Cachet postal

courrier des lecteurs, lettres d’insultes non anonymes, demandes d’autographes, commandes de produits dérivés, achat des droits pour le cinéma, conseils pour devenir joueur de pipeau professionnel, sponsoring à plus de cinq zéros, ou autres raisons indispensables de me contacter directement ? glissez votre message dans l’enveloppe, léchez le timbre, et collez-le ici 

 

 

 

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DURA LEX...

Toutes les lettres (et les chiffres aussi, allez, soyons pas radin) formant les mots qui constituent ce blog, ainsi que tout ce qui s’y trouve, y compris la super méga géniale bannière, sont protégés par la loi, des playmobils surarmés, et plein d’autres trucs plutôt cool. Alors on ne copie pas, on ne vole pas, on ne tire pas les cheveux des filles à la récré, sinon, je vais chercher des copains très baraqués, et on vient tous chez toi manger des pizzas aux anchois sur ton canapé, mettre tes boyaux en guirlande sur ton yucca, et casser ta télé. Alors fais super gaffe les gens. 

 

 

 

 

 

 

 

Avec le temps va

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Cafter

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Jeudi 15 février 2007

J’avais 11 ans le jour où j’ai su ce que je ferai dans la vie. Mon oncle m’avait invité à assister à la finale de la Coupe suisse de football, dans la capitale, parmi 60'000 spectateurs en folie. C’était la première fois que j'allais à Berne, que je participais à un événement, un vrai, de ceux qu’on voyait à la télévision, et j’ai beaucoup aimé. Pas tant le match, mais cette sensation de faire partie de l’histoire.

Pendant tout le trajet du retour en train, pas même dérangé par les chants de victoire des jeunes aux couleurs notre équipe qui, de joie, vomissaient leur bière par la fenêtre, je me suis demandé comment faire pour vivre encore de tels moments.

Je me souviens qu’à aucun moment je n’ai imaginé en être un acteur. Alors que tous les gamins rêvaient de jouer le match, je réfléchissais plutôt à comment devenir un spectateur professionnel en quelque sorte, pour pouvoir me faire ma propre idée de l’événement, et non plus le regarder à travers les médias.

Et c’est là, lors d’un arrêt du train de la victoire dans une petite gare campagnarde, que j’ai su. Il y avait une équipe de télévision qui tendait ses micros aux fenêtres du wagon pour recueillir les impressions des supporters avinés qui hurlaient d’une voix cassée des « on a gagné » répétitifs et évidents. Oui, c’était évident.

Je serai caméraman.

Quelques semaines plus tard, j’ai trouvé dans le grenier de mon grand-père un vieil appareil-photo, dont il m’a fait cadeau. Au début, sans pellicule, je jouais à encadrer le monde dans mon viseur. Je me baladais l’appareil autour du cou, et pour toute la famille et les amis, je devins « l’homme à la photo ». Je ne regardais plus les journaux, ni la télévision du même œil. Chaque image, je l’analysais, j’imaginais celui qui l’avait prise, et m’interrogeais sur les raisons de tel ou tel cadrage. En cherchant l’objectif, je devenais aussi plus objectif.

J’ai fait mes premières armes sur le chemin de l’école, traquant l’insolite ou le banal. Mes premières photos qu’on a demandé à voir furent celles que j’avais prises pour me distraire lors du mariage de ma cousine Claudine. Malgré une qualité médiocre, la photo des mariés de dos saluant leurs invités en léger contre-jour, lui plut beaucoup, et je sais qu’elle trône encore dans un petit cadre sur sa cheminée. Elle aura duré plus longtemps que le mariage.

Tous les étés, je travaillais dans la réserve d’un supermarché pour quelques francs de l’heure, afin de pouvoir un jour m’offrir un caméscope. Mes parents ont généreusement complété l’argent qui me manquait, et il fut d’autant plus dur de leur annoncer que je ne reprendrai pas l’affaire familiale.

Je serai reporter.

J’ai vite dompté ce nouvel instrument, et tous mes jours de congés se passaient à réaliser de petits films avec les copains du quartier, ou à me prendre pour un reporter animalier, en traquant les chats de gouttière dans le terrain vague, derrière l’usine d’incinération.

Parfois le dimanche, je prenais le train, et j’allais à 60km de là, traîner autour des studios de la télévision. On a fini par me connaître et me laisser entrer. Je me suis inscrit à la formation qu’ils proposaient, et je fus engagé.

J’étais cadreur.

Très vite je suis parti tenter ma chance à Paris. J’ai trouvé une place, mais j'ai rapidement déchanté. Je ne participais à aucun des événements de mes rêves d’enfant. Je n’étais même pas aux actualités ou parmi les journalistes. Moi qui fuyais le salon quand ma mère restait scotchée devant « Sacrée soirée », voilà que je filmais des émissions de variété. Et filmer est un bien grand mot : je déplaçais la caméra selon les ordres du réalisateur. C’est tout. Cadreur. J’ai vite compris que ce mot n’était rien d’autre que du politiquement correct, illusion de l’indépendance et de la liberté de cadrer l’image selon mes envies, mes goûts, ma vision. Mais je n’étais que l’homme qui bouge la caméra. Je faisais partie d’elle, sans aucune autonomie.

J’étais caméraman, l’homme-caméra.

Alors, il y a quelques mois, quand la chaîne a lancé un nouveau concept d’émission qui se déroulait dans diverses villes d’Europe, et dans laquelle, des jeunes filles devaient séduire un riche héritier qui n’avait plus qu’à faire son choix, j’ai demandé à faire partie de l’équipe. Sans doute ma docilité avait-elle été remarquée, puisque on m'a engagé.

