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DURA LEX...

Toutes les lettres (et les chiffres aussi, allez, soyons pas radin) formant les mots qui constituent ce blog, ainsi que tout ce qui s’y trouve, y compris la super méga géniale bannière, sont protégés par la loi, des playmobils surarmés, et plein d’autres trucs plutôt cool. Alors on ne copie pas, on ne vole pas, on ne tire pas les cheveux des filles à la récré, sinon, je vais chercher des copains très baraqués, et on vient tous chez toi manger des pizzas aux anchois sur ton canapé, mettre tes boyaux en guirlande sur ton yucca, et casser ta télé. Alors fais super gaffe les gens. 

 

 

 

 

 

 

 

Avec le temps va

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Dimanche 7 janvier 2007

En ce début d’année d’élections fédérales, ici, et de présidentielles, ailleurs, il ne faut pas être Gary Kurtz pour deviner dans quelle langue on va nous parler jour après jour. En langue de bois. Mais vous êtes vous un jour demandé d’où venait ce langage forestier, dit aussi « xyloglottie » ? L’arpenteur, soucieux de votre culture, si : ça vient du grec « xylo », bois, et « glôtta », langue. Voilà. La culture c’est fait.

Mais en fait non. D’abord pour avoir une langue de bois, autour il faut avoir une tête de bois (au sens propre, pas au sens suisse allemand), et être poli (c’est plus joli le bois poli non, et la langue de bois, est une forme de politesse paraît-il).

Pour que la tête de bois ne fasse pas trop bizarre, il est essentiel d’avoir le reste du corps aussi en bois, comme par exemple les avant-bras, les seins (eh oui, il n’y a pas que le silicone dans la vie), les genoux, les pieds, les organes génitaux (d’où le bois bandé), et les cheveux (les fameux petits cheveux de bois).

Giancarlo, dit Pinocchio, fils de Gepetto, le menuisier, (et de Marina, dont on ne parle jamais, ce qui est vraiment dégueulasse, et qui était serveuse à la Trattoria « Da Gino », sur la Piazza Matterazzi, dans un petit village d’Italie septentrionale, et faisait les meilleurs « polpette » de la région) était le seul enfant en bois, qui n’ait jamais été découvert ailleurs que chez Toys’R’us.

On le surnommait Pinocchio, parce que chaque fois qu’il baratinait une fille dans l’idée de la séduire, son nez, d’une forme étrangement phallique, s’allongeait devant ses yeux. Chez la plupart des mâles humains, c’est la même chose (ils ne sont pas de bois), mais cela se passe dans une partie moins visible, de leur anatomie.

Par conséquent, à chaque fois que Pinocchio, disait des trucs du genre « vous savez que vous ressemblez à Alice, pas celle du téléphone, celle du pays des merveilles » à une fille du village qui en fait ressemblait autant à une grande blonde qu’un petit chat kromeugnon à une moissonneuse-batteuse, son nez s’allongeait.

« Tu vas pas lui faire avaler ça, Pinocchio » lui rétorquaient ses copains (enfin son copain Robin, le seul un peu boisé, qu’il avait). Alors le pauvre Pinocchio, devenu un jeune homme, essayait d’autres stratagèmes, tous plus gros les uns que les autres, en s’inventant un beau métier, une fortune colossale, ou encore des liens avec certains people (comme Maxime Leforestier, ou Robert Charlebois), sans oublier de montrer son portable, et sa gourmette. Et plus il en disait des grosses dans l’espoir de les faire avaler à la fille qu’il convoitait, plus son nez grandissait.

Comme il était le seul à être tout en bois, on appela bientôt cette technique de drague « la langue de bois ». On ne sut jamais si elle marchait.

En effet, Pinocchio est tragiquement décédé puceau, un soir de décembre, alors qu’il allait chercher sa pauvre mère à son travail, et que le pizzaiolo de « Da Gino » devait absolument faire une « 4 saisons » sans poivrons pour la 9, et se trouvait à court de bois. Comme Marina était en train de débarrasser la 12, Pinocchio s’est assis près du four pour se réchauffer en l’attendant, et le pizzaiolo, pressé de finir sa soirée pour aller regarder Rimini-Venise à la télé, l’a jeté d’un coup d’un seul, sans même s’en rendre compte, dans le four. Il est a noter que la mort de Pinocchio a permis de faire une « 4 saisons »,  deux « margherites », et un « calzone », ce qui est ma foi une belle mort, surtout en Italie.

L’expression « langue de bois » a survécu à son créateur, et est utilisée à chaque fois que quelqu’un essaie de vous en faire avaler une grosse avant de vous la mettre profond.

C'est exactement ce que tentait de faire Pinocchio avec ses conquêtes…

On sait depuis que cette technique de drague fonctionne très souvent, surtout dans les campagnes... électorales.

« Virgule » éducative, par Arpenteur, ébéniste depuis 1971 

(c)photo arpenteur2005

par Arpenteur publié dans : Pourquoi?
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Mardi 2 janvier 2007

Ma première et unique résolution pour 2007, ce fut, fin 2006 : essayer de ne pas répondre aux SMS de vœux. Dans toutes les soirées, et y compris dans celle dans laquelle vous étiez (si, souvenez-vous, vous n’aviez pas bu tant que ça), il y a ces délicieuses minutes d’après minuit qui se transforment en désert social, où chacun abandonne ses hôtes, pour tapoter pendant un temps indéterminé et indéterminable, sur son téléphone portable, et envoyer des messages sincères, mais d’une banalité affligeante, à tout son répertoire…

Et résister à ce flot d’ondes, de messages et autres alignements de 0 et de 1, qui semblent vitaux, mais dont on se passait tout à fait bien, et même avec des chances de survie non négligeables, il y a à peine 6-7 ans, ce n’est pas chose facile.

