Cachet postal

courrier des lecteurs, lettres d’insultes non anonymes, demandes d’autographes, commandes de produits dérivés, achat des droits pour le cinéma, conseils pour devenir joueur de pipeau professionnel, sponsoring à plus de cinq zéros, ou autres raisons indispensables de me contacter directement ? glissez votre message dans l’enveloppe, léchez le timbre, et collez-le ici 

 

 

 

***

DURA LEX...

Toutes les lettres (et les chiffres aussi, allez, soyons pas radin) formant les mots qui constituent ce blog, ainsi que tout ce qui s’y trouve, y compris la super méga géniale bannière, sont protégés par la loi, des playmobils surarmés, et plein d’autres trucs plutôt cool. Alors on ne copie pas, on ne vole pas, on ne tire pas les cheveux des filles à la récré, sinon, je vais chercher des copains très baraqués, et on vient tous chez toi manger des pizzas aux anchois sur ton canapé, mettre tes boyaux en guirlande sur ton yucca, et casser ta télé. Alors fais super gaffe les gens. 

 

 

 

 

 

 

 

Avec le temps va

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Cafter

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Samedi 31 mars 2007

Tu veux rire ou bien pleurer

Voir mourir ou voir baiser

Et surtout ne plus penser

Faut allumer ta télé. 

 

Plus besoin d’imaginer

Incapable de rêver

Plus de créativité

Réfléchir c’est terminé 

 

Elle dit vouloir informer

Te vend des parts de marché

Bouffi de publicité

Tu te laisses manipuler 

 

L’audimat est son trophée

Tu n’as pas maté assez

Des cadavres on va montrer

Des nichons vont s’étaler 

 

Autrefois pour gouverner

La tribu, l’humanité

La sagesse l’emportait

Les meilleurs on choisissait  

 

Electeurs sur canapé

Ce sont eux qu’il faut berner

Des conneries déblatérer

Surtout des banalités 

 

L’avocat et le fermier

La caissière, le sommelier

L’éboueur et le banquier

Le patron et l’ouvrier 

 

Les jeunes et les plus âgés

Les pauvres aussi les friqués

Les grenouilles de bénitier

Les chômeurs et les pédés 

 

Pour pouvoir les faire voter 

Il faut tous les attraper

Afin de tout diriger

Et les copains remercier 

 

Plus grand-chose à espérer

Sauf si avant de voter

Tu reprends à ta télé

De ton âme la liberté 

 

Par pitié

 

« Humeur » cathodique, par Arpenteur, télétubbie depuis 1971 

par Arpenteur publié dans : Humeur
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Mercredi 28 mars 2007

Cela n’a sans doute échappé qu’à ceux qui sont épargnés par la télévision, mais maintenant, les spots de pub pour des aliments ou des boissons sont systématiquement suivis d’un message de conseils santé, comme par exemple : mangez 5 fruits et légumes par jour, pratiquez une activité physique régulière, couvrez-vous quand il fait froid, tenez vous à la rampe dans les escaliers, ne décapsulez pas vos bières avec un bazooka, ne vous endormez pas sur les rails du train, e pericoloso sporgersi, ou attention au chien.

A ce rythme là, les marques ne seront plus que les sponsors de messages de prévention. Ce n’est pas que ça me dérange, parce que ce dont j’ai besoin, je suis assez grand pour l’acheter sans la pub, et cela me gonfle de payer justement cette pub dans le prix du produit. Parce que ça coûte ces publicités (à faire, et encore plus à diffuser), alors inutile de croire que ces coûts ne sont pas reportés sur le produit…

Donc à l’avenir, les programmes télés ressembleront peut-être à ça :

« Alors, comment Cindy va-t-elle réagir aux images de son fiancé mangeant goulûment un yaourt aux fruits de mer, alors que voilà quelques jours, il lui avait fait une magnifique déclaration au rayon frais de l’hypermarché de l’avenue Kevin-l’Eve-Angeliste dans laquelle il reconnaissait, des trémolos dans la voix, être totalement allergique aux produits laitiers. Vous le saurez en restant avec nous, juste après cette très très très très courte page de messages sanitaires et sécuritaires. A tout de suite, ne partez pas, ciao ! » lancera un présentateur bronzé comme une médaille de troisième marche, s’accompagnant d’un signe de la main complice à notre intention.