Nous étions dans un palace de la Côte d’Azur, le tournage de « L’Héritier » pouvait commencer. La production avait été claire : douze jours de tournage et interdiction formelle à tout membre de l’équipe de sympathiser avec les filles.

Au moment où les candidates sont arrivées, j’ai su que c’était elle : Caroline.

C’était vers elle que mon rêve d’enfant m’avait guidé. Dès les premières répétitions, je n’avais d’yeux que pour son sourire crispé, essayant d’apprivoiser la caméra. Ma caméra. Je n’arrivais pas à me convaincre qu’elle fixait mon objectif et non qu’elle plongeait son regard vert dans le mien. J’en étais certain : elle me regardait, elle me voulait, elle m’aimait.

Répétitions, séquences, attentes interminables, coups de gueule, reprises, caméra 2, moteur, action.

Après trois jours, le hasard m’a fait croiser Caroline dans un couloir de l’hôtel. Nous avons échangé quelques mots, et le courant est plutôt bien passé. Nous nous sommes revus quelques fois en cachette, bavardant dans l’obscurité d’une réserve de linge ou d’une remorque de matériel, entre les prises.

Mais jour après jour, je la voyais jouer la séductrice avec Thibault, l’Héritier, et me dire les yeux dans l’objectif qu’elle craquait pour lui.

Ils se baladaient main dans la main sur la plage vers le soleil couchant, et je les suivais. Ils partageaient de longs massages sur un lit à baldaquin étrangement installé au milieu du parc, et je restais là, debout au pied du lit, la caméra braquée sur la scène, mes yeux cherchant les siens. Ils riaient au rythme du trot d’un cheval, je les précédais assis à l’envers sur le pont arrière d’une camionnette. Ils jouaient les amoureux dans une calèche, j’étais sur la banquette d’en face, avec le preneur de son, et l’assistante de production. Ils s’embrassaient dans un jacuzzi, cernés de bougies, et moi j'étais assis sur le rebord, les pieds dans leur eau, je tremblais de rage.

« La 2, merde ! Concentre-toi un peu, on ne va pas y passer la nuit. Tu bouges. On la refait » me reprenait l’oreillette.

Thibault et Caroline riaient, elle me regardait, quelqu’un disait « ça tourne », et elle l’embrassait à nouveau. Je n’étais rien d’autre que « la 2 ».

J’étais une caméra.

Le dernier jour du tournage, nous étions dans les escaliers du 4ème étage, et attendions les réglages lumière, pour filmer leur sortie de l’ascenseur après un dîner aux chandelles au bord de la piscine, qui n’avait pas encore eu lieu. Je lui ai parlé de ces regards que nous échangions, de nos longues discussions. Je n’oublierai jamais cet instant.

- Ecoute… euh c’est quoi ton prénom déjà ? M’a-t-elle répondu dans un rire. Je suis désolée, mais on entend toujours la 2, la 2, et j’ai oublié ton prénom.

- Blaise, je m’appelle Blaise.

- Oui, bien sûr, excuse-moi.

- Il n’y a pas de mal, ai-je répliqué, regardant ma caméra posée sur mes genoux.

- Ecoute Blaise. Ce n’est pas parce qu’on se regarde de temps en temps, que l’on discute un peu en cachette, ou que l’on rit, qu’on est amoureux non ?

- Ben je pensais oui. Tu regardes Thibault, vous discutez, vous riez, et tu dis que tu es amoureuse. Pourquoi lui et pas moi ? Pourquoi ?

- Je ne suis pas amoureuse de Thibault non plus. C’est un jeu. Je suis là pour le gagner. L’héritier, je m’en fous. Ce que je veux c’est être connue, c’est que l’on m’ouvre des portes. Et pour ça, je dois le convaincre, je dois être mieux que les autres filles, et je dois surtout convaincre la production. Et j’y suis presque. Je ne suis pas venue ici chercher l’amour. L’amour ce n’est pas à la télé qu’on le trouve, car l’amour c’est vrai.

- Moi l’amour je l’ai trouvé à la télé, ai-je osé murmurer les yeux toujours rivés sur ma Betacam22. L’amour c’est toi Caroline.

- Arrête, tu délires. C’est une émission de télé, un jeu, rien d’autre. Tu es « la 2 », Blaise. Ne viens pas foutre la merde…

Elle s’est levée, et a disparu dans le grand escalier.

Quelques minutes plus tard, la productrice prenait ma caméra et me l’échangeait contre un billet aller simple pour Paris. Caroline s’était plainte que je l’importunais. Je n’étais plus « la 2 » .

J’étais viré.

De retour à Paris, j’ai pris mon caméscope, et je suis allé noyer mon chagrin dans quelques cafés, arpentant les rues au hasard. Je me suis saoulé de bon vin et d’images. J’ai erré dans le métro, je me suis assis sur les bancs publics, et j’ai filmé la vie qui passe.

La télé m’avait repris sa caméra, il ne me restait plus que la réalité.

Lors de la diffusion du dernier épisode de « L’Héritier », la semaine dernière, j’ai vu Caroline accepter la demande en mariage de Thibault sur un yacht au large de Monaco.

Hier j’ai vendu mon scooter, et j’ai cassé ma tirelire pour m’offrir une caméra professionnelle d’occasion.

Je vais partir, voyager, chercher des images.

Je serai reporter free-lance.