Alors pourquoi engraisser ainsi les entreprises de télécommunication, pour ensuite se plaindre de l’indécence de leurs bénéfices et des salaires de leurs dirigeants.

Mais ce refus de communication m’expose au risque d’excommunication par tous les amis qui ont eu la gentillesse de m’envoyer un petit mot que je sais sincère, succombant eux aussi à cette pression de la communication consumériste.

Je résiste. Mais c’est dur. Je me sens mal, coupable, asocial, et malpoli.

On nous a transformé en esclaves du temps. Plus le temps d’attendre de voir quelqu’un pour lui adresser ses vœux, plus le temps de savourer l’instant où l’on partage le saut dans la nouvelle année avec les amis qui sont dans la pièce et non pas ceux qui sont avec d’autres et ailleurs, plus le temps de prendre le temps d’apprécier ou de redouter le moment où tout le monde crie « bonne année », car à peine la première accolade donnée, c’est au clavier qu’on est collé.

Ensemble, mais chacun seul, communiquant avec ceux qui sont loin et occupés à autre chose (envoyer un des 92 millions de SMS ayant circulé en Suisse, par exemple), plutôt qu’avec ceux qui l’ont accueilli, ouvert leur porte, et qui ont voulu partager ce moment avec lui.

A tous ceux qui m’ont envoyé un message, je dis un merci que vous ne lirez jamais, car tous vous ignorez l’existence de l’arpenteur et de ses humeurs. Les autres, ceux qui étaient présents, ont entendu ma résolution, me regardant en coin tout en tapant leur SMS…

Et à tous ces amis, je souhaite le meilleur, comme à tous ceux qui passent ici, de façon encore plus anonyme, et impersonnelle qu’avec un SMS.

Il n’y a pas de doute, ma résolution n’aura pas duré plus de quelques heures. Comme toutes les résolutions.

Mais je n’ai au moins pas touché mon téléphone…

« Humeur » muette, par Arpenteur, coupablement résolu depuis 1971

(c)photo arpenteur2006 

par Arpenteur publié dans : Humeur
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Jeudi 28 décembre 2006

- Bonjour. Il semble que le destin nous ait lié pour ce vol, dit le vieil homme en tendant son billet. Siège 24A, mais je vous laisse le hublot.

En général, Charles n’aimait pas trop qu’un inconnu lui parle. Ça le mettait mal à l’aise, surtout lorsqu’il allait être coincé pour plus de huit heures dans la carlingue d’un avion pour New York. Il préférait éviter de tomber sur un bavard. Mais aujourd’hui, il était de bonne humeur. Il venait de terminer ses examens, et partait rendre visite à son meilleur ami, installé depuis deux ans dans la Grosse Pomme.

- Merci, dit-il, et puisque c’est ainsi, allons ensemble en Amérique.

- Moi, c’est Scott.

- Charles, répondit le jeune homme, en serrant la main qu’on lui tendait.

Scott avait un regard profond qui lui donnait un air sage et enfantin à la fois. C’est ce qui marqua le plus Charles, plus encore que ce sourire engageant et cette voix franche, assurée et ferme, qui détonait un peu avec l’air jovial et bonhomme de ce visage ridé.

- Pourquoi vas-tu à New York ? demanda Scott.

- Je vais y retrouver un ami.

- Moi aussi. Un vieux camarade. Les années paires je vais le trouver, et l’année suivante c’est lui qui vient. Et sinon, tu fais quoi quand tu n’es pas dans l’avion ?

- Je viens de terminer mes études d’histoire, répondit le jeune homme au regard clair, presque éclatant.

- Ah, l’histoire. Un bien grand mot qui recouvre d’un voile savant des millions de petites vies…

- Oui, c’est justement pour ça que j’aime ça. Pour ces millions de petites vies.

- Bien bien bien, dit Scott en prenant le magazine de bord, le regard perdu dans le vague.

Ils restèrent ensuite tous les deux silencieux, jusqu’à ce que le repas leur soit servi. Quand les hôtesses débarrassèrent les plateaux, le vieil homme jouait encore avec la pomme du dessert, à laquelle il n’avait pas goûté. Il proposa :

- Je te paie un verre, petit ?

Et il commanda d'autorité deux petites bouteilles de whisky.

- Merci.

Ils attendirent d’être servis, sans un mot, puis firent tinter autant que faire se peut leurs verres en plastic.

Et si j’osais, se disait Charles, tandis que le malt lui brûlait la gorge.

- Je peux vous poser une question, Scott ? mais vous n’êtes pas forcé de répondre.

- Dis toujours.

- Euh, comme je vous l’ai dit, l’histoire me passionne par ce qui s’y cache, par ceux qui la font et la vivent, pas par ce qu’elle est. Alors je voulais vous demander si vous aviez fait la guerre.

La question resta suspendue dans le léger brouhaha de l’avion qui se prépare pour un vol de nuit. Scott saisit le coussin et la couverture que l’hôtesse lui tendait, et répondit simplement « oui ».

Charles ne dit rien, ne sachant trop que faire.

- Tu veux sans doute en savoir un peu plus, reprit le vieil homme.

- Oui, je l’avoue, mais si cela vous…

- Non, aucun problème. Les jeunes qui s’intéressent au pourquoi du comment de leur vie ne sont pas légion, et je crois qu’ils méritent un peu de temps. Alors je veux bien te raconter une histoire, mon histoire. Juste ma guerre. Ma grande toute petite guerre.

- C’est comme vous voulez. Je prends ce que vous donnez, rien de moins, rien de plus.