Et apparaîtra alors un gingle scintillant, sous lequel défilera l’avertissement suivant :

« Attention, les images clignotantes à plus de 24 images secondes sont mauvaises pour la rétine si vous vous trouvez dans un environnement au taux d’humidité inférieur à 34%, et à une altitude supérieure à vert olive ».

Puis enfin, la série de messages sanisecu (on finira par les appeler comme ça, c’est beaucoup plus glam’, et personne n’aura jamais le temps de tout dire, parce que la vie du jour d’aujourd’hui et de demain c’est vraiment trop le stress).

« Attention, surtout ne traversez pas en dehors des clous, cela peut provoquer des fractures des membres inférieures voire supérieurs, des hématomes sévères de la boîte crânienne, des saignements dans les oreilles, un séjour prolongé en caisse de sapin, avec dessin de silhouette jaune sur la route, et ce particulièrement en cas de choc contre un véhicule, notamment si c’est 4x4 SUV noir et brillant, dont on rappelle qu’il est inutile en ville et que cela s’apparente plus à un substitut phallique qu’à une nécessité de la circulation routière ».

**Ce message sanitaire et sécuritaire vous est offert par Viagra, votre partenaire viril citadin le plus fiable**

Puis repasserait le gingle avertissant des dangers des images clignotantes, avant le message suivant :

« Ne laissez pas les allumettes à portée des enfants, cela peut engendrer des flammes de taille importante, des pompiers en uniforme dans la chambre de votre conjoint, des cendres dans votre salon, de l’eau dans votre tiroir à argenterie, et dans votre téléviseur écran plat 109cm qui vous a coûté la peau d’un œil (mais vous ne pouviez quand même pas tolérer que Morenet du service immobilier en ait un plus grand que vous). Par ailleurs, les flammes sont des gaz incandescents, susceptibles de provoquer des brûlures importantes à l’épiderme humain, de cramer la grillade et de gâcher une soirée qui commençait pourtant bien. Toutefois à faible dose elles peuvent donner un goût intéressant à certains aliments, dont les enfants ne font pas partie ».

**Ce message sanitaire et sécuritaire vous est offert par « Tout feu tout flamme », la nouvelle collection de lingerie de Sim, pour des soirées torrides**

Après un nouveau Gingle, le programme reprendra son cours. On découvrira Cindy en larmes sur une plage des rives de la Moselle, prenant la difficile mais néanmoins nécessaire décision de rompre avec son mec qui est trop un salaud et qui pue du bec, sous l’œil compatissant et humide d’un animateur aux dents blanchies…

Et à aucun moment, il n’y aura de message avertissant que « l’abus de télévision rend con et gros »…

« Virgule » préventive, par Arpenteur, publicitaire depuis 1971

(c)photo arpenteuse2005 - irkoutsk, russie

par Arpenteur publié dans : Virgules
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Vendredi 23 mars 2007

Il y a des jours comme ça, où l’inspiration est aussi vide que les yeux d’une vache regardant P*aris H*ilton tenter de lire les données nutritionnelles de sa soupe aux crevettes.

Des jours où Monsieur Néant s’installe dans ton esprit avec armes et bagages, mais surtout avec un transat, un parasol, l’intégrale de l’Equipe, une palette de bières fraîches, un sandwich thon-mayonnaise, un téléphone pour en commander d’autres en cas de petit creux, une lampe à pétrole pour quand il fera nuit, des jerricans par douzaines si la lampe à pétrole vient à donner des signes de faiblesse, et une division blindée pour envahir un pays producteur d’or noir dans les meilleurs délais, juste au cas où.

Comme tu n’es pas plus con que tu en as l’air (ce qui est déjà pas mal), tu sens bien que ce néant n’a pas l’intention de s’en aller de si tôt.

Et quand un invité pas invité s’invite ainsi chez toi, ton instinct te hurle de le foutre dehors immédiatement à grands coups de clavier, mais bon, toi tu es poli, alors tu lui demandes s’il veut prendre quelque chose. Et c’est là qu’il te répond « Pff, bof, j’sais pas… ».

Wow, super, ça sent la méga surboum, je vais appeler Les Forbans, et j’espère qu’il me reste des alka-selzer…

Vu que le défaut principal du néant, c’est justement d’être vide, tu veux bien être gentil un moment, mais s’il ne fait pas d’effort, il n’y pas de raison que tu lui sortes ta vaisselle en or, ta lingerie du dimanche, et une boîte de raviolis premier choix.