Ma valise est prête, j’attends le métro. J’ai de l’avance. Mon train pour l’Espagne ne part que dans trois heures. Mais j’aime le métro. Tout est vrai dans le métro : tout le monde s’ignore, par conséquent personne ne joue à faire semblant. Toute convention sociale devient inutile dans ce fourmillement anonyme. Finalement, la seule télé-réalité, est celle que regardent les employés chargés du contrôle des caméras de surveillance. Je les repère toujours. J’analyse les angles choisis, j’essaie de deviner la focale, et je vois la salle de contrôle comme une belle régie.

Je pose la main sur le sac dans lequel j’ai rangé avec soin ma caméra, en rêvant d’images et de voyage.

La réalité me rattrape lorsque je vois sur le quai, à quelques mètres de moi, Caroline et Thibault, bras dessus bras dessous. Il lui chuchote quelque chose à l’oreille, elle rit. Son rire de caméra, pas le rire enfantin et pur qu’elle m’offrait parfois dans la pénombre d’un recoin discret. Une adolescente s’approche timidement d’eux, et leur demande un autographe. Caroline la renvoie fermement. Elle voulait la gloire, voilà qu’elle joue la star.

Elle est si belle. Elle me dégoûte.

« Je devrais la filmer, un dernier souvenir », me dis-je, en regardant la caméra de surveillance. « Une star, des caméras ? Voilà mon premier sujet ».

Je prends mon sac sur l’épaule, je me lève, et je m’approche du couple. Je m’installe discrètement derrière eux. Le courant d’air chaud annonciateur de la rame me fouette le visage. Tout le monde s’approche du quai. Je jette un dernier coup d’œil à la caméra de surveillance.

L’angle est parfait.

Action.

Au moment où le train arrive, je me retourne brusquement, et mon gros sac bouscule violemment le couple. Déséquilibrée, Caroline chancelle. Thibault tente de la retenir, mais tombe avec elle sur les rails. Le chauffeur du métro n’essaie même pas de freiner, c’est trop tard. La foule étouffe un cri, et recule instinctivement. Je ne peux réprimer un sourire.

Je suis devenu producteur.

« Nouvelle mauvaise » télévisée, par Arpenteur, chef de station depuis 1971

(c)photo arpenteur2006 - budapest, hongrie

par Arpenteur publié dans : Nouvelles mauvaises
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Lundi 12 février 2007

Il y a des dates comme ça, qui dégoulinent de miellitude, et de consumérisme béat. Tellement bien amenées, que personne ne peut y échapper, personne ne risque de l’oublier, et surtout pas la partie de la population qui met de l’after-shave, des boxers kangourous, et qui a du poil aux pattes à défaut d’en avoir au cul pour dire stop.

Aucune chance de se débiner, ou d’ignorer cette date. Il faut prouver son amour, de façon originale, car le moindre oubli, le moindre écart par rapport à la perfection dont nous abreuvent la publicité, la télévision et le cinéma, peut totalement mettre en péril un couple. C’est comme si on joue bien toute la saison, on a des résultats, le public est content, les caisses du club se remplissent, meilleure défense, meilleure attaque, on se qualifie pour la finale, on est favori, et là, paf, une mauvaise glissade à l’entrée du magasin de fleur, et on perd le match.

Combien d’insomnies, de stress, de recherches désespérées dans les commerces pour trouver la surprise qui sort de l’ordinaire. On les voit errer dans les rayons qui débordent de rouge et de cœurs en velours, hésitant entre le parfum préemballé dans un carton couvert de petits cupidons, le petit bijou qui veut dire toujours, et le dernier livre de son auteur préféré mais ce n’est pas vraiment adapté pour ce genre de fête. Certains se creusent la tête pour trouver la dédicace idéale à publier dans le journal local ou à faire passer à la radio avec leur chanson. Certains sont tentés par un ensemble de lingerie, mais ça risque d’être trop révélateur des réelles intentions.

Parce que les réelles intentions de tous sont celles-ci : j’aimerais pouvoir encore baiser le reste de l’année, et j’aimerais commencer ce soir, merci.

Et combien de femmes qui passent la journée à se demander comment elles vont bien pouvoir faire pour éviter de passer à la casserole, surtout que pour une fois c’est lui qui se met aux fourneaux. Combien de jeunes filles au sourire jaune qui jettent piteusement l’emballage du cadeau, rassurées qu’il y ait au moins pensé, même si franchement, s’il avait oublié ce serait vraiment un gros débile, qui ne serait pas capable de reconnaître un terrain de foot au milieu d’une cabine téléphonique. J’imagine facilement aussi la colère de certaines autres parce qu’il n’a pas pensé à cette petite bague qu’elle lui avait montré dans la vitrine d’une bijouterie juste avant les vacances d’été « vraiment tu ne m’écoute jamais, je me demande sérieusement si tu m’aimes. Je ne crois pas qu’on ait vraiment un futur tous les deux. Je ne sais pas ce que tu en penses, mais c’est quand même pas dur de me montrer une fois par année que tu tiens à moi, merde », et le bouquet de fleur qu’il trouvait vraiment joli, qu’il avait choisi avec tout l’amour du monde, du plus profond son cœur et de son âme, d’être jeté par terre et piétiné par une furie en pyjama pilou-pilou dépareillé.

Pourtant ils s’aiment. Tous. Le plus sincèrement du monde.

Ces vitrines qui débordent de mièvrerie amoureuse, n’ont de romantique que les petits cœurs dont elles croient s’orner et donnent la nausée à ceux qui sont seuls, et aux rares qui parviennent à échapper à la pression.

