tout le monde s’en foutait, de ce que je foutais.

Vu que tout le monde s’en tamponne comme de la dernière coupe de cheveux de Marcel Grunier (le voisin de pupitre de Clara Morgane en primaire) et que ce n’est pas follement intéressant, je vais tout te dire. Ben oui, n’est-ce pas là le principe d’un blog : raconter des choses inintéressantes à des gens que cela n’intéresse pas, mais perdre son temps à les écrire parce qu’on a rien d’autre à faire, et surtout pas envie de bosser… ?

Eh bien, je suis parti en vacances. Jusque là, pas de quoi faire l’ouverture du 13h de Jean-Pierre Pernaut-Ricard, surtout pas la veille de la Fête de la cordonnerie médiévale de Sainte-Kelly-sous-Brandon.

Mais si je te dis que ce furent des vacances à la base d’aventures risquées, d’animaux marchant sur le ventre, d’hôtesses de l’air et de position horizontale, je sais que tu n’en peux plus d’impatience.

Inutile de te cacher, je te vois. Tout excité, comme un producteur de téléréalité découvrant qu’un jeune homme sourd seul survivant de sa famille suite à un léger dérapage de sa sœur hyperactive qui s’est un jour laissé emporté en jouant avec la tronçonneuse de papa, s’est inscrit à son casting pour essayer de réprimer quelque peu ses pulsions sexuelles envers les hamsters roux en se plongeant à fond dans sa passion pour l’operculophilie.

Afin d’éviter que tu en foutes plein le clavier (de la bave d’impatience, hein, rien d’autre… gros déguelasse), je vais t’en dire un peu plus. Et te raconter trois trucs. Sympa non ?

1. J’ai eu beaucoup de chance, car j’ai fait des trucs risqués. Tu veux un exemple ? Ok, c’est bien parce que c’est toi : j’ai pris le risque de quitter le continent. Ce n’est pas ça le truc risqué, je précise, surtout que la Suisse n’est pas vraiment en Europe, donc je suis assez habitué à cette situation. Par contre, le truc de dingue que j’ai fait, c’est d’aller prendre une correspondance aérienne en France le week-end de Pâques. Et c’est là que le miracle s’est produit : il n’y a eu qu’une seule heure de retard, à cause d’une seule grève. Alors après ça, j’ai joué à la loterie. Je me sentais en veine. Je n’ai rien gagné. Je m’en doutais, j’avais tout grillé mon capital-chance.

Déjà là, je sens que tu es sur le cul, tellement tout ceci est extraordinairement passionnant. Et pourtant ce n’est pas tout.

2. J’ai battu ensuite un record de course à pied sur terrain naturel accidenté : j’ai parcouru peut-être 5km en 2 secondes 3 dixièmes, et j’ai attrapé la maladie de parkinson, dont j’ai guéri après une heure (sans n’avoir jamais étudié médecine).

En fait, je me baladais seul dans le lit presque totalement asséché d’une rivière, dans une région proche du Tropique du Capricorne selon Elisabeth Tessier la carte. Assez sauvage comme endroit mais très beau, avec des animaux aux noms étranges comme des oréotragues, des damans, ou encore des oryx, qui se demandaient ce que je foutais là tout seul à faire autant de bruit pour les faire fuir (en fait j’avais la trouille d’eux, et surtout de ceux que je ne voyais pas, d’où le bruit).

C’est alors qu’à environ 2-3 mètre de moi j’ai vu ça se dresser devant moi. Après une intense réflexion qui a duré au bas mot un tiers de milliardième de nanoseconde, j’ai pensé que l’athlétisme était un sport assez intéressant, et j’ai décidé de me lancer à fond dans un carrière de sprinter. Je me suis découvert un talent certain pour le rétro-départ-arrêté, et ce n’est que quelques kilomètres plus loin que les parachutes de freinage ont réussi à ralentir quelque peu ma course.

Alors je me suis rendu compte que j’étais atteint d’une forme particulièrement virulente de maladie de Parkinson, puisque mon corps entier tremblait, même les oreilles, les aisselles, et la langue… En moins d’une heure, je me suis soigné, mais je n’ai pas fait breveter la médication, pas eu le temps, désolé…

3. Je suis conscient que si tu as lu jusqu’ici, c’est uniquement à cause du teasing de l’hôtesse de l’air, que j’ai utilisé avec talent un peu plus haut dans ce billet. Alors je ne vais pas te faire languir plus longtemps.

Oui.