Et pour l’éjecter, il te faudra utiliser les grands moyens, 1m90 minimum (comment un grand peut-être moyen, ou un moyen peut-être grand… ? ok, on s’en fout).

Première étape, lui enlever le téléphone, les réserves d’essence, et envoyer la division blindée en permission à Disneyland-Courtelary.

Ensuite, tu lui piques une bière, et tu te mets à lire par-dessus son épaule, en buvant bruyamment, sans oublier de marquer ton contentement par de vigoureux claquements de langue. C’est toujours sympa les gens qui lisent par-dessus ton épaule, non ?

Quand tu sens qu’il est bien concentré, à fond dans son article analysant la contre-performance de Sylvain Jiroflan, pourtant favori, dans le 444.6 mètres en brouette-papillon avec handicap de 3 aux Championnats intercommunaux des châtains foncés de moins de 74kg, qui ont eu lieu à Chastaigner-le-Baril, tu lui demandes nonchalamment : « Dis donc, tu ne trouves pas que Lara Fabian a grossi ? Dans sa dernière chanson elle exprime vraiment toute la profondeur des sentiments, ne penses-tu pas que ce soit lié à ses nouvelles rondeurs ? ».

Puis, quand il va pour tourner la page, tu la retiens en faisant mine de vouloir lire un petit entrefilet au fond de la précédente, pour assouvir ta soudaine passion pour le jokari à XIII.

Petit conseil bonus, pour même pas un centime de plus : si tu veux gagner un peu de temps arrange-toi pour déchirer accidentellement  le papier.

Là normalement, il devrait commencer à monter les tours.

Ensuite il ne te reste plus qu’à déplacer le parasol pour qu’il profite bien de la brûlure du soleil, et à t’installer sur le transat bien serré contre lui, et l’air de rien, tu effleures son mollet, avec les poils du tien.

En principe, il ne lui reste que quelques minutes avant de péter un plomb, et de te dire solennellement, avec un petit air pincé et outré « dans ces conditions je quitte le plateau, c’est inadmissible un tel comportement de la part d’un professionnel comme vous ».

Tu regarderas enfin Monsieur Néant s’en aller, sans même en ressentir la moindre satisfaction, car tu sais qu’il ne tardera pas à revenir.

Mais au moins tu auras réussi à écrire un billet, aussi pathétique soit-il.

Si seulement tu n’étais pas tombé sur cette citation de Picasso (le peintre, pas la citroën) : si tu sais déjà exactement ce que tu vas faire, à quoi bon le faire.

Il ne te reste plus qu’à te laisser envahir par la gêne qui déferle avec la sauvagerie enragée d’une horde de huns qui se sont levés de pied gauche et ont shooté le coin de la porte avec leur petit orteil, à t’excuser auprès de tes lecteurs, et à oublier tout ça…

« Humeur » vide, par Arpenteur, page blanche depuis 1971

(c)photo arpenteur2006 - lausanne, suisse

par Arpenteur publié dans : Humeur
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Jeudi 22 mars 2007

J’aime offrir un livre neuf. C’est bien plus qu’un objet, c’est une histoire, des sensations, des émotions, des images, que chacun façonnera à sa propre manière, et par conséquent un cadeau unique.

Par contre, sans savoir pourquoi, j’ai de la peine à en offrir un que j’ai déjà lu, au sens physique du terme. Un livre lu se prête, ne se donne pas. Rien à voir avec le fait qu’offrir des objets « d’occasion » n’est pas très élégant, non. C’est plutôt qu’on ne s’approprie pas  uniquement l’histoire, mais aussi l’objet. Alors un livre lu se prête.

Mais comme celui-ci j’aimerais que vous puissiez le garder, je souhaiterais vous l’offrir neuf. Il y a des choses comme ça qui sont des bons moments qu’on a simplement envie de partager.

* * *

Joe Goffman, le personnage, est un écrivain qui a connu un grand succès avec son premier roman. Il y racontait avec cruauté son adolescence dans une toute petite ville de province américaine, comme on les imagine, avec ses maisons individuelles aux pelouses parfaites, sa rue commerçante, ses deux restaurants, et son inévitable lycée.

Il n’y a pas de secrets dans une petite ville de province. Tout se sait ; le seul critère, c’est ce dont les gens sont prêts à discuter avec vous.