- Alors voilà. Ma guerre à moi, elle vraiment commencé début juin 44, même si cela faisait déjà un bout de temps que j’avais été enrôlé. J’avais 20 ans.

Scott but une rasade de whisky, et les lumières principales de la cabine s’éteignirent. Ils n’étaient plus éclairés que par la lumière individuelle des passagers devant eux, qui diffusait un faible halo jaunâtre sur leurs visages.

- On embarquait sur les bateaux de partout dans le sud de l’Angleterre.

Le regard du vieil homme devint brumeux, et Charles eut alors l’impression qu’il était « parti ».

Scott reprit, presque à voix basse.

« J’étais content. Je faisais partie de la deuxième vague d’assaut sur Sword Beach. Content de ne pas être de la première vague, même si cela nous a valu les sarcasmes des copains pendant les derniers jours avant le débarquement. Mais on savait que tous nous enviaient, sans oser l’avouer, car il fallait bien être courageux. Mais on avait peur. Tout le monde avait peur. Une peur lourde et profonde qui te pèse sur l’estomac, qui te ronge le ventre, le cœur et l’âme, à tel point que tu cherches n’importe quel prétexte pour essayer de ne plus y penser : tu vérifies ton matériel dix fois, tu joues aux cartes même si tu détestes ça, tu comptes les rivets sur les coursives du navire. Dans la cale où nous étions entassés, il y en avait 3'827. Tout et n’importe quoi, pourvu que cette peur te lâche. Mais elle reste. Toujours. Jusqu’au moment où elle part avec le premier coup de feu. »

Il avala un rasade de whisky dans un soupir.

« Et si tout va bien, la trouille se transforme alors en énergie, en instinct. Je ne dirais pas en courage. C’est juste de la survie, de l’instinct, vraiment rien d’autre. Faire ce que tu as à faire et ne surtout pas t’écrouler sur la plage, fauché par la pluie de métal comme Garry et Doug, qui se sont mélangés à ce sable rougi, tués tous les deux par la même grenade, juste à ma gauche. Et puis je ne sais plus trop, si ce n’est que la tempête de feu s’est calmée, sans que je ne sache combien de temps elle avait duré. J’étais sonné, hagard, nauséeux, fatigué. Je me suis endormi en serrant dans ma main la photo de Jane tâchée d’eau de mer et de sueur.

En me réveillant, j’étais persuadé que j’avais dormi plusieurs jours dans cette grange à demi détruite à 500m à peine de la plage, mais quand le capitaine nous ordonna de nous mettre en route, je constatai que je n’avais dormi que 25 minutes. Et la campagne de Normandie a continué jusqu’à ce terrible lundi. »

Charles jetait de temps à autre un coup d’œil au vieil homme, tout en craignant de croiser son regard. lequel restait à la fois vague, et très précis. Comme s’il fixait une image accrochée sur les murs de sa mémoire.

« Je me souviens que c’était un lundi, parce que la veille, l’office du dimanche avait été annulé : l’aumônier Jenkins avait marché sur une mine et rejoint son patron comme on disait. Ce lundi après-midi, on marchait vers un village où l’on devait recevoir du ravitaillement pour les trois jours suivants. Le front se trouvait à environ trente kilomètres en avant de nous, et semblait plutôt calme. Le soleil peignait d’un vert étincelant le bocage normand. Tout le monde était de bonne humeur, détendus. On était en terrain conquis, et on parlait de permission, du pays, et de bières, lorsque tout à coup, les neufs premiers hommes de la colonne se sont écroulés sur la route. »

Tout en faisant toujours rouler la pomme entre ses doigts, il leva son autre main qui commençait à trembler et fit signe à l’hôtesse : deux autres.

«On s’est tous jetés à terre. Personne n’avait vu d’où étaient venus les tirs. Au milieu du chemin, William appelait à l’aide en pleurant. Sinon, le silence était total. David a essayé de s’en approcher en rampant. Un coup de feu a claqué, et notre infirmier a cessé d’avancer. Pour toujours. Les pleurs de William se sont faits de plus en plus faibles. Le visage planté dans l’herbe grasse du fossé, je me bouchais les oreilles de toutes mes forces pour ne plus entendre ses plaintes. Puis le silence est revenu.

Nous ne pouvions rester dans ce fossé éternellement, il nous fallait bouger, sortir de là, et trouver cette mitrailleuse. Elle était forcément dans cette petite ferme, sur la gauche du chemin. Nous avons laissé deux gars au bord de la route pour faire diversion, et avec les autres, j’ai rampé dans le fossé jusqu’à contourner la bâtisse. Nous sommes entrés dans la grange. Le combat fut bref mais intense. Peter a été tué, et Sam légèrement blessé. Les deux autres, ivres de rage, de peur, de haine et de sang, se sont encore acharnés longuement sur les corps des trois hommes qui gisaient près de la mitrailleuse, à coups de crosse et de baïonnette. Ecoeuré, je suis sorti dans la cour, et j’ai fait signe à ceux qui étaient restés dans le fossé pour qu’ils nous rejoignent.

C’est alors que j’ai entendu une sorte de gémissement, un geignement plutôt, qui semblait sortir du sol. »

Charles crut voir un sourire, lorsque Scott porta un toast dans le vide, avant de boire un peu de whisky.

« Quelques marches s’y enfonçaient, et menaient à une porte, sans doute une cave. Je pensais y trouver le propriétaire de la ferme, mais je ne vis qu’un gros tas de pommes presque toutes pourries, et quelques bouteilles de vin. J’avançais lentement dans cette odeur épaisse et douceâtre. J’ai contourné le tas de fruits, en me dirigeant prudemment vers l’endroit d’où provenaient les plaintes.