Oui, j’ai réalisé le fantasme dont tu rêves depuis que tu as vu l’oiseau voler : j’ai passé un moment intime avec une hôtesse de l’air dans un avion. Comment que j’ai fait, tu te demandes, n’est-ce pas, en rêvant de pouvoir faire pareil à l’occasion. Grand seigneur, je te donne la méthode infaillible, mais tu gardes ça pour toi, ok ?

En fait c’est très simple. D’abord, tu attends que tout le monde s’endorme dans l’avion, et surtout l’arpenteuse (ben oui, quand même, faut rester discret). Ensuite, tu te lèves, l’air de rien, comme pour aller aux toilettes, un peu comme si tu te sentais pas bien. Puis quand tu arrives devant la porte, juste à côté de la petite cuisine où les hôtesses sont regroupées en troupeau pendant que tous leurs passagers dorment, tu fais un malaise.

Et là, ça marche à tous les coups : elles te prennent dans leur bras, t’allongent délicatement sur le sol, te caressent le visage, puis te mettent un masque à oxygène (ben oui, de nos jours, faut se protéger… sortez couverts). Pendant quelques instants de délice, tu es le centre de leur attention, jusqu’à ce qu’un steward arrive avec un vieux médecin qui voyageait à la place 47E. Là tu te dis que c’est raté : comme tu as en plus peur du steward (tu sais ce qu’on dit sur les stewards…), et qu’il fait sombre, tu reprends vite tes esprits, et tu retournes t’asseoir sans réveiller l’arpenteuse, qui t’engueulera ensuite quand tu lui raconteras, parce que tu as eu le culot de risquer encore une fois de mourir sans elle.

Et pour tout dire, cette chute était bien meilleure que celle de ce billet... mais ça tu l’avais deviné tout seul.

« Flashback » baroudeur, par Arpenteur, tour operator depuis 1971

(c)photo arpenteuse2007 - etosha, namibie

par Arpenteur publié dans : Flashback
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Mercredi 2 mai 2007

Le commissariat de quartier a été saisi d’une plainte et après une enquête poussée à pu rendre le rapport suivant.

Date du crime :

la date exacte n’a pas beaucoup d’importance, mais c’était environ à moins de trente minutes du départ des protagonistes pour une soirée, donc un après-midi, vers la fin.

Lieu du crime :

l’arpenthouse, plus précisément une surface d’un mètre carré, entourée de portes en plexi vaguement translucide, afin d’éviter que l’eau n’aille de l’intérieur de cet espace vers l’extérieur. D’ailleurs c’est aussi fait pour fonctionner dans l’autre sens, à savoir éviter que des choses venant de l’extérieur, ne se retrouvent à l’intérieur de cette cabine particulièrement humide. Ce qui nous le verrons, a son importance.

Personnes impliquées :

pour des raisons d’anonymat, nous sommes contraint de garder secrète l’identité des protagonistes. Mais, pour la bonne compréhension de ce dramatique événement, il est important de savoir qu’il y avait une victime et un auteur du crime. Ces notions s’entendent indifféremment au féminin comme au masculin (l’égalité des sexes nous tient beaucoup à cœur, car il est scandaleux de faire des discriminations selon la taille, certaines peuplades étant d’ailleurs paraît-il très avantagées). Toutefois, il est amusant de constater que dans la présente affaire, il s’agissait en fait de « un » victime et « une » auteure du crime.

Témoins :

aucune témoin oculaire, ni oculiste, pas même opticien, ne s’est manifesté, comme quoi personne n'a rien vu, comme d'hab. L’auteure du crime avait d'ailleurs pris soin d’occulter de manière opaque les vitres de la salle de bain avant son forfait, afin de pouvoir commettre son acte odieux à l’abri de tout regard indiscret.

Déroulement des faits :

d’après les déclarations de le victime, l’auteure se trouvait dans la douche, se préparant pour une soirée, après avoir passé de très très longues minutes devant les portes ouvertes de son armoire. Afin de ne pas accroître le retard, le victime, plutôt beau gosse, a décidé par pur gain de temps (la ponctualité étant la politesse des rois), de pénétrer dans la cabine de petite surface réservée aux ablutions aquatiques des occupants de l’arpenthouse. Il semblerait que l’intention de gain de temps n’était qu’un prétexte. Cette intrusion a provoqué les conséquences classiques qui surviennent lorsque deux personnes peu vêtues se retrouvent dans un espace confiné, et particulièrement humide et chaud. Cette activité n’a pas été la plus adéquate pour rendre aux protagonistes leur propreté virginale, mais leur a paraît-il permis de se détendre. Le victime était d’ailleurs complètement détendu au sens propre du terme (la propreté, encore) au moment où l’auteure du crime a quitté l’espace douchesque. Profitant de cet état de bien-être, et de la chaleur de la douche sur sa nuque, le victime achevait de se laver, et ne s’attendait pas à ce qui allait arriver. Sournoisement l’auteure a profité de ce moment d’inattention de le victime, pour déverser par-dessus la porte plusieurs centaines de milliers de litres d’eau glacée sur le victime au moyen d’un récipient de forte contenance, mais de nature indéterminée, qui n’a d’ailleurs pas été retrouvé. Une fois ce forfait accompli, la criminelle a de plus éclaté d’un rire machiavélique, tout en prétextant ne pas être l’auteure de cette abominable action.