Trentenaire riche et esseulé, le voilà forcé de revenir à Bush Falls, après 17 ans d’absence au chevet de son père mourant. Et contraint d’affronter l’hostilité des personnages de son roman, les fantômes de son passé,  et ses souvenirs. Il va découvrir que le passé n’est jamais loin.

Ces lycéens, qui ont signé le ballon de basket lorsqu’ils ont gagné le championnat, c’est presque comme ils savaient d’avance que rien ne serait jamais aussi bon que ce qu’ils étaient en train de vivre. Et pour moi, c’est tout le temps que je suis restée avec toi. Au cours des dix-sept années qui ont suivi, cette période de ma vie est devenu le ballon de mon étagère à trophées ; je pouvais le contempler tous les jours pour y retrouver un semblant de douceur, de souvenirs heureux.

Amitiés et rancoeurs, famille et douleurs, souvenirs et présent, une histoire pleine d’humour et de gravité. Joe va découvrir que son passé se meurt aussi, et parvenir ainsi à trouver son présent,  et son futur.

S’accrocher à la colère est une perte de temps ; et la vie est trop courte pour ça, bordel !

Alors je vous offre ce livre, autant que faire se peut, mais il faudra quand même aller le chercher vous-mêmes avec vos pieds et vos petites économies, dans votre librairie favorite… avant qu’elle ne ferme…

« Marque-page » très agréable, par Arpenteur, cafteur depuis 1971

Jonathan Tropper, Le Livre de Joe, collection 10/18 domaine étranger, no 3995

 

 

 

par Arpenteur publié dans : Marque-page
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Samedi 17 mars 2007

J’ai fait un sondage, et maintenant je sais que toi, pimpante jeune femme bat- tante, indé- pendante, et accro à « Sex in the city », et toi aussi, beau gosse impé- tueux rêvant de t’offrir le dernier Palm, tu es intrigué par ce mot que tu entends jour après jour, peu importe où se posent tes oreilles curieuses, mais néanmoins un peu trop grandes à ton goût, et tu te demandes comment ça marche, ces sondages.

Eh bien, l’Arpenteur, toujours soucieux de faire avancer la science, la culture, et la file d’attente, va te l’expliquer. Je sais, en cet instant ton sentiment de reconnaissance est intense, et tu risques de faire couler ton rimel d’émotion, mais il faudra te contenir, et éviter les manifestations trop ostentatoires de remerciements, car ma modestie s’en trouverait aussi froissée qu’une de ces putains de chemises après que je m’y sois acharné pendant 23 minutes avec un fer à vapeur rétropropulsée.

Un sondage, au sens premier vient du verbe transitif du premier groupe : sonder. Qui signifie, en résumé, l’action d’enfoncer profondément quelque chose de long et dur dans un trou, pour voir ce qui s’y cache.

Là, je te vois venir avec ton sourire en coin et tes idées mal placées. Mais non. Cela n’a rien à voir avec ce que tu penses. Quoique, associé à la politique, un sondage retrouve son sens premier, sans aucun doute.

Arrivé à ce stade, tu mets tes shorts et tu commences à courir, mais surtout, tu te demandes avec la curiosité d’un chaton cromeugnon qui part découvrir le monde dans une prairie au printemps, « Comment fonctionne un sondage ? », parce que tu aimerais en faire un, et tu as raison de vouloir apprendre.

Tout d’abord, pour un sondage, il te faut la matière première, et dans ce domaine, la matière première ce sont les gens. Les gens, ce sont les autres que toi. Je suis sûr que tu vois ce que c’est, tu en croises tous les jours (sauf si tu habites dans une cabane perdue dans une forêt de sapin du Dakota du Nord, mais dans ce cas, ce billet ne te concerne pas, et je te conseille de retourner couper du bois car l’hiver est proche, plutôt que de perdre ton temps ici…).

Parmi les gens, tu prends un échantillonnage varié et pas du tout hasardeux, et pour gagner en crédibilité et faire plus pro, tu appelles ça un panel : une femme rousse qui a un teckel beige, un homme de 33 ans et demi qui ne porte jamais de cravate, un sexagénaire collectionneur de photos de locomotives, une jeune étudiante en psychologie section yaourt et bricolage, un chômeur supporter du FC Biolley-Magnou, une danseuse du ventre catholique, un médecin noir, une asiatique qui déteste les animaux de compagnie, un stylo, un bloc-notes, et une calculette.

