En fer et damnation

Publié le par Arpenteur

Photo 051Avant-hier, j’ai repassé.

Pas mon permis, ni mon bac ma maturité, ni le sel, pas plus que la main, et encore moins l’arme à gauche, ouf…

Avant-hier, j’ai repassé mes chemises. Entre autres.

Comme souvent.

Et c’est là que certains, trahis, se diront en jetant rageusement leur Gros Pneus Magazine sur L’Equipe de la veille, que « cet arpenteur c’est vraiment une fiote, même pas capable de dresser sa grognasse à faire les boulots de gonzesses », et que d’autres se diront, en étalant de généreuses palettes de cire épilatoires sur leur jarret, que « l’arpenteur est vraiment un homme parfait : non seulement il est d’une beauté qui ferait passer Johnny Depp pour le sosie du cousin un peu attardé de Susan Boyle, d’une intelligence digne de l’inventeur de la fondue, et d’un humour si désopilant qu’il risque de mettre en faillite la dernière usine de sacs-à-rire de Libye, mais en plus il repasse… ».

Et je ne pourrais que leur donner raison (chacun choisira auxquels…).

Quelle activité plus épanouissante et valorisante que le repassage ? Ceux (remarquez le masculin) qui critiquent n’ont sans doute jamais essayé.

Et surtout, c’est beaucoup plus viril qu’il n’y paraît comme activité : les éléments essentiels sont une planche et un fer. C’est des trucs de mec ça non ?

Première étape, installer la planche. En principe je suis déjà super content quand je ne me pince pas et qu’elle ne retombe qu’une fois. Faut être bon bricoleur pour faire entrer le gligli dans la bonne rainure non ?

Ensuite préparer le fer : là, il faut faire preuve d’une grande précision pour verser de l’eau dans un trou plus petit que… bien d’autres trous… sans en foutre partout.

Et attention, cette eau va se transformer en vapeur en passant à travers la machine ! Et c’est là que toute l’opération devient très mâââle, puisqu’elle devient dangereuse. Et les hommes sont mieux équipés pour faire face au danger c’est bien connu : ils ne risquent en principe pas de se casser un ongle ni de filer leurs collants.

Une fois que le matériel est prêt, il ne te reste plus qu’à choisir par quoi commencer. Si tu débutes, jeune mâle fougueux qui veut impressionner ta belle dans l’espoir de te voir récompenser de quelques coups de langues non moins fougueux en fin de journée et si possible avant, je te conseille de commencer par un de tes vieux t-shirts pourri que finissent en général en boule au fond d’un sac de sport, c’est moins risqué.

Une fois que tu maîtriseras la technique, et si tu as pu éviter toute brûlure fatale, tu pourras t’attaquer à tes chemises (enfin, si tu en portes…), et te laisser emporter par les plaisirs insoupçonnés du repassage

L’odeur de l’adoucissant au délicat parfum de goyave perlée de la rosée d’un samedi matin printanier qui se dégage du bac de linge, le souffle régulier de la vapeur qui comme un destrier lancé à l’assaut te fait ressentir toute la puissance de la machine, la glisse élégante et précise du fer sur le tissu pour créer des déserts plats là où il y avait des montagnes, la satisfaction d’avoir la maîtrise quasi totale de quelques centimètres carrés d’étoffe.

Avec l’expérience, tu pourras t’attaquer à des défis de plus en plus difficile, comme ce magnifique petit chemisier qu’elle adore trop, et là aussi appliqué qu’un chirurgien tentant de faire une greffe de cerveau à Mickael Vendetta, tu seras malheureusement confronté à l’échec… face à l’impossibilité totale qu’il y a de réussir à repasser correctement un truc de fille, tant les circonvolutions du textile sont improbables.

Et c’est la que la fille en question te dira d’un ton lourd de reproche que de temps en temps elle fait aussi tes chemises et que ça, c’est vraiment compliqué, c’est la larme aux yeux et les bras ballants que tu t’installeras sur une chaise à côté de la panière à linge pour la regarder terminer de repasser ce petit top qui va si bien avec sa jupe grise.

Fier du devoir accompli malgré tout (tu restes un mâle quand même, et l’échec n’est qu’une nouvelle source de fierté) tu plongeras la main dans le panier de linge pour chercher la chaussette nécessaire à former la paire avec la concentration et l’avidité aventureuses d’un chercheur d’or.

Comme un mec. Un vrai.

« Virgule » ménagère, par arpenteur, cheval-vapeur depuis 1971

©photo arpenteur2009 - Amsterdam

Publié dans Virgules

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Nini Pixel 10/07/2010 17:16



Oh ben ça alors me demande bien pourquoi z'êtes pas tous comme ça ????


Au moins essayer... au moins ça.... pis on peut commencer plus petit ;o) les linges de cuisine.... ;o)



Lysa 19/04/2010 11:15



Et plier les fringues, une fois bien repassées? Généralement, c'est pas un truc de gars, ça non plus, d'ailleurs un hurluberlulu en a inventé le révolutionnaire plieur magic disponible chez tous
les téléshoppers ! T'es déjà entrain de le commander, c'est ça? :-)



Madame Poppins 12/04/2010 11:23



Pour débuter l'entraînement, t'as aussi les draps : c'est "tout droit", pas de plis à faire, pas grave si t'en crées quand même. Et Madame adore se glisser dans ces draps dont le repassage a fait
si justement ressortir l'odeur de l'adoucissant, pourtant réputé "discret" et "durable".... 


 


Et quand tu repasses, t'as une excuse du tonnerre pour mater des trucs très cons à la TV : les trucs intelligents, ça va pas, le fer et la vapeur  font trop de bruit ! 


 


Et je suis convaincue que si en plus, tu repasses en caleçon, t'as le look qui donne à Madame l'envie de t'aider pour que t'aies fini plus vite ! 



madame de K 29/03/2010 18:37


bon ben voilà : j'étais passée sans laisser de comm, et je suis repassée ;-)))


Sébi 11/03/2010 19:12


Moi j'ai une excellente raison de ne pas repasser. C'est l'écologie. Économie d'énergie. J'ai l'air froissé, mais c'est pour la planète.