Et je le vis. Recroquevillé dans un coin, tête nue, ébouriffé, sale, avec des yeux dont la clarté transperçait la crasse qui recouvrait ses petites lunettes, accroché de toutes ses forces à une sacoche d’infirmier et à un fusil. Il tremblait de partout et murmurait inlassablement, le regard perdu dans le vide : « Please, Hitler Kaputt, please, Hitler kaputt ». Il était totalement tétanisé.

Je me suis approché tout doucement de lui, pour lui prendre son arme. Il me laissa faire sans même sembler me remarquer, et répétait encore et encore sa litanie. J’essayais de me montrer calme pour qu’il s’apaise, mais j’ai dû crier pour qu’il reprenne ses esprits et se lève enfin. Il a continué à marmonner jusqu’à ce que nous arrivions dehors, au moment même où les autres sortaient de la grange, couverts de sang, et portant Sam, blessé à la cuisse. Dès qu’ils m’aperçurent, ils déposèrent Sam sur le sol de la cour et coururent vers moi : « Tu en as eu un ! tu en as eu un ! » hurlaient-ils en pointant leurs baïonnettes. »

Le poing de Scott serrait la petite pomme rouge à s’en faire blanchir les jointures.

« Je compris juste à temps ce qu’ils voulaient. Harry était fou de rage. Son visage couvert de tâches de rousseur, devint aussi rouge que ses cheveux. On aurait dit qu’il était en feu. Je l’ai bousculé avec colère. Surpris, il est tombé sur le dos. Tous se sont rués sur moi et Tom m’a aidé à me dégager, en hurlant, et en donnant des coups de crosse à la ronde. L’Allemand, assis par terre, continuait en pleurant : « Please, Hitler kaputt ».

« Laisse-le nous !». Mes camarades semblaient avoir perdu la raison. Jamais je n’ai eu si peur de toute la guerre, de toute ma vie. Des hommes de mon propre camp, des amis, étaient prêt à tuer froidement, voire à me tuer, par soif de vengeance.

Profitant d’un bref instant de répit, Tom et moi avons emmené rapidement l’Allemand dans une remise, et tenté de calmer nos amis. C’était un prisonnier de guerre, on ne pouvait pas faire ça, etc. etc. Harry hurla contre moi, m’insulta, me bouscula, puis se retourna emmenant les deux autres, dont Sam, vers la cave. Je restais seul avec Tom, qui avait réussi à calmer notre prisonnier.

Du cellier, nous parvenaient les cris des autres, le bruit des bouteilles que l’on casse, que l’on boit. Tom et moi avons décidé de monter la garde contre nos propres camarades, jusqu’à ce que de l’aide arrive. Tom était un grand gaillard, large et rigolard, les cheveux et les yeux noirs comme la nuit. On l’appelait le rital, même s’il était d’une banlieue de Cardiff. Sa simplicité et sa gentillesse contrastaient avec la robustesse de géant qui se dégageait de lui. J’étais soulagé qu’il soit avec moi. Je lui ai proposé de se reposer, et il s’est endormi rapidement. A la guerre, on est toujours épuisé.

Je me suis assis sur un tonneau, dans l’entrée de la remise, le fusil chargé, aux aguets. L’Allemand pleurait en silence, de lourdes larmes de peur traçant des sillons clairs sur ses joues sales. J’ai ouvert sa sacoche d’infirmier et je lui ai tendu un pansement en guise de mouchoir. « Scott » ai-je dit en pointant un doigt sur ma poitrine. Il prit le morceau de tissu, mais ne l’utilisa pas. Il me fixait, le souffle court. Je lui souris. Il se toucha doucement le torse de la main en disant « Gottfried », puis s’essuya le visage.

Peu à peu, ses yeux ne reflétaient plus de panique, mais simplement de la peur. J’ai partagé un peu d’eau et de pain avec lui, essayant de lui parler avec les quelques mots d’allemand que je savais, et le peu d’anglais qu’il comprenait. »

L’anglais tourna la tête, et l’air surpris, il plongea ses yeux dans ceux de Charles. Le jeune homme, gêné, se cacha derrière une gorgée de malt. Scott continua.

« De la cave s’échappaient toujours les voix fortes et coléreuses de trois soldats perdus, dépassés par la guerre, par la vie, par la mort. Gottfried mit la main à sa poche. Je saisis mon fusil, mais il me fit un signe d’apaisement et me tendit un reste de tablette de chocolat. Ce soir-là dans cette ferme, nous étions juste des enfants, égarés, emportés dans un tourbillon de violence inouïe, dans lequel chacun surnageait à sa façon. Mais nous étions tous pareils. Harry, Sam et John dans leur cave, Tom endormi à même le sol, Gottfried et son chocolat, et moi et ma peur. Nos peurs. A tous.

Tout à coup, la porte de la cave s’ouvrit en grinçant. John en sortit, et commença à monter les marches, une bouteille dans sa main gauche, son fusil dans l’autre.

« Je vais me le faire » hurlait-il, « je vais lui faire bouffer ses tripes à ce salaud-là, pour William, Dav.. » et il a plongé au sol sans finir sa phrase. Je venais de tirer en l’air. Un deuxième coup contre la façade de la ferme, et il retourna dans sa cave en me traitant de « Pauvre type ».

