GPS Germaine, Paulette, ou Simone?

Publié le par Arpenteur

Pour aller en vacances, souvent, on se déplace. Comme si on ne pouvait pas être en vacances ici, mais toujours là-bas. Ce qui est con, considérant le nombre de gens avec des shorts, des valises et des skis, qui viennent ici en vacances, justement.

On peut se déplacer de toutes sortes de façons. Il y a par exemple la marche en tongs mais ça salit les pieds et ce n’est pas pratique en hiver. Il y a le vélo mais il ne faut pas avoir peur des piqûres. La voiture mais il faut un vire-bouchon. Le train train-quotidien mais c’est pas des vacances. Le boat-people bateau pipole aussi appelé yacht (en français « putain tu as vu c’ bateau quel enfoiré d’ sa mère »). Sinon, il y a encore l’avion mais c’est seulement après avoir enlevé ses chaussures, emballé sa chaussette gauche dans un sachet en plastique d’opacité niveau F28, sa chaussette droite dans un sac en papier de 82g/m2 couleur zinzolin pastel, et s’être mis la brosse à dent derrière l’oreille et le dentifrice dedans, qu’on peut enfin embarquer, mais alors les vacances sont déjà terminées, et c’est tant mieux car de toute façon on aurait perdu les bagages.

Contrairement aux apparences, parmi tous ces moyens de transports, il y a un point commun. Et malgré ce que vous croyez, ce n’est pas le nombre de chances extraordinairement élevé d’avoir un voisin chiant comme un poney diarrhéique, qui, en plus de puer du bec, vous racontera en long et en large combien « la tourte aux anchois qu’il a fait pour les 80 ans de sa grand-tante qui souffre d’arthrite du ventricule fémoral mais est malgré tout très autonome considérant qu’elle habite loin de tout était particulièrement réussie, attendez je vais vous montrer une photo »…

Non, non, non…

Le point commun dans les voyages, c’est qu’à chaque fois qu’on vous donne des indications géographiques ou organisationnelles, dans les gares, les aéroports, les GPS de voiture, peu importe, c’est toujours une femme cachée dans un haut parleur qui vous dira, d’une voix douce et détendue : « Le train pour Saint-Babeux-sur-Grumeaux partira de la voie 4 sans arrêt jusqu’à Krasnoïarsk-sud, Sosüssekatze et l’épicerie Chimoulard », « Dernier appel pour le passager Un à destination de Troie porte », ou encore « Dans 800 mètres, préparez-vous à tourner à gauche dans la rue qui tourne à gauche ».

Et là, je m’interroge…

En effet, on sait depuis l’invention de la géographie, à la fin janvier, vers le 26ème siècle avant Ribéry, que les femmes ne savent pas lire les cartes, ni s’orienter ailleurs que dans une boutique.

Et depuis, combien de couples brisés, déchirés ? Combien d’avocats repus des honoraires résultant de divorces sanglants ayant commencé par un anodin « C’est quand même pas sorcier de me dire gauche ou droite ou bien ? C’est la troisième fois qu’on passe devant ce rocher, pas étonnant si tu ne tiens même pas la carte à l’endroit. Bon ferme-la maintenant, je me débrouille. Mais non, la carte, pas ta gueule. Enfin si aussi… » ? Combien de familles mortes de faim dans un bois sombre près de la D396, en cherchant la Salle des Fêtes d’Ortelle-les-Généraux pour le mariage de la cousine Berthe…

Alors je me demande pourquoi un jour, je ne sais quel spécialiste aux lunettes cerclées de mauve a eu l’idée saugrenue d’insérer des voix de femmes dans tous les haut-parleurs du monde ?

Je doute que Jean-Claude soit plus détendu dans son 4x4 quand c’est le GPS qui le guide d’une voix suave plutôt que Marie-Claire essayant péniblement de déplier une carte sur le siège passager à chauffage individualisé.

Si les hommes courent sur les quais de gare ou dans les aéroports, pour attraper un train ou ne pas manquer leur avion, c’est parce qu’il ont dû vérifier que les indications données par les voix de femme étaient exactes.

Et par conséquent, si certains ratent le décollage, c’est à cause des deux millénaires et demi écoulés au cours desquels l’homme a eu mille fois l’occasion d’apprendre qu’une femme était une boussole qui indique le sud, voire l’est, mais jamais le nord, sauf s’il y a les soldes quelque part…

Mais je vous rassure : même si c’est une voix de femme qui le dit, les indications lui ont été données par un homme…

Heureusement, sinon, on n’aurait pas fini d’arpenter en rond…

« Pourquoi » féministe, par Arpenteur, géographe depuis 1971

(c)photo arpenteur2006 - montagnes rocheuses, canada

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Halio 24/09/2007 18:35

Plus d'une heure que je parcours ce blog et que je pisse de rire. Heureusement que je n'avais pas grand chose à faire (pas envie de faire quoi que ce soit) aujourd'hui.

Merci, Merci, Merci !

STV. 30/08/2007 11:24

J'ai un ami qui possède un GPS parlant avec la voix d'Homer Simpson. C'est quand tu as fait un voyage avec lui que tu comprends pourquoi, d'habitude, c'est une agréable et suave voix de femme qui énonce les indications...
("Ouh pinaise !")

Wawaron 26/08/2007 00:42

Salut... bravo pour le texte MAISj'aurais bien aimé savoir ce que représente la photographie.toutes les photos dans les blogues qui n'ont pas de légende, je trouve ca triste :)

Arpenteur 26/08/2007 08:10

@wawaron : merci de ta visite, et sois le bienvenu. La photo a été prise quelque part dans les montagnes Rocheuses canadiennes, aux environs du Jasper national Park, au cours d'une traversée du Canada en train (Halifax-Vancouver). On y voit le toit du train

Marie-Christine 18/08/2007 14:22

Pro du plantage GPS, je dois ma plus belle plantée à un orateur masculin. Vouloir se rendre à Parme et se retrouver à Asti, au beau milieu d'un no man's land verdoyant, avec pour fond sonore un joyeux "Vous êtes arrivés...". Qui a dit mauvaise manip'?

Miss Alfie 17/08/2007 11:22

Bon, moi j'arrive comme d'habitude à la bourre... Et pourtant je ne me perds jamais ! Et oui, j'ai beau avoir tous les attributs du sexe féminin, j'ai un sens de l'orientation à toutes épreuves, et en plus, je suis une excellente copilote...
M'enfin, je vous comprends : je ne me fie qu'à moi même et à mon aprentissage par coeur du trajet quand j'ai une fille comme copilote !