Le mercredi, j’ai sport, mais là non. Décision a été prise à majorité contre moi, qu’aucun d’entre nous ne pouvait se permettre de venir faire du sport un 14 février.

Et là, une fois de plus, j’ai apprécié ma chance, l’immense chance que j’ai de savoir que l’Arpenteuse, si je faisais quelque chose de particulier ce jour là, m’égorgerait avec ses dents, puis dépècerait mon corps avec un coupe-ongle, avant d’aligner chaque petit morceau sur un bout de fil de fer barbelé, et de le tirer derrière sa voiture jusqu’à Capri, puisqu’on sait bien que c’est là que tout fini…

« Humeur » nauséeuse, par Arpenteur, amoureux depuis 1971 ( j'aurais pu mettre son prénom, mais je serais rentré dans le jeu, et elle m’en aurait voulu, et puis… suis trop un rebelle)

(c)photo arpenteur2004

par Arpenteur publié dans : Humeur
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Jeudi 8 février 2007

J’ai tendu une oreille hardie vers un moyen fort peu onéreux pour remplir un blog lorsque l’inspiration se tarit comme le flot de promesses après les érections élections, et lorsqu’on aime les petits jeux à la con. Commenter un tableau. « Excel ! » me dis-je alors, exprimant par là à la fois mon enthousiasme et mon goût pour les abréviations qui faisaient djeunz en 1986.

Eugène Delacroix avait toujours voulu être photographe. Il trouvait super sympa de pouvoir ramener des images de ses vacances, et les montrer à ses amis pour les aider à s’endormir après le dessert. Ou alors pour surprendre Gustave Codacraume en flagrant délit de choses qu’il voulait cacher, et montrer ensuite à tout le monde comme c’est trop un looser.

Le problème d’Eugène était que l’appareil photo n’existait pas. Mais il ne le savait même pas ce con. Et au lieu d’inventer l’appareil photo, et de faire fortune, il décida d’arracher les poils du cochon de son oncle Emile, de les coller sur un bâton, et de les tremper dans les couleurs que lui fabriquait la puissante industrie chimique de l’époque. Il découpa un morceau du drap de sa voisine, en se demandant comment elle avait bien pu faire cette tache jaunâtre, et décida de devenir paparazzi (c’était le mot italien de l’époque pour dire peintre).

Il envisagea d’aller sur la côte d’azur pour surprendre les troubadours et autres saltimbanques pendant leur vacances, en train de prendre de la drogue, ou de se balader à poil sur leur terrasse. Mais comme la côte d’azur n’avait pas été inventée, il se résigna à rester sur Paris, malgré la grisaille et de défier le froid.

Assis à la terrasse du café de « La Tomate Bleue », il prit cette photo historique, par un hasard qui lui valu amour gloire et beauté, et notoriété éternelle, puisqu’on en parle encore des siècles plus tard dans des milieux raffinés et cultivés comme les gogues blogs.

Ce mercredi après-midi là, il eût la chance de surprendre Henriette Dumant-Aulande en train de se rendre chez sa grande rivale Carla Materrazzi, une transalpine, qui les mettait en transe, les pines, avec son regard de b*aise braise, et sa peau gorgée de soleil. Et comme tant d’autres, François Aulande, ministre fervent défenseur de la cause européenne auprès du Roi, et accessoirement mari de la pauvre Henriette, avait succombé aux charmes de Carla, ce que Henriette avait appris et fort peu apprécié.

Raison pour laquelle, elle ameuta ses frères et ses sœurs (qui préférèrent rester à la maison surveiller leur maris, les lâcheuses), ainsi que son petit cousin Serge, pour accompagner sa jalousie vengeresse (on voit d’ailleurs à gauche , avec le long truc dans la main, l'aîné, Rocco, et ses frères l’œil motivé et le bras armé, prêts à fusiller n’importe quel arbitre suédois, ou à défaut une femme italienne).

Quelques amis de François tentèrent en vain de s’interposer, et tombèrent sous les coups de la colère d’Henriette et de sa famille, en éclaboussant de leur sang les sabots d’Eugène, qui, assis sur la terrasse, peignait avec tant de soin que son cappuccino avait complètement refroidi.

C’est alors que la femme trompée se mit à hurler à l’intention de tous les hommes : « Mais bordel de merde bande de cons. Bouffez français. Regardez-moi ce matériel », et elle déchira son corsage avant de reprendre « ce n’est pas en vous goinfrant de produits étrangers que vous encouragerez la production française et créerez des emplois. Alors Carla, tu dégages, et tu me rends mon mari, que je lui fasse un bonnet phrygien avec ses couilles… ».

On ne su jamais la suite de l’histoire, parce qu’Eugène partit immédiatement apporter son cliché à la rédaction de Vois-la, le journal peuple le plus regardé de l’époque, qui lui acheta la photo pour 400’000 LouislaBrocante en DVD, qui firent sa fortune.

Le lendemain, Vois-la titrait : La femme du ministre offensée défendant l’honneur des miches de chez nous. François a eu une tête en peau de couille. Il a du démissionner, et il est resté bien tranquille à la maison.

Et du coup il fallut attendre 1960 et des brouettes, soit plus de 130 ans et plein de guerres, pour que l’Union européenne voie le jour.

« Virgule » sur papier glacé, par Arpenteur, critique d’art depuis 1971

(c)photo delacroix1830 wikitexpliqueici

par Arpenteur publié dans : Virgules
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Mercredi 7 février 2007

Les juristes sont des gens étranges. Si vous ne le pensez pas, c’est que vous n’en connaissez pas. Grâce à eux, la vie en société est simplifiée, mais souvent compliquée : on sait que le voisin ne pourra pas gueuler si on fait pousser son framboisier à 50cm de la limite, mais que l’on ne peut pas faire sécher son linge le dimanche en Suisse. 