Dommage constaté :

le victime a été immédiatement transformé en bloc de glace, et a perdu plusieurs centimètres de son anatomie, dommage dont on ignore à ce jour s’il est irréversible.

Transmission du dossier :

au vu de la gravité des faits constatés, le dossier est transmis aux Tribunal des commentateurs, afin que celui-ci propose le châtiment idoine, et que le victime puisse ainsi se venger de façon adéquate au moyen de représailles à la hauteur du crime commis.

« Humeur » vengeresse, par Arpenteur, inspecteur de police depuis 1971

(c)photo arpenteur2005

*EDIT provisoire sur "Retour de service" : les Virgules sortiront prendre l'air le mercredi 2 et le jeudi 3 mai 2007, entre 14h et 15h (entre la 20e et 30e minute environ), dans l'émission "Journal infime" de la RSR, dans la chronique "L'esprit du blog" de Brigitte Patient. Merci à elle.

Pour écouter, déposez vos oreilles ici. Merci de ne pas les oublier en repartant... je ne suis pas ORL.

"Virgule" précisée, par Arpenteur, animateur radio depuis 1971

par Arpenteur publié dans : Humeur
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Lundi 30 avril 2007

Dans la vie d’un blog, il y a des étapes. C’est un peu comme le Tour de France, sauf qu’il y a moins de seringues dans les poches, moins de casquettes au bord des routes, et moins de gens qui font du vélo.

Comme étape, il y a par exemple l’Alpe-d’Huez, l’étape cul (à ne pas confondre avec les balançoires, ou les tapineuses), les « un an » ou autre anniversaire avec bougies, et les francs billets symboliques, tels que le premier billet ou le millième.

Dans la vie d’un blog, il y a aussi des traditions : mettre une photo de petit chat cromeugnon, faire des listes de « google request », participer à une chaîne, changer de bannière, faire un best-of ou encore bomber le torse quand on arrive à un nombre de billets symbolique.

Je n’ai pas de chat.

Je n’ai pas les moyens techniques ou les capacités de pouvoir analyser les éventuelles « google requests » qui amènent l’adolescent égaré sur ces pages alors qu’il cherchait des photos de « berna*dette chi*rac à poil sur un poney à poil longs», ou la jeune femme qui tape « comment faire pour que mon mari ressemble à Went*worth M*iller ?».

Je n’ai pas le sens artistique (et technique encore une fois) de changer de bannière.

Et participer à une chaîne, c’est déjà fait… Tout comme le best-of...

Cette analyse d’une étonnante pertinence me permet de constater que je ne suis pas doué pour respecter les traditions.

Du coup, je me suis dit que j’allais célébrer un digicode chiffre-clé.

Comme chiffre-clé, il y a le zéro, qui ne sert à rien, le 69, qui permet de faire monter les stats et autre chose chez certains, et le 100 qui contient quand même deux zéros, donc qui quelque part ne sert vraiment à rien.

C’est pourquoi, plutôt que de fêter mon premier bloganniversaire en février dernier, ou mon centième post, que je ne suis pas sûr d’atteindre un jour, tant le destin et l’inspiration sont parfois facétieux, surtout le lundi vers 12h30, j’ai pris une décision capitale pour le contenu de ce blog : je vais célébrer le nonante-neuvième post. Si jamais certaines et (n’étant pas un politicien de gauche, je renonce à utiliser systématiquement les deux genres dans mes phrases) certains n’ont pas compris, je précise que ça s’écrit comme ça en fait : « 99 ». Pas quatre-vingt-dix-neuf, pas cent, nonante-neuf !

Je trouvais que fêter un centième billet manquait quelque peu d’originalité, et était totalement déplacé avant de l’avoir atteint, et surtout, je suis grave un rebelle. Même qu’une fois en sixième, j’avais chiqué en classe alors…

C’est sûr que fêter les « un an » aurait été beaucoup plus économique en bougies, mais au diable les varisses, non ?