Il te suffit ensuite de poser des questions à ton panel, comme par exemple : pensez-vous quel le troisième homme représente le troisième sexe ? Préférez-vous le fromage blanc ou le vin rouge ? Quel âge avait Rimbaud ? À quel heure le prochain train pour Villars-sur-Glâne ? ou encore, si vous avez le valet de carreau est-il utile de couper sur une plie de 21 points ?

Sur la base des diverses réponses à ces questions, que tu auras relevées consciencieusement avec ton stylo sur le joli bloc-notes, tu tapoteras ensuite sur ta calculette. Avec sa gentillesse coutumière, elle te donnera des résultats, et tu pourras enfin affirmer que 34% des sondés chaussent du 42, que 57% pensent que le Dakota du Nord c’est vachement loin, que 73% sont toujours en vie, que 22% sont encore indécis, et que 49% ne se prononcent pas.

Et là, tu as presque accompli ta mission. Il ne te reste plus qu’à envoyer le résultat de tes petits calculs à la presse, avec ta note d’honoraires. Elle en fera un joli graphique, avec des courbes ou des ronds en couleur, pour t’aider à faire ton choix, et te rassurer puisque tu verras alors que tu n’es pas le seul à chausser du 42, et que comme toi 12% de ce 34% aimeraient bien passer au 43.

Enfin selon que tu es plutôt consensuel, ou plutôt rebelle, tu iras voter pour celui qui a plus ou moins de points dans les sondages, ou celle qui a les plus grand pieds.

Et le truc long et dur enfoncé bien profondément aura ainsi déterminé ton avenir…

C’est d’ailleurs de cette façon que tu es né…

« Pourquoi » statistique, par Arpenteur, numérologue depuis 1971

(c)photo arpenteur2005

par Arpenteur publié dans : Virgules
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Lundi 12 mars 2007

Comme chaque dimanche, Louis attend. Il est accoudé à la barrière de la vigie, appréciant la brise dans sa chevelure jaunie par l’air marin et le tabac. Il sait qu’elle va venir. Elle vient tout le temps depuis bientôt deux mois. Dès qu’elle a congé, elle lui rend visite. Ca lui fait du bien un peu de compagnie. Elle est si vive et passionnée que c’est un véritable rayon de soleil dans ses longues semaines de solitude.

Quand le vent du sud-ouest souffle comme aujourd’hui, le ciel est toujours dégagé, mais la mer est forte, et le temps change vite. Il espère qu’elle ne viendra pas, c’est un peu risqué. Du haut de son phare, Louis voit tout à la ronde : les récifs entourés d’une corolle d’écume blanche, et la ligne torturée de la côte, à un mille de là. S’il se retournait, il verrait quelques cargos croiser, loin sur l’horizon.

Regardant le petit ponton de fer rouillé, 60 mètres plus bas, il repense à son étonnement, la première fois qu’elle est venue accoster sur son îlot. Quand elle est entrée dans son monde.

                                                  ***

C’était un mercredi après-midi. Il avait entendu le ronronnement d’un moteur, et avait vu une petite fille dans une barque de bois rouge et blanche.

- Bonjour Monsieur.

- Bonjour, lui avait-il répondu, qu’est-ce que tu fais là ? Tu es venue toute seule ?

- Oui. Je voulais voir le phare, alors j’ai pris le bateau de mon grand-père.

- Tu n’aurais pas dû, c’est dangereux de venir ici avec un si petit bateau.

- J’ai l’habitude. Ca fait longtemps que je vais pécher avec pépé, observa crânement la fillette.

Il la regarda monter sur le ponton, la trouvant plutôt culottée pour son âge. Peu habitué à avoir de la compagnie, il se sentait un peu perdu, mal à l’aise. Il aurait voulu qu’elle parte, mais n’osait pas le lui dire.

- Et…comment tu t’appelles ?

- Marie le Ploustec, j’ai 13 ans. Et vous ?

- Euh, Louis, j’ai 45 ans, bredouilla le gardien du phare de la Pointe à Caillasse.

Elle avait amarré sa barque avec une étonnante assurance, mais Louis vérifia quand même d’un regard attentif que la mer resterait calme le reste de la journée. Il faudrait bien qu’elle retourne au village.

- Je peux visiter le phare ?

- Je ne sais pas… Enfin, si, puisque tu es là. Mais vite alors, il faut que tu rentres, tes parents vont s’inquiéter.