Tom s’était dressé à côté de moi, et Gottfried était recroquevillé dans un coin, tremblant de tous ses membres. Personne ne dormit cette nuit-là, sauf les trois ivrognes au fond de leur cave. J’appris que Gottfried avait 21 ans, un an de plus que moi. Il n’avait été cantonné qu’au Danemark et en France, et n’avait jamais vraiment participé à des combats avant le débarquement. Comme moi. Quand notre petite colonne est passée devant la ferme, il avait voulu se rendre. Pas les autres. Il voulait faire des études de médecine. Son frère était quelque part sur le front de l’est, sa mère et une de ses sœurs avaient été tuées dans un bombardement américain. Son autre sœur était partie à la campagne avec son petit frère. Je voulais devenir professeur, et mes parents avaient vécu dans les caves pendant le « blitz », sans mal, heureusement. Je lui ai montré la photo de Jane. Il a sorti une photo de toute sa famille en habits du dimanche. Nous étions pareils, des petites histoires emportées par celle que l’on dit grande en lui mettant un H majuscule. »

Les pensées de Scott semblèrent plonger à l’intérieur de la pomme qu’il fixait d’un air absent, et Charles dut tendre l’oreille pour entendre la suite.

« Au petit matin, une troupe de soutien arriva. Je leur remis Gottfried qui me serra dans ses bras comme personne ne l’avait jamais fait, et comme personne ne le ferait jamais plus. Il pleurait quand on l’emmena, mais je savais qu’il était sauvé. La guerre était finie pour lui. J’espérais qu’elle le serait aussi pour moi bientôt, alors que j’allais réveiller les occupants de la cave. La troupe de soutien nous emmena, et nous emportâmes les corps de nos camarades. Personne ne parla plus de ce jour-là. Je parvins à me faire muter dans une unité loin du front, et je perdis de vue Harry, Sam et John, sans regrets. Je n’ai plus eu à tirer, ni à tuer.

Et un jour, la guerre s’est arrêtée. Le pire souvenir qu’il m’en reste, c’est ce combat contre mes propres camarades, mais ça, c’est pas dans les livres d’histoire. C’est juste mon histoire. Et c’est à la fois mon pire et mon meilleur souvenir.

Depuis cette nuit-là, Tom et moi on est restés amis, et on essaie de se voir une fois par an. On se demande toujours ce qu’est devenu Gottfried, notre allemand. Finalement, il n’y a pas d’ennemis, juste des gens qu’on ne connaît pas… »

Un interminable silence s’installa. Charles n’osait plus rien dire, il se sentait terriblement gêné, sans trop savoir pourquoi. Scott quant à lui ne revenait pas, perdu dans ses pensées.

- Tu n’as jamais parlé de ça avec tes grands-parents ? demanda-t-il d’une voix douce, sans même tourner la tête.

Surpris, Charles déglutit, ravala son émotion, et répondit :

- Jamais ils n’en ont parlé. Je ne sais même pas si c’est par peur de raviver des souvenirs et d’avoir mal, ou si c’est par honte, ou autre chose. J’aimerais savoir. La seule chose que mon grand-père m’ait dite un jour, quand je lui avais annoncé ma décision d’étudier l’histoire, c’est que lui l’avait déjà faite. C’est tout ce que je sais. Je crois qu’il voulait oublier tout ça, et je n’ai pas eu le cœur d'insister, je ne voulais pas le faire souffrir. Ma grand-mère est morte quand j’étais tout petit, et je ne pense pas que j’aurais appris beaucoup de son côté. Ils parlaient peu à ce qu’on m’a dit.

Après un silence qui parut une nouvelle fois interminable au jeune homme, Scott reprit, les yeux plongés dans ceux de Charles.

- Ouais, je ne sais pas que te dire petit. Chacun fait sa guerre tout seul finalement. Ensemble, et les uns contre les autres, tous dans la même merde, mais chacun tout seul en fait. Et après, on reste seul, chacun avec ses cauchemars. Chacun avec sa propre façon d’essayer de les enterrer. Mais de toute façon, ils ressortent toujours. Et quand la nuit, je revois Gottfried tremblant derrière son tas de pommes, immédiatement l’odeur épaisse de cette cave me revient, et je me dis : qu’es-tu devenu Gottfried Stückelmeier ? Parfois, quand je vois des touristes de mon âge à Londres, je me dis qu’il est peut-être là.

Scott s’interrompit. Charles était devenu blême.

- Que se passe-t-il petit ?

Charles plongea ses yeux clairs et embuées dans ceux de celui qui lui avait permis la vie, et dit d’une voix tremblante :

- J’ai su que mon père s’appelait Pierre, en français, parce que quelqu’un avait aidé mon grand-père en Normandie, mais qu’il ne savait plus son nom. Il disait être né un jour en France. Pierre, car sans cette personne, mon père ne serait pas né, et moi non plus. D’où mon prénom français aussi… Gottfried Stückelmeier, né en 1923, 2 frères et 2 sœurs avant la guerre, médecin, c’était mon grand-père… Il est mort il y a 6 mois.

Une larme glissa doucement sur la joue ridée de Scott pour venir mourir au coin de sa bouche, et y faire naître un sourire d’une indicible tendresse.

Puis il croqua dans la petite pomme, pour la première fois depuis 1944...

« Nouvelle mauvaise » familiale, par Arpenteur, hôtesse de l’air depuis 1971

(c)photo arpenteur2006

par Arpenteur publié dans : Nouvelles mauvaises
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Vendredi 22 décembre 2006

En ces jours où le mystère de Noël va bientôt être révélé, il en est un de mystère, auquel nous avons tous, enfin presque tous, cessé un jour de croire, passé l’âge d’avoir des dents neuves. Mais nous ne savons pas pourquoi nous n’y croyons pas ou plus. Je vais vous aider à y voir clair, en reprenant une démonstration reçue par mail au XXème siècle, c’est dire si c’est vieux, et que j’ai un peu remaniée (mais les calculs scientifiques ne sont pas de moi, et je n’y prends aucune responsabilité). Que les âmes sensibles et ceux qui y croient encore, au vieux Monsieur barbu habillé de rouge par Coca-Cola, s’abstiennent de lire la suite… Désolé de briser ainsi les restes d’un mythe. Les restes, c’est le cas de le dire…

Question : le Père Noël existe-t-il ?