Les américains sont des gens étranges. Si vous ne le pensez pas, c’est que vous n’en connaissez pas. Grâce à eux on sait qu’il n’y a rien sur la lune, ni dans P*aris H*ilton. 

Les juristes américains sont des gens étranges. Bon ça c’est évident, vu ce qui précède. 

Soucieux d’éviter les problèmes, et des procès pour plusieurs centaines de milliards de dollars intentés par Brenda Millerlite, allergique au houblon, parce qu’il n’y aurait pas de loi interdisant de servir des bretzels avec de la bière, les légistes du Dakota du Nord ont pris leurs précautions, en promulguant une telle loi. 

Et tous les juristes du pays s’en donnent à cœur joie, codifiant avec la frénésie d’un adolescent qui découvre la page sous-vêtements du catalogue de La Redoute de juin 1979 dans le grenier de sa grand-mère. 

Imaginez que vous soyez en train de traverser l’Arizona, et que votre ceinture vous lâche. Et bien vous ne pourrez pas la remplacer par des bretelles, dont le port est illégal. Il vous faudra terminer avec le pantalon sur les chevilles, ce qui vous ralentira fortement. D’ailleurs c’est sans doute un type de l’Arizona qui a inventé le slip. 

Et pantalon baissé, un refroidissement est vite attrapé. Mais dans ce cas il ne faudra surtout pas rester à Ashville, Caroline du Nord. Vous devrez impérativement déménager, le temps du traitement, ou alors rester calfeutré chez soi, puisqu’il y est interdit d’éternuer dans la rue. 

Mais ne partez pas dans la Minnesota si vous êtes imberbe ou mannequin chez Gillette, puisqu’à Brainerd, tous les habitants de sexe masculin sont tenus de porter la barbe. Problématique si ils vont à Euréka (Nevada) draguer, vu qu’il y est interdit aux moustachus d’embrasser qui que ce soit, et encore moins dans un train du Wisconsin où il est tout simplement interdit de s’embrasser, barbe ou pas. Baiser interdit aussi le dimanche, même si c’est entre époux dans le Connecticut.

Si par contre, vous n’êtes pas trop regardants sur la propreté de votre voiture, vous pourrez vous installer à San Francisco, Californie, où il est interdit de nettoyer sa voiture avec des sous-vêtements usagés. C’est sans doute pour éviter de troubler les fétichistes qui passeraient par là. Et c’est probablement pour la même raison qu’en Floride il est interdit de chanter en maillot de bain, et qu’en Illinois, il est illégal pour les femmes pesant plus de 100kg de faire du cheval en short… 

Si elles ne peuvent pas faire du cheval, les femmes peuvent au moins conduire, peu importe leur poids et leur tenue, notamment au Tennessee. Par contre, elles ne peuvent prendre le volant d’un véhicule à moteur, qu’à condition qu’elles soient précédées par un homme à pied, agitant un drapeau rouge, pour avertir de son approche. Réprime ce sourire béat, jeune homme fougueux, et ne rêve pas de déménager dans cette région bénie dans laquelle les juristes ont trouvé une solution idéale aux dangers de la circulation routière. Désolé, mais cette loi a été abrogée… Quand je vous disais que les juristes étaient des gens bizarres. 

Par contre d’autres abrogations ont été beaucoup plus judicieuses. Par exemple, l’interdiction qui existait dans l’Oklahoma de faire des grimaces à un chien, sous peine de prison. Et les amoureux de l’Idaho sont sans doute ravis de l’abrogation de la loi, selon laquelle toute boîte de bonbons offerte en gage d’amour doit faire au moins 25 livres, soit 12kg environ (ce n’est pas dans cet état que les femmes de plus de 100kg n’ont pas le droit de faire du cheval en short. Heureusement c’eût été beaucoup trop discriminatoire). 

Les juristes américains ne sont pas les seuls à fumer de la moquette usagée en buvant du whisky frelaté dans un asile de fous qui diffuse des chansons de Lara Fabian en boucle, et se tripotant le neurone comme un astrophysicien devant une photo de la face cachée de Pluton. Dans les autres pays aussi il y en a… des juristes. 

En effet, à Toronto au Canada, il est interdit de prendre les transports publics le dimanche si l’on a mangé de l’ail, et impossible de se rabattre sur le chocolat, puisqu’il est interdit d’en manger dans les transports publics en Angleterre, si l’on est une femme. 

Par contre certaines lois ont plus de sens. Quoique. 

Au Paraguay, les duels sont interdits, sauf si les participants sont enregistrés comme donneurs de sang, et en Chine, il est obligatoire d’être intelligent pour aller à l’université. 

Surtout en faculté de droit, probablement… 

« Virgule » codifiée, par Arpenteur, juriste depuis 1971 

(c)photo arpenteur2003 

Pour les juristes fâchés, j’ai mes sources

par Arpenteur publié dans : Virgules
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Samedi 3 février 2007

Les hôtels c’est bien. Non seulement, la plupart du temps, ça veut dire que l’on est en congé, mais il y a aussi de super buffets de petit déjeuner devant lesquels tous les clients défilent. Dans presque tous les hôtels, pas besoin de chercher les étoiles.