Ce jour là, il avait passé près de deux heures à montrer à Marie tous les secrets de ce qu’il appelait « sa lanterne ». La curiosité de la fillette était sans fin, et sa spontanéité le faisait rire. Il se rendit alors compte que ça lui manquait. Il ne riait pas souvent seul dans son phare.

Quand elle partit, il resta longuement assis sur le ponton, regardant s’éloigner la petite barque. Il voulait qu’elle revienne, mais il n’avait pas osé le lui dire.

Les jours suivants, il reprit sa routine habituelle, faite de solitude, de veille, de vent et de mer. Mais toutes ces choses qu’il aimait tant lui paraissaient maintenant un peu plus fades.

Quand la nuit tombait, il allait allumer la lanterne, et il regardait longuement les villages illuminés sur la côte, les feux de position des navires au large, et les étoiles, jusqu’à ce que le sommeil l’emporte. Si le temps était incertain, il prenait ses jumelles et surveillait les lumières vertes et rouges sur l’horizon, s’assurant de leur trajectoire, afin de pouvoir appeler des secours rapidement si l’un ou l’autre menaçait de se faire emporter vers les rochers qui affleuraient partout, même loin de la côte.

Quelques jours plus tard, alors qu’il se préparait une soupe dans la petite cuisine installée juste sous la vigie, il avait eu le plaisir d’entendre une petite voix l’appeler.

- Monsieur Louis ? Hello ? Il y a quelqu’un ?

Il était allé dans l’escalier, et avait deviné Marie, tout en bas, qui lui faisait de grands signes. Elle était minuscule, au fond de la spirale de marches qui paraissait infinie.

- Bonjour Marie… Monte.

Précipitamment, il avait rangé la cuisine, et sorti une deuxième assiette. Il s’étonnait du plaisir qu’il ressentait du simple fait de son retour, et il savait que cette journée serait différente des autres, et pour la première fois depuis trente ans, cela le réjouissait.

- Je pense que vous le saviez déjà, mais il y a 302 marches pour venir jusqu’ici. C’est beaucoup non ?

- Oui, c’est le phare le plus haut de la région, dit fièrement Louis.

- Vous étiez en train de manger ?

- Pas encore non. Tu veux manger avec moi ?

- Juste un peu alors, j’ai déjà pris quelque chose avant de partir.

Après un repas étrangement silencieux, comme si chacun était gêné d’être là, Marie demanda à monter dans la vigie. Ils s’assirent sur le rebord, les jambes pendues dans le vide, accoudés au métal rouillé de la barrière inférieure.

- Un jour, moi aussi je serais gardienne de phare, affirma Marie, d’un air déterminé.

Surpris, Louis se tourna vers le visage souriant de la fillette, qui écartait les longues mèches brunes que le vent jetait dans ses yeux bleus.

- Ah bon ? Pourquoi ?

- J’aime la mer, j’ai envie d’y vivre. Et j’aime bien être tranquille aussi.

- Mais tu sais c’est dur d’être toujours tout seul, tu deviens un peu sauvage. Ce serait dommage que tu le deviennes, non ?

Elle ne l’écoutait pas, perdue dans sa rêverie.

- Et puis j’aimerais être comme toi, être au-dessus de tout le monde et veiller sur les autres. C’est un peu comme Dieu non ? Tu vois tout, et tu guides les autres. On voit même la lumière dans tes yeux. Tes yeux, on dirait la mer, toute bleue, avec un phare au fond.

Le rire de Louis fut emporté par une petite bourrasque.

- Ouais, pas vraiment.

- Pourquoi es-tu devenu gardien ?

- J’étais marin-pêcheur, comme tout le monde au village. Mais ça me faisait de la peine, tous ces poissons qu’on attrapait. C’est ridicule, je sais, mais c’est comme ça. En plus je ne sais pas nager, et j’avais vraiment peur de la mer. Pourtant je ne voulais pas, et je ne pouvais pas, la quitter, alors quand la place s’est libérée sur le phare, j’y suis venu, sans vraiment y réfléchir. Et je n’en suis presque jamais reparti. Il m’a adopté en quelque sorte.

- Quand tu partiras, c’est moi qu’il adoptera. D’accord petit phare ? implora-t-elle en caressant la pierre rongée par plus d’un siècle de vent salé.

- Et puis c’est vrai que j’aime être en hauteur, reprit Louis. Un jour peut-être, j’aimerais aller encore plus haut. Tout en haut d’une montagne, et regarder la vie des autres, en bas. Mais c’est loin les montagnes, non ? Et on ne peut pas aller facilement au sommet je pense. Ce n’est pas comme ici. 

