Rue de la Tranchée

Publié le par Arpenteur

Rescapé, ou plutôt vétéran d’une guerre qu’il ne veut pas perdre, celle de l’émancipation de sa femme qui s’est envolée pour des cieux qu’elle croit plus bleus, Matti décide de récupérer sa famille, et de contrer le manque de combativité dont elle l’accuse…

Mais comment reconquérir une femme à la fin du XXème siècle ? En lui offrant des rivières des bijoux, des croisières de rêve, des poèmes à en remplir la bibliothèque d’Alexandrie, ou un château en Espagne?

Non.

Matti, lui, sait.

Il va lui offrir la maison de ses rêves, en banlieue.

Et le voilà parti sur le chemin de la propriété immobilière, comme un combattant sur le sentier de la guerre.

Il repère les lieux, espionne, analyse les objectifs, les forces et les faiblesses de ses ennemis : « la tribu pavillonnaire semblait animée d’un puissant esprit de clan même si ses membres ne savaient sûrement pas grand-chose les uns des autres. Ils étaient soudés par leur type d’habitat et leur peur du changement. Ils parlaient avec effroi ou du moins avec retenue de la vie à l’extérieur de leur territoire. L’un d’eux se plaignait du projet de nouvelle piste cyclable qui entraînerait une modification radicale  des pipis du soir de son golden retriever ».

Puis il choisit sa cible, et lance son attaque.

Le théâtre des opérations est un quartier résidentiel, les tondeuses à gazon vrombissent comme des hélicoptères de combat sur le champ de bataille, les attaques chimiques sont urinaires et visent les rosiers, et le nerf de la guerre est le massage… Quoi de plus normal en Finlande, non ?

Dans sa guerre de tranchée, il rencontre des propriétaires, des voisins, des locataires, des agents immobiliers : « Si le prospect a deux enfants, met l’accent sur les chambres à l’étage, aménageables à peu de frais. Si une cliente potentielle est enceinte, pense à souligner au passage que l’environnement où un enfant passe ses premières années n’est pas anodin. Si le prospect est sportif, mentionne les infinies possibilités du Parc Central. Chauffe d’abord le client à feu doux pour ne pas l’effrayer, et quand tu sens la température monter : frappe ».

Originalité sympathique de ce livre, tous les personnages racontent l’histoire de Matti, et leur histoire, à la première personne.

Avec une lucidité cynique à souhait, Matti court sans cesse à travers son monde d’espoir fou et si simple, et c’est avec une grande tendresse et un immense sourire aux lèvres qu’on se laisse emporter dans l’opération « Maison rouge ».

 « Marque-page » résidentiel, par Arpenteur, masseur depuis 1971

Kari Hotakainen, Rue de la Tranchée, 10/18 domaine étranger No 4026

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Emeraude 06/12/2007 13:36

Bon, alors je vais le noter ! Merci :-)

La Lectrice 24/08/2007 15:19

Je suis un peu en retard mais là je comprends le sens "d'improbables auteurs finlandais"...  ;o)

nina de zio peppino 22/08/2007 11:33

Lire coûte moin cher qu'une maison, même en banlieue…ça dépend des femmes…

LinaLoca 20/08/2007 13:35

Merde, à peine rentrée j'ai déjà des trucs à lire?!!! Bon bon, si l'Arpenteur le dit c'est qu'il faut y aller. L'Arpenteur sait. (m'enfin je remarque que l'Arpenteur ne lit pas le finlandais dans le texte ;-))

bartllebooth 20/08/2007 13:30

après m'avoir fait lire le musée de l'homme, ma libraire va être contente que je lui commande un nouveau livre