Les hôtels autour de la Méditerranée, c’est bien. Non seulement, la plupart du temps, ils ne sont pas trop loin de la mer, mais il y aussi du carrelage dans toutes les pièces, y compris les chambres, pour ne pas trop souffrir de la chaleur. Même en janvier à Barcelone. Tu ne risques pas de te brûler avec le sable, mais par contre tu hésites à poser le pied par terre en sortant du lit.

Vu que l’isolation ça ne sert pas à grand-chose dans ce genre de région, cela te permet de passer ton week-end en compagnie de tout le septième étage (et non à l’étage de la 7ème compagnie, quoique c’est un peu ça).

A la 704, tu as le couple de hollandais qui s’engueulent comme les murs plâtre, probablement pour savoir qui est le plus grand. En face, dans la 707, il y a les deux allemandes qui lorsqu’elles traversent le couloir font autant de bruit que le 28ème de cavalerie pendant la charge. Dans les hôtels en carrelage, les talons et les blondes devraient être totalement interdits. On dirait qu’elles font le tour de notre lit en essayant de nous percer les tympans à coups de talons. Mais non, elles marchent simplement dans le couloir.

Ma soppratutto, à la 708 et à la 706, il y a deux couples d’italiens. C’est sympa les italiens. Ils ont gagné la coupe du monde, alors rien que pour ça, on ne peut pas leur en vouloir. Mais pour d’autres choses, presque oui. D’abord tu as Gino, qui pour ne pas déranger sa femme, va téléphoner à la Mamma, dans le couloir. Il parle tellement fort qu’il ne se rend pas compte que même en sortant de la chambre, Fernanda entend toute la conversation comme si elle en faisait partie. Nous aussi d’ailleurs. Et même s’il n’était pas allé dans le couloir.

La Mamma est vite rassurée que tutto va bene, et que ritorna a casa bientôt, et que mangia abbastanza, si, si, et nous, nous sommes rassurés aussi. Puis les quatre amici non comminciano a sentire un pò la fatiga, mais plutôt se mettent à faire un concours de mime avec les mains, ou quelque chose du genre, et à glousser de rire comme s’ils étaient à la Scala di Milano. Mais nous, nous entendons très bien qu’ils ne sont pas à la Scala. Ils sont dans la 708. Ils se décident finalement à aller manger una pizza, et nous sombrons enfin dans un sommeil bien mérité après une semaine de dur labeur.

C’est alors qu’au milieu de la nuit, peu de temps après que la cavalerie allemande soit rentrée, et que j’aie réussi à me rendormir, je suis réveillé par un miracle.

« Ô Dio ! ô Dio ! ô Dio! » implore la ragazza de la 706. Au début je pense tout de suite à une apparition. Je regarde partout dans la chambre, mais pas le moindre spectre divin. Pourtant, vu le niveau sonore, je suis persuadé que cela se passe carrément au pied de mon lit, voire sur mon coussin. Les incantations reprennent de plus belle, entrecoupées de quelques gémissements, qui ne laissent planer aucun doute sur le miracle en train de s’accomplir : Fernanda est en train de faire croire à Gino qu’elle jouit. Simulateurs les italiens ? D’aucuns diront que dans les 16 mètres ça arrive parfois. Mais je peux vous confirmer que dans une chambre de 16m2… aussi. Enfin, les italiennes surtout.

Et apparemment les voix du seigneur sont loin d’être impénétrables. Quelques dizaines de « ô Dio ! ô Dio ! ô Dio ! » aussi crédibles que le doublage en suisse allemand d’un f*ilm p*orno moldave à 2 balles (n’y voyez aucun jeu de mot, merci) plus tard, Gino réussit à marquer le but, car la foule en délire Fernanda se calme. Les autres commencent alors dans la 708, mais de façon quand même un peu plus discrète. Je n’ai plus l’impression qu’ils sont dans mon lit, mais seulement sur le fauteuil sous la télé, et je parviens à me rendormir, sans savoir si l’autre partie se termine aussi sur un match nul.

Ce qui me permet de revenir au buffet du petit déjeuner, et au plaisir qu’il y a de voir défiler tous les clients, en imaginant qui est Dio, et qui a manifestement raté une carrière dans le doublage au cinéma.

Ben finalement on se dit que ça pourrait être n’importe qui, et que le reste de l’hôtel peut penser que c’est nous.

Et ça, ça fait froid dans le dos…

Impasse sur le buffet, deux croissants à l’emporter et on file en vitesse arpenter la ville…

« Flashback » sonore, par Arpenteur, europhile depuis 1971

(c)photo arpenteur2005

par Arpenteur publié dans : Flashback
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Mardi 30 janvier 2007

Ca commence toujours comme ça. Tu reçois un message qui dit : « Barnabé est né ce matin à 9h14. Il pèse 3kg216, c’est le plus beau et la maman se porte très bien ».

C’est pas trop un scoop, parce que si le père t’envoie ce genre de message, c’est que tu étais au courant depuis quelques mois qu’il devait supporter les humeurs de sa femme, et attendait aussi impatiemment qu’elle, de pouvoir SMSer la bonne nouvelle.

Parking, réception, tirage du numéro de chambre, ascenseur, odeurs, blouses, chariot de vases, lits, patients au pas hésitants tirant leur sang sur roulette, et portes en couleur.

Tu frappes à la 326, et tu te faufiles parmi des gens inconnus, entre la grand-mère, l’oncle, le cousin, la collègue, et les copines du fitness, pour essayer d’atteindre le lit, seul moyen d’être sûr que tu ne t’es pas trompé de chambre.