Partons de l’idée que le Père Noël ne s’occupe que des enfants. Or, il y a approximativement 2 milliards d'enfants (moins de 18 ans) sur Terre.

Cependant, comme le Père Noël ne visite a priori pas les enfants Musulmans, Hindous, Juifs ou Bouddhistes (sauf peut-être au Japon), ceci réduit la charge de travail pour la nuit de Noël à 15% du total, soit 378 millions.

En comptant une moyenne de 3,5 enfants par foyer (ce qui est beaucoup, en particulier dans les foyers occidentaux, où se trouve une grande partie des chrétiens), cela revient à 108 millions de maisons, en présumant que chacune comprend au moins un enfant sage (ce qui est moins sûr, mais soit).

Grâce aux différents fuseaux horaires et à la rotation de la Terre, dans l'hypothèse qu'il voyage d'Est en Ouest, ce qui parait d'ailleurs logique, le Père Noël dispose d'environ 31 heures de labeur dans la nuit de Noël. Compte tenu des 108 millions de foyer à visiter en 31 heures, cela revient à 967.7 maisons par seconde.

Cela signifie que, pour chaque foyer Chrétien contenant au moins un enfant sage, le Père Noël, qui est quand même une personne plutôt âgée, dispose d'environ un millième de seconde pour parquer le traîneau, sauter en dehors, monter sur le toit, dégringoler dans la cheminée, remplir les chaussettes, distribuer le reste des présents au pied du sapin, déguster les quelques friandises laissées à son intention, regrimper dans la cheminée (et après les friandises c’est de moins en moins facile), sauter du toit, sortir du trou creusé dans la neige, enfourcher le traîneau, et passer à la maison suivante.

En supposant que chacun de ces 108 millions d'arrêts sont répartis uniformément à la surface de la Terre (hypothèse que nous savons fausse, bien sûr, mais que nous accepterons en première approximation), nous devrons compter sur environ 1,4 kilomètres par trajet. Ceci signifie un voyage total de plus de 150 millions de kilomètres, sans compter les détours pour ravitailler, écrire une carte postale à sa femme, ou faire pipi.

Le traîneau du Père Noël se déplace donc à 1’170 kilomètres par seconde (3’000 fois la vitesse du son). A titre de comparaison, le véhicule le plus rapide fabriqué par l'homme, la sonde spatiale Ulysse, se traîne à 49 kilomètres par seconde, et un renne moyen peut courir au mieux de sa forme à 27 kilomètres à l'heure.

La charge utile du traîneau constitue également un élément intéressant. En supposant que chaque enfant ne reçoit rien de plus qu'une boite de Lego moyenne (1 kilo), le traîneau supporte plus de 500’000 tonnes, sans compter le poids du Père Noël lui-même. Sur Terre, un renne conventionnel ne peut tirer plus de 150 kilos (soit tout juste 1 Père Noël). Même en supposant que le fameux "renne volant" serait dix fois plus performant, le boulot du Père Noël ne pourrait jamais s'accomplir avec 8 ou 9 bestiaux. Pour tirer le traîneau, il lui faut 360 000 rennes, ce qui alourdit la charge utile déplacée, abstraction faite du poids du traîneau, de 54’000 tonnes supplémentaires, nous conduisant à bonnement 7 fois le poids du Prince Albert (le bateau, hein, pas le monarque). Et à un attelage de 540km (Genève-Paris) de long, sans compter le traîneau (à raison de 2 rennes côte à côte, et 3 m de long par renne).

Nous avons donc environ 600’000 tonnes voyageant à 1’170 kilomètres par seconde qui créent évidemment une énorme résistance à l'air. Celle-ci fait chauffer l’attelage, au même titre que chauffe un engin spatial rentrant dans l'atmosphère terrestre, c’est-à-dire, tout rouge. Les deux rennes en tête de convoi absorbent alors chacun une énergie calorifique de 14.3 milliards de joules par seconde. En bref, ils flambent quasi instantanément, exposant dangereusement les deux rennes suivants. La meute entière de 360'000 rennes et 540km de long est complètement vaporisée en 4,26 millièmes de secondes, soit juste le temps pour le Père Noël d'atteindre la cinquième maison de sa tournée. Pas de quoi s'en faire de toute façon, puisque le Père Noël, en passant de manière fulgurante de 0 à 1’170 km/s en un millième de seconde, subit des accélérations allant jusqu'à 17’500 G.

Un Père Noël de 125 kilos (ce qui semble ridiculement mince) se retrouverait plaqué au fond du traîneau par une force de 2'187’500 kilos, qui écrabouillerait instantanément son ventre, ses os, ses organes, sa barbe et son bonnet rouge, et le réduisant à un petit tas de chair rose et tremblotante…

C'est pourquoi, si le Père Noël a existé, maintenant… il est mort.

« Virgule » funéraire, par Arpenteur, physicien depuis 1971

(c)photo arpenteur2006

par Arpenteur publié dans : Virgules
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Jeudi 21 décembre 2006

J’ai mandaté divers consultants réputés, tous payés à coup d’Aston Martin flambant neuves et de sacs Migros remplis des billets neufs, lesquels ont constaté que la proportion des « Marque-pages » dans ce blog laissait à désirer par rapport aux autres catégories. Malgré mes lacunes en mathématiques, et suite à une contre-expertise, je fus obligé de l’admettre. Et un simple coup d’œil de votre part sur la droite (si, vous pouvez tourner la tête essayez, vous ne quitterez pas l’écran des yeux, rassurez-vous ), vous permettra de voir qu’encore une fois j’ai raison, et de vous ébahir d’une admiration légitime envers mon humble personne.