- Oui. Très loin et très haut aussi. C’est dur, mais on peut y grimper.

Ils discutèrent encore longuement, s’amusant à compter les bateaux qui jalonnaient l’horizon, ceux qui allaient au nord pour Louis, ceux en route vers le sud pour Marie. Elle fêta sa victoire en faisant trois fois le tour de la vigie, courant aussi vite que possible, et chantant à tue-tête, les bras pointés vers le ciel.

Leurs rires se mêlaient aux cris rauques des goélands, qui se laissaient porter par le vent le long de la tour rouge et blanche.

Marie revint souvent. Tous les jours où elle n’avait pas classe, et que la mer le permettait. Elle expliqua à Louis qu’elle avait peint la barque de son grand-père pour qu’elle ait les mêmes couleurs que les phares. Ils jouaient parfois à cache-cache, faisaient des parties de cartes. Ils prenaient des cailloux, et depuis le haut du phare, essayaient de viser certains rochers. Ils pêchaient parfois, mais Louis ne mettait pas d’hameçon au bout de sa ligne. Ca faisait rire Marie, qui rejetait à l’eau les poissons qu’elle attrapait, pour ne pas lui faire de peine.

Un jour elle était venue avec une petite boite en carton.

- Louis, j’ai un cadeau pour toi.

Elle le surprenait encore une fois. Il sourit comme un enfant.

- C’est pour que tu aies un peu de compagnie. Tiens, ouvre la boîte, mais doucement.

Le gardien souleva lentement le couvercle, et vit un petit chaton noir et blanc, qui le regardait avec d’immenses yeux jaunes.

- A ton tour d’adopter quelqu’un maintenant. Il s’appelle Everest, comme la montagne. C’est la plus grande du monde. Et comme ce sera le chat le plus haut de la région…

- Merci, répondit Louis, un peu gêné. Ses yeux sont jaunes comme ma lanterne.

- Tu prendras aussi bien soin de lui, alors, c’est promis ?

- Oui, ne t’inquiète pas.

Ils firent visiter le phare à Everest qui semblait déboussolé par le nombre d’oiseaux qui tournoyaient, et ils lui installèrent une petite place sous la fenêtre de la cuisine. Il s’habitua très vite à son nouvel environnement, et suivait Louis partout. « On dirait des jumeaux » disait Marie.

Avec elle et Everest, le gardien solitaire se sentait en famille. Il n’était plus seul, et il se surprenait à aimer ça. Ils étaient heureux les trois ensemble.

Mais hier, Louis avait trouvé Marie changée. Comme si elle avait grandi en quelques jours.

- Louis, je crois que je suis amoureuse.

- Euh… Ah bon ? bredouilla Louis, occupé à repeindre la porte d’entrée inférieure.

- Oui, c’est le voisin de ma cousine. Martin, qu’il s’appelle. Il a 16 ans. Il est apprenti marin-pêcheur sur la « Britonne », le bateau du père Laplace.

Louis restait sans voix, étonné des confidences de l’adolescente, et gêné, il regardait son pinceau qui gouttait rouge sur le sol.

- Il m’a invitée à aller sur le bateau ce soir, car il y a un tourne-disque dans la cabine du patron. On écoutera les Rolling Stones.

- Les quois ?

- Les Rolling Stones, c’est un groupe de musique anglais tout nouveau. Ils font du rock.

- Des anglais… soupira Louis.

- Et puis on sera tranquilles tous les deux, ça nous changera de ne pas avoir ma cousine sur le dos pour une fois.

- Euh oui. Je ne sais pas quoi te dire. Tant mieux. Mais tu sais, les garçons… Enfin, rien, ce n’est pas mes affaires, en fait.

Marie éclata de rire, tout en prenant un pinceau. Elle l’a aidé à finir de peindre la porte, tout en bavardant, sous le regard de contremaître d’Everest. Leur ouvrage terminé, ils sont montés prendre un thé, et jouer aux cartes.

- Bon, il faut que j’y aille, dit le jeune fille, après avoir remporté la partie. Ne t’inquiète pas, je viendrai encore te trouver. Je me sens si bien ici. Mais là, faut que je rentre me préparer.

Elle lui fit un clin d’œil en guise d’au revoir, et Louis la regarda descendre l’interminable escalier, qui l’aspirait vers la terre. Il avait alors su qu’elle ne le remplacerait pas, un jour, sur le phare… Il en avait ressenti à la fois tristesse et soulagement.