La maman à l’air d’avoir passé cinq semaines sans dormir, plus ou moins enfoncée dans un lit trop grand pour elle, dans une chemise de nuit en papier jaunâtre qui sera un jour recyclée pour faire un bloc de feuilles A4 de grammage standard à carreaux de 4mm. Les cheveux en bataille, elle sourit béatement comme si elle s’en foutait d’avoir une coupe de cheveux plus proche de Bernadette Chirac au saut du lit que de Jennifer Aniston à la première de son prochain film. Elle ouvre en disant « mais comme c’est chou » les paquets que les visites lui apportent. Son allure en fait elle s’en fout.

Et elle a raison.

La famille et les amis qui défilent ne lui jettent que de brefs regards. A peine entrés dans la pièce, ils cherchent éperdument le berceau en plexiglas, pour essayer d’apercevoir, écrasé sous une couette qui semble géante mais qui en fait n’est qu’un coussin, le visage de Barnabé. Encore fripé et bouffi par l’épreuve qu’il vient de subir, celui-ci s’en fout des « mais qu’il est beau » qui pleuvent sur lui, et essaie tant bien que mal de récupérer, quand il n’est pas affamé.

Dans un coin, près de la fenêtre, tu devines le père. Le regard perdu dans le vide, il semble se demander qui sont ces gens. Quelques-uns le remarquent et le saluent vaguement avant de reprendre l’interrogatoire serré de la maman, l’œil rivé sur l’aquarium dans lequel dort Barnabé : « et il pèse combien ? tu as eu une péridurale ou pas ? c’était pas trop long ? tu trouves qu’il ressemble à qui ? pourquoi tu ne lui as pas donné le prénom de ton grand-père ? les contractions ont commencé à quelle heure ? et Julie, c’est pour quand elle ? tu penses allaiter longtemps ? il a fait une jaunisse ? vous allez changer de voiture ? etc. etc. ».

Tu félicites le père, qui sourit béatement. « C’est moi qui lui ai donné le bain » te répond-il, les yeux brillants. Tout le monde l’ignore, mais lui il s’en fout.

Et il a raison.

J’aimerais bien qu’un jour on m’ignore pour ça…

« Virgule » démographique, par Arpenteur, sage-femme depuis 1971

(c)photo arpenteur2005

par Arpenteur publié dans : Virgules
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Mercredi 24 janvier 2007

Ma fonction me permet d’en voir des choses. Et croyez-moi, depuis le temps, j’en ai vu. Je ne suis pas aussi vieux que les murs, qui ont servi d’écrin à tant de petits éclats de vies. Mais moi aussi, avec les années, j’ai mon lot d’aventures, et d’anecdotes.

J’aime bien la pièce qui m’est attribuée. Elle n’a pas beaucoup changé, on y a juste ajouté un téléphone, puis une petite télévision, il y a quelques années. Depuis, paradoxalement, mon travail est devenu un peu plus ennuyeux. Il se passe moins de choses. Mais à part ça, rien n’a vraiment évolué depuis que je suis dans la maison.

De la fenêtre, légèrement sur la gauche, on a une jolie vue sur un parc public. J’aime bien le contraste entre la verdure et les bâtiments au-delà, avec leurs centaines de petites cheminées ocre. Et à ce que j’ai entendu dire, en se penchant beaucoup à gauche, on peut même apercevoir la tour Eiffel. Mais moi, je n’ai jamais réussi.

J’ai l’air un peu froid comme ça, au premier abord. La mine grise de quelqu’un qui sort peu, un peu rond et lourd sur le bas du corps. Mais c’est assez caractéristique, quand on ne bouge pas beaucoup. En général on m’aime bien, et je sais rester très discret.

Je ne bouge pas beaucoup, c’est vrai, et on pourrait croire que je tourne en rond, que cette routine est difficile, mais je suis si curieux, que c’est tous les jours différent. Quand on est fidèle dans son travail, que l’on reste au même poste de nombreuses années, on est un peu comme un enfant sur un pont. On regarde passer la rivière de la vie, et ce n’est jamais pareil. Que l’on soit là ou pas, la rivière continue de couler, inexorablement. Et on peut être très heureux en étant sur la rive, pas besoin d’être dans le courant. Elle coulait avant, et elle coulera après. C’est la vie, et c’est pour ça qu’elle est si belle et si précieuse.

Je rencontre souvent des couples. C’est ce que je préfère, parce que c’est varié les couples.

Le dernier m’a fait un peu de peine. Ils s’appelaient Line et Daniel, et j’ai cru comprendre qu’ils étaient là pour se changer les idées. Mais ils s’y sont plutôt mal pris. A mon avis, ce n’était pas une très bonne idée de revenir dans la ville où ils avaient conçu cet enfant qui n’était pas venu à terme. J’ai surpris certaines de leurs conversations. Elle n’arrêtait pas de dire, que c’était de sa faute, qu’elle était désolée. Lui, il ne lui en voulait pas, je le voyais bien. Il était désemparé. Et le fait qu’elle se sente si coupable, qu’elle imagine qu’il allait la quitter pour ça, et que malgré toutes ses dénégations et ses efforts pour lui prouver son amour, elle persiste, et s’enfonce encore et encore dans cette culpabilité, et cette tristesse, le poussait à bout. Lui aussi était malheureux, il avait besoin de paix, besoin de retrouver la femme qu’il aimait, besoin de retrouver leur couple auquel, il le savait, un avenir radieux était promis. Line ne voulait pas sortir, pas même pour une petite balade. Ils tournaient en rond, et lui semblait perdu. Un jour, je les ai entendus crier. Pas beaucoup, plutôt élever la voix, et Daniel est parti. « J’ai besoin de prendre l’air », qu’il a dit. Et c’est vrai que la ville est belle à cette époque. De partout se dégage une humeur verdoyante et printanière. Ca lui aurait fait du bien de sortir, à elle aussi. Mais elle est restée seule avec son chagrin. Allongée, elle devait pleurer en silence. Mais par moments, j’entendais qu’elle était secouée de gros sanglots. Quand il est revenu, ils n’ont rien dit. Ils sont juste restés longuement enlacés, et ont décidé de rentrer chez eux. Quand je les ai raccompagnés hier matin, je crois même que j’ai les ai vus sourire.