Ces faits incontestables vous amènent certainement à une question : l’arpenteur, depuis qu’il joue à écrire, ne lirait-il plus ? Question à laquelle je répondrai avec talent et à-propos : « que nenni. L’arpenteur ne joue pas à écrire, il tapote sur son clavier, ce qui toutefois ne l’empêche pas de toujours prendre grand plaisir à lire ». Et toc.

Par conséquent, pour rattraper cet incommensurable retard, et rester fidèle essayer de récupérer le coup avec une des raisons d’être de ce blog qui n’avait pas prévu de vivre si longtemps, ce pourquoi il vous remercie d’ailleurs, voici quelques propositions de lecture pour cette période, où le travail pour certains se fait plus rare, où les panses se tendent et les pensées se détendent, sous une couverture (de livre ?), en regardant la neige tomber (enfin si vous habitez au nord du cercle polaire uniquement). Donc au hasard, quelques suggestions parmi tant d’autres, une cinquantaine en 2006, sans aucun ordre de préférence :

Pour ceux qui aiment la glace, « L’odyssée de l’Endurance », de Sir Ernest Shackleton (Edition Phébus libretto) : carnet d’un voyage extraordinairement involontaire de l’équipage de l’Endurance, bloqué dans l’Antarctique, de 1915 à 1917, si, si… Tout simplement passionnant.

Pour ceux qui aiment la démocratie, « Globalia », de Jean-Christophe Ruffin, Edition Folio no 4230 : la recherche de la liberté dans une démocratie universelle et poussée à l’extrême, où pour plaire au plus grand nombre tout est total et idéal, de la liberté d’expression à la température extérieure, de la durée de vie au « minimum de prospérité ». Roman d’aventure et d’amour qui pousse le culte de la démocratie dans ses extrêmes retranchements, au point qu’elle n’en a plus que le nom.

Pour ceux qui aiment le vent, « Les cerfs-volants de Kaboul » de Khaled Hosseini, Edition 10/18 no 3939 : tendre histoire d’amitié entre deux enfants dans le Kaboul des années 70, qui finiront par traverser toute l’histoire mouvementée de ce pays. Amitié, lâcheté, culpabilité, rédemption. Une histoire prenante et touchante, premier roman d’un réfugié afghan aux USA, sorti de l’anonymat par le bouche à oreille. « Pour toi, un millier de fois… ».

Pour ceux qui aiment les histoires dans l’Histoire, « L’incendie de Berlin » d’Helga Schneider, Edition Pocket no12440 : Berlin,printemps 1945. Helga, fille d’une gardienne de camp, et d’un soldat au front, est élevée par sa belle-mère. Sa vie dans les caves, entre la faim, la soif, la terreur, et les mesquineries de voisinage, jusqu’à sa rencontre avec Hitler, quelques jours, avant que l’Armée rouge… ne la trouve… « Une œuvre de mémoire qui chavire le cœur et pétrifie l’âme ».

« Marque-page » en vrac, par Arpenteur, en retard depuis 1971

par Arpenteur publié dans : Marque-page
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Lundi 18 décembre 2006

L’arpenteuse est partie quelques jours, pour travailler faire la petite sirène participer à un cocktail où on mange avec les doigts et on se dit bonjour d’un air gêné dans une langue qu’on connaît pas après s’être essuyé discrètement à sa robe, au siège principal de sa boîte, à Copenhague. Ce qui fait que par conséquent donc, l’arpenteur il est resté tout seul.

Au début, mais alors tout au début, genre avant que l’arpenteuse elle parte, il est content : il va pouvoir vivre comme un garçon qui vit tout seul. Vous voyez ce que je veux dire, ça vous est tous arrivé (si, je vois même poindre une petite larme de nostalgie au coin de l’œil de certains).

Mais comme ce blog n’est pas sexiste, et qu’il arrive que des filles y posent un regard langoureux, je me dois de donner quelques explications même si elles savent certainement toutes ce que « mâle qui vit seul » veut dire, puisqu’un jour où l’autre, Mesdemoiselles et Mesdames, avouez que vous vous êtes laissée charmer lors d’une soirée, et emmener dans son antre solitaire par un jeune homme que vous croyiez charmant, mais qui en fait, non.

Il vivait avec des crânes d’animaux morts exposés sur sa bibliothèque*, collectionnait les moisissures pour les dessiner et les classer dans un joli classeur bleu*, conservait les restes de ses repas dans la même casserole depuis 9 semaines et demi (la date de sortie du film, pas la durée), rechargeant chaque jour quelque peu le contenu, pour varier les menus*, et se réjouissant que de temps en temps, les pigeons quittent la gouttière pour venir prendre le petit déjeuner avec lui, directement sur la table de sa cuisine*. Et enfin, reconnaissez qu’il vous était impossible de deviner de quelle couleur était le drap à l’origine*. Et là, n’étant pas vaccinée vous êtes repartie, et êtes devenue homosexuelle.

Mais un garçon tout seul, c’est pas toujours comme ça. Peut-être un tout petit peu.

Donc l’arpenteur était tout content, et faisait des projets en fanfaronnant devant ses congénères mâles au regard envieux.