                                             ***

Tout à coup, le bruit d’un moteur quelque part dans le vent le tire de ses souvenirs. C’est la petite barque de Marie qui approche. Il descend les marches aussi vite qu’il le peut, et arrive sur le ponton au moment où elle s’amarre.

- Mais tu es folle, que fais-tu ici ? Tu as vu la mer ? Rentre tout de suite, ça va devenir trop dangereux.

Il s’arrête lorsqu’elle sort du bateau. Elle a les yeux rouges, et semble bouleversée.

- Excuse-moi, je ne voulais pas te crier dessus, mais il faut vraiment que tu rentres.

- Ce n’est pas ça, sanglote Marie, mais tu ne comprends rien à rien. Vous êtes tous les mêmes.

Louis, déstabilisé par les larmes de son amie, ne sait plus que faire. Son regard passe de la jeune fille à la mer qui forcit.

- C’est Martin. Il…Il a…Il a…

Le gardien ne l’entend pas. Ou peut-être ne veut-il pas entendre. Les sens en éveil, il écoute la nature. Son instinct reprend le dessus. Il pousse fermement Marie sur le ponton, et la fait descendre dans son bateau.

- Il faut partir. Maintenant ! Après il sera trop tard. Dépêche toi de rentrer, je t’en prie.

En regardant la barque s’éloigner dans une mer de plus en plus forte, Louis s’en veut de la laisser partir, et lui en veut d’être venue. Elle est prudente d’habitude. Pourquoi est-elle venue aujourd’hui ?

Quand elle est hors de vue, il remonte pour préparer le phare. Il sait que la tempête va le forcer à veiller toute la nuit. Il s’installe sur une vieille chaise de bois, avec une casserole de café bouillant et une louche posées sur le rebord de la vigie. Agrippé à ses jumelles, il scrute l’horizon. La pluie et le vent cinglent les vitres avec violence. Toutes les quatre secondes le faisceau de la lanterne illumine le gris de la tempête en direction du large, puis tout replonge dans le noir. Louis aime ces moments, qui sont la raison même de sa présence ici, et il en oublie Marie et sa tristesse.

Au matin, le ciel se dégage rapidement, et de timides rayons de soleil caressent le phare qui les a remplacés toute la nuit. Epuisé, le gardien fait le tour de son domaine, s’assurant que la tempête n’a pas fait de dégâts.

C’est alors qu’il aperçoit, dans l’entrelacs de rochers sur le coté nord de l’îlot, un morceau de tissu vert. Vert comme…

Il se précipite, saute d’un rocher à l’autre, sachant déjà ce qu’il va trouver.

Dans un gémissement de colère et de douleur, il sort le corps de Marie de la mer, et prudemment regagne la plate-forme au pied de l’immense tour rouge et blanche. Assis sur le sol, le regard gris, il caresse ce visage meurtri, qui un jour lui a réappris à rire. Et qui lui apprend maintenant le goût des larmes.

Effondré, il monte péniblement les 302 marches de sa montagne, et appelle la gendarmerie. Deux vedettes arrivent rapidement. Louis leur explique ce qui s’est passé, et ils emmènent Marie. Il reste seul sur le ponton, Everest dans ses bras, le regard perdu dans le vide, enragé de ne pas parvenir à en vouloir à la mer…

Le lendemain, il est à la vigie, quand il a la surprise de voir les gendarmes revenir. A peine débarqué, on lui crie :

- Louis, descend de là-haut. Il faut qu’on te parle.

Trois minutes plus tard, il est sur le ponton, et serre la main de François son ancien camarade de classe. Caporal Louarn quand il a son képi…

- Ecoute Louis, je suis désolé, mais on est venu t’arrêter…

- M’arrêter ? Mais pourquoi ? demande le gardien, d’une voix tremblante, les yeux encore bouffis de chagrin.

- Les parents ont demandé une autopsie. Tu as déconné là mon gars. On t’arrête pour le meurtre et le viol de Marie le Ploustec…

Et la lumière dans les yeux devenus gris de Louis s’éteint, comme le phare au petit matin…

« Nouvelle mauvaise » salée, par Arpenteur, éclairagiste depuis 1971

(c)photo arpenteur2006 - peggy's cove, canada

par Arpenteur publié dans : Nouvelles mauvaises