Je vois aussi parfois des hommes seuls, qui sont là pour le travail. Ils partent tôt, et rentrent tard en principe. Ils ont souvent l’air triste et fatigué, et quand ils appellent leur femme le soir, ils luttent avec peine contre les reproches : « Je sais, mais écoute, je ne peux pas faire autrement. Tu crois que ça m’amuse de passer mes journées avec cet abruti de Martino ? S’il te plaît arrête de le prendre comme ça. Je n’ai pas le choix et tu le sais. Oui je serais de retour pour le match du petit. ». Et ils finissent par raccrocher, sortent des dossiers de leur serviette, et travaillent allongés sur le lit, éclairés par la télévision allumée sans le son. Ils trouvent rarement le sommeil et ils aimeraient être chez eux.

Evidemment, il y a des amants. Ils ne restent jamais longtemps, mais il s’en passe des choses dans ce bref moment qu’ils volent à leur vie. J’ai le souvenir de Caroline et Jean, la trentaine, qui se retrouvaient une fois par mois environ. Avec le temps, j’ai compris qu’ils s’étaient rencontrés à une soirée chez des amis communs, où ils étaient avec leurs conjoints respectifs. Ils avaient peu à peu laissé éclater ici le désir qui était né ce soir là. Jean s’était rapidement séparé de sa femme. Il était tombé amoureux. Avec Caroline, ils jouaient comme des enfants, découvraient leurs corps et toutes les possibilités de plaisir qu’il recelait. Elle semblait terriblement heureuse quand elle venait, libre et libérée. Jusqu’au jour où au lieu de jouer, Caroline a dit quelque chose comme : « Jean, j’ai tout avoué à mon mari. Je ne viendrai plus ». « J’aurais aimé que cela se passe autrement, mais je savais que tu le quitterais jamais. Je comprends. Tes enfants, les principes de ta famille. Mais moi je t’aime Caroline. Ne l’oublie jamais » a dû répondre Jean, et il est parti. Il avait l’air triste, mais pas trop. Soulagé plutôt. J’étais vraiment désolé pour eux, car les quelques heures qu’ils passaient ici étaient vraiment un festival de bonheur. Et puis, très égoïstement, j’aurais aimé qu’ils continuent à venir. Cela stimulait mon imagination, et mon côté un peu lubrique et voyeur y trouvait son compte.

Je vois aussi parfois des jeunes venus faire la fête. A peine arrivés, ils jettent leurs bagages dans un coin et repartent. Tard dans la nuit, ils reviennent, se laissent tomber tout habillés sur le lit, et s’endorment immédiatement. Le lendemain, encore gris, ils restent longuement dans leur lit, à se raconter en riant leur soirée de fête. J’aurais bien aimé qu’ils m’emmènent une fois. Ils semblent si libres, si heureux. Mais comme les autres, ils ne font pas de cas de moi. Je ne peux pas leur en vouloir : je travaille, je ne suis pas leur ami. Je me souviens d’un groupe de hockeyeurs suisses. Ils sont arrivés un jeudi soir. Je n’ai jamais eu vent de leurs petites histoires, de leurs soirées, car je ne les ai revus que le dimanche matin, lorsqu’ils sont venus reprendre leur sac qu’ils n’avaient même pas défait. Ils n’avaient vraiment pas l’air en forme pour des sportifs. Ca m’a fait rire.

Franck et Denise sont mes préférés. Je les trouve tellement attendrissants. Tous les mois d’août, ils reviennent. Ils réservent d’année en année, toujours la même chambre. Denise a travaillé ici, elle aussi, dans sa jeunesse. On avait commencé à peu près en même temps. Et lorsque Paris a été libérée, elle est tombée sous le charme de Franck, qui était chauffeur de camion dans l’armée américaine. Après la guerre il a ouvert un garage dans le sud du Colorado, et il y a emmené Denise. Ils sont revenus avec leurs enfants, puis avec leurs petits enfants. Certains de ces petits enfants sont ensuite venus seuls, puis avec leurs propres enfants. J’ai un peu l’impression d’être de la famille. Je les attends chaque année avec impatience, pour avoir des nouvelles. Mais ce que j’entends le plus souvent, ce sont des souvenirs. Et je suis fier d’en faire partie.

Ce qu’ils n’ont jamais su, c’est que peu de temps avant que Franck n’arrive en ville et ne rencontre Denise, Wolfgang venait aussi dans cette chambre lorsqu’il était en permission. Au début, il écrivait beaucoup. Des lettres pour sa femme. Et un jour j’ai compris qu’elle était morte dans un bombardement à Berlin. Wolfgang était si triste, qu’il est resté dans la chambre pendant 6 jours d’affilée, tout seul, sans boire ni manger. Quand quelqu’un essayait de le faire sortir ou de lui apporter un repas, il se faisait violemment rabrouer. Et puis un jour, mon patron a retrouvé Wolfgang, couché sur le lit, les lettres de sa femme éparpillées partout autour de lui. Il s’était tué avec son arme.