Alors « Joyeux 99 » quand même…

Le problème c’est que vu la sécheresse de ce printemps, il est interdit de faire du feu dans notre belle vallée. Donc il faudra faire cent sans bougies. Alors que j’en voulais 99…

Pfff… Finalement vous pouvez rentrer chez vous, on ne va rien fêter, je crois. Mais merci d’être venus.

« Virgule » 99, par Arpenteur, pyromane depuis 1971

(c)photo arpenteur2006

par Arpenteur publié dans : Virgules
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Mercredi 25 avril 2007

Quand on revient d’arpenter l’ailleurs, quel qu’il soit, il faut vider son sac. Au sens propre car c’est sale.

On trouve plein de trucs dans un sac. Tout ce qu’on a pris en trop par exemple, comme un bonnet et des gants, mais surtout de la poussière, des chaussettes qui sentent aussi peu la rose qu’un bouquet de satellites, et des t-shirts encrassés, dont les relents n’ont rien à envier à l’haleine d’une otarie qui vient de terminer de déménager l’armoire normande de son beau-frère, et qui a mangé huit kilos d’ail, avant de se laver les dents avec une brosse à chiotte trouvée dans la benne à ordure qui se trouve derrière la cantine principale de la foire au lard de Saint-Kevin-près-Macdo.

Puis vient le temps de la douche, avec de l’eau chaude pour une fois, et là c’est une sorte d’extase proche de la sensation orgasmique que l’on ressent lorsqu’on retire ses chaussures de ski après une journée de glisse. Le corps se détend, et se transforme lentement en une profonde et douloureuse courbature, de telle sorte qu’on se demande si on a pas passé ses vacances plié en quatorze dans une canette de bière au nom exotique.

Avec juste un petit linge entourant une ceinture abdominale frisant la perfection, fracassé, on  s’effondre sur le canapé, et on repousse le plus loin possible le moment où on ne pourra plus résister. Le moment M où l’on ira rallumer son téléphone portable, après l’avoir cherché un peu partout. C’est fou comme ça se perd vite c’est petites choses là une fois qu’on les débranche.

Et puis, du moment qu’on s’est reconnecté avec ce qu’on appelle bien maladroitement le monde, plus rien n’empêche d’ouvrir l’ordinateur. Je vois que vous avez été sages, qu’il y a de nouveaux commentateurs, et que ce n’est pas trop le bordel. Alors je me dis « voilà des bons petit gars », et je vous donne un petite tape un brin paternaliste sur vos frêles épaules. Puis je vais jeter un coup d’œil aux mails. Pas sur l’adresse du boulot, non, celle-ci fait trop peur, et ça viendra bien assez tôt. Mais sur la boîte « arpenteur ».

Il y a les inévitables 26 mails venant de pauvres orphelins fortunés qui ont besoin de mon aide pour placer leur fortune quelque part, moyennant une généreuse indemnité de 20%. Si je répondais, je pourrais me faire environ 116 millions de dollars, en à peine quelques clics, mais j’y renonce, je suis un gros égoïste qui n’est pas prêt à aider qui que ce soit, pas même pour une montagne de billets verts, ou de pilules bleues.

Et parmi tout ça, le mail d’une journaliste me demandant l’autorisation de diffuser quelques extraits des virgules dans une émission de la Radio Suisse Romande, Journal infime.

Ayant résisté à l’avarice, je succombe lâchement à l’orgueil, et à ce mail là, je réponds, fier comme un paon déguisé en coq.

Comme quoi la gloriole a parfois plus d’attrait que la fortune, et mon humilité que j’aime à croire légendaire en prend pour son grade. Du coup, je décide de ne pas en parler sur le blog, comme vous pouvez le constater.

Donc je réponds avec 15 jours de retard à un mail, délai digne d’un courrier envoyé entre l’Ouzbékistan oriental, et une vallée reculée du Paraguay en 1756.

Et peut-être que prochainement*, un de mes textes va être libéré de l’écran, s’échapper, et s’envoler sur les ondes. Il va essayer de voler de ses propres ailes, un peu comme un oiseau tombe du nid et s’écrase avec un bruit peu ragoûtant au pied de l’arbre, sous le regard impuissant de maman mésange, ou alors peut-être va-t-il planer comme un aigle majestueux qui ira capturer les émotions des auditeurs au plus profond de leurs oreilles, quelque part derrière une boulette de cérumen.

Enfin tout ça pour dire, que je suis de retour, et comme vous pouvez le constater, je n&rsqu