Pendant quelques jours, il ne ferait plus le lit. Il pourrait perdre une chaussette n’importe où dans la maison sans que le souvenir de cet oubli ne lui provoque des sueurs froides. Il pourrait abandonner des restes de repas commandés sur n’importe quel meuble, et manger dans n’importe quelle pièce à même l’emballage. Sa veste n’aurait plus l’occasion de connaître un cintre, et serait jetée sur le sol de l’entrée, pour recouvrir plusieurs paires de chaussures abandonnées là au hasard. La vaisselle s’entasserait dans l’évier, le linge sale sur le sol de la salle de bain, et les yaourts vides sur la bibliothèque…

Il lirait, écrirait, et oublierait qu’il y a une télé dans la maison.

Puis, juste avant son retour, il rangerait tout, pour lui faire plaisir, et lui faire croire qu’il savait se tenir, quand même.

Alors l’arpenteur il a essayé. Si, si. Mais il a cuisiné lui-même, et rien commandé ni décongelé. Il a mangé dans une assiette, et il l’a lavée tout de suite, pour pas que ça sèche et que cela soit difficile à nettoyer avant qu’elle ne rentre. Il a mis son yaourt à la poubelle directement, juste avant de laver la cuiller. Le soir, il a rangé son linge sale à la buanderie, et il a été tout triste dans son grand lit vide. Avant de partir bosser, il a rangé sa veste et ses chaussures de la veille, et a sorti la poubelle…

L’arpenteur serait-il une fille…?

Alors une fille qui n’a pas fait son lit !!

« Virgule » solitaire, par Arpenteur, nettoyeur depuis 1971

(c)photo arpenteur2006

* tous ces faits sont rigoureusement exacts et ont été constaté de visu, dans un contexte tout autre qu’une sortie de boîte avec un charmant jeune homme, je le précise…

par Arpenteur publié dans : Virgules
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Vendredi 15 décembre 2006

Ayant suivi une formation de police scientifique avec les Experts de Biolley Magnou, N.C.I.S (Nous Cherchons des Indices Sérieusement), l’arrière-arrière petit-fils de Derrick, l’Inspecteur Gadget, et la Police Municipale de chez moi, une enquête de voisinage pointue comme les textes d’Hélène Ségara m’a permis de découvrir ce qui se tramait.

Déjà, quand je me suis rendu, forcé, contraint et quasiment sous la menace, dans le centre culturel commercial le plus en vue de la région (si, si, quand elle reçoit des gens de l’étranger, ma belle-mère, c’est ça qu’elle leur fait visiter…), je me suis dit : c’est louche. Et j’avais raison, surtout que j’étais au rayon articles de cuisine. Mais quand j’ai creusé plus avant (avec une louche c’est facile de creuser en plus), je me suis retrouvé près de la parfumerie, devant laquelle s’étalaient toutes sortes de petits cartons préparés avec un joli noeud dans un coin, préemballés, mais pas trop pour qu’on voie encore ce qu’il y a dedans, avec un parfum, un gel douche, et un truc qui sent bon pour poser sur le lavabo. Petits paquets prémâchés qu’on ne voit jamais normalement. Chaque marque en avait fait un, c’est un joli mélange, je crois qu’on appelle ça un pot-pourri, non ?

Plus loin, j’ai découvert une forteresse faite de livres empilés. Des gros livres avec beaucoup de photos, qui doivent être caché dans une cave le reste de l’année. Par exemple : « Petit chats kro meugnons », ou « Trains avec des rails en fer dessous partout dans le monde », ou alors « Cordonnerie à l’ancienne, images et atmosphère » (manque que les odeurs), ou « Nains de jardin et fontaines de salon ». Tout près de là, sur une autre table surmontée d’un gros nœud rouge, une montagne DVD : le single best-of des 4 premiers éliminés de la Starac 2, compilations des meilleurs clips d’Yvette Horner, la saison 1 de Desperate friends lost in the city break, et le double CD du dernier concert du Chœur mixte de Martolet-sous-Val.

Près de la caisse, une série de cartons allongés, joliment empilés, avec dessus une photo de forêt qu’on dirait prise dans la vraie nature sur laquelle trône fièrement la pancarte : « Sapin facile à monter, difficilement (!) inflammable, 9.95 ». A voir la foule, chacun devait rester bloqué suffisamment longtemps à la caisse pour apprendre un dictionnaire Afrikaans-Khirghize en entier, et repartir avec son sapin pliable…

Là, je me suis dis : mon petit papa père, tu es sur la bonne piste.

Tout fier de ces premières constatations, je suis ressorti.

La nuit était tombée. La fontaine du centre ville avait disparu, sous une cascade de lumières bleutées. Arrivé dans mon quartier, après avoir contourné la maison du directeur du centre commercial dont il était question plus haut, qui devait se frotter les mains avec une allégresse sonnante et trébuchante, j’ai vu que la maison de l’autre voisin, un peu plus bas, avait également disparu. Quasiment entièrement recouverte de milliers de petites ampoules disposées de façon tout à fait aléatoire, elle diffuse un tel halo de lumière que je n’ai presque plus besoin d’allumer dans mon salon. Mon préféré d’ailleurs, c’est ce petit bonhomme rouge et blanc translucide, éclairé de l’intérieur, qui essaie de tirer son gros cul en haut sur le balcon, mais qui semble coincé par les bacs de géraniums. Dire que j’ai rendu mon fusil militaire… Quel con…

Quand le lendemain matin, j’ai vu mon autre voisin installer consciencieusement un renne et son traîneau en petites loupiotes jaunes, qui allaient se joindre à toutes les autres pour faire tripler la consommation électrique de la région et contribuer avec talent au réchauffement de la planète, là je me suis dit que j’étais vraiment sur la bonne piste.

C’est bientôt Noël, non ?

« Humeur » hivernale, par Arpenteur, caisse-enregistreuse depuis 1971

(c)photo arpenteur2004

par Arpenteur publié dans : Humeur