Se la pète ici

courrier des lecteurs, lettres d’insultes non anonymes, demandes d’autographes, commandes de produits dérivés, achat des droits pour le cinéma, conseils pour devenir joueur de pipeau professionnel, sponsoring à plus de cinq zéros, ou autres raisons indispensables de me contacter directement ? glissez votre message dans l’enveloppe, léchez le timbre, et collez-le ici 

 

 

 

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DURA LEX...

Toutes les lettres (et les chiffres aussi, allez, soyons pas radin) formant les mots qui constituent ce blog, ainsi que tout ce qui s’y trouve, y compris la super méga géniale bannière, sont protégés par la loi, des playmobils surarmés, et plein d’autres trucs plutôt cool. Alors on ne copie pas, on ne vole pas, on ne tire pas les cheveux des filles à la récré, sinon, je vais chercher des copains très baraqués, et on vient tous chez toi manger des pizzas aux anchois sur ton canapé, mettre tes boyaux en guirlande sur ton yucca, et casser ta télé. Alors fais super gaffe les gens. 

 

 

 

 

 

 

 

Avec le temps va

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Humeur

Lundi 27 février 2006

J’aime le ski parce qu’en remontant de la cave, on se pince les doigts en essayant de porter les skis, les bâtons et les chaussures, sans rien cogner dans les escaliers. 

J’aime le ski parce que tôt le matin, on peut faire un Tetris dans un brouillard glacial, pour essayer de faire rentrer une paire de planches de métal coupant dans la voiture. 

J’aime le ski, parce que je peux enfoncer mes pieds dans des chaussures glacées, en respirant l’odeur du diesel dans un parking géant, en équilibre précaire pour ne pas poser mes chaussettes dans la neige boueuse. 

J’aime le ski parce que je peux acheter un forfait à un homme sans âge, rougeaud et mal rasé, coiffé d’un bonnet de laine posé au-dessus des oreilles, et qui n’a pas souri depuis la dernière tempête de neige au Sahara. 

J’aime le ski, parce que je peux m’entremêler jambes et bâtons dans un tourniquet bloqué, sous le regard de dizaines de touristes me prenant pour un débutant arrivé la veille de Rotterdam. 

J’aime le ski, parce que je peux partager pendant 10 minutes un télésiège avec des inconnus qui parlent de leur boulot, de leur belle-mère ou de leur vacances en Club aux Bahamas, tout en se tartinant de crème solaire. 

J’aime le ski parce que je peux manger un sandwich presque sec pour le prix d’un hélicoptère de combat, d’une nuit dans un palace, et des droits télés de la Coupe du Monde, dans une délicieuse odeur d’huile de friture rance. 

J’aime le ski parce qu’en mangeant des spaghettis au ragoût de rat, bercé par la douce mélodie des souliers de ski sur le carrelage détrempé, je peux espérer que quelqu’un tombe, si possible en portant un plateau surchargé (et que celui qui n’en a jamais rêvé me jette la première boule de neige). Tiens, pourquoi pas cette pimbêche trop maquillée, avec sa combinaison blanche, ses lunettes Dior et son bonnet de fourrure rousse ? 

J’aime le ski parce que je peux jouer au mikado en essayant de retrouver les miens parmi les centaines de paires étalées partout. 

J’aime le ski parce que je peux me faire passer devant et marcher sur les spatules par des adolescents boutonneux qui s’extasient sur la beauté des montagnes tout en jetant leur paquet de cigarette par terre.

J’aime le ski parce que je peux avoir froid aux pieds, aux doigts et au visage, mais le faire avec les milliers de fantômes tout aussi frigorifiés que moi que je devine glissant à travers le brouillard. 

J’aime le ski, parce que je peux payer pour tout ça. 

J’aime le ski, parce qu’en détachant de mes doigts gourds les boucles couvertes de glace de mes chaussures, je sais que le meilleur moment arrive. Et là, la neige boueuse, l’odeur du diesel, les parents qui crient sur leurs enfants épuisés et transis, les voitures qui me frôlent à toute vitesse, pressées d’arriver dans les bouchons, plus rien de tout ça n’a d’importance. 

J’aime le ski parce que lorsque enfin j’extirpe mon pied de ma chaussure, en tirant si fort sur mes muscles tétanisés de froid que j’en attrape une crampe, j’atteins une félicité presque orgasmique. 

J’aime pas trop le ski, en fait, je crois. 

« Humeur » hivernale, par Arpenteur, téléski depuis 1971 

Par Arpenteur
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Vendredi 17 mars 2006

Tout le monde (enfin, dans notre petit micro-monde helvético romand, donc pas grand monde, finalement), connaît le beau Josef à la pipe. 

Mais oui, celui qui s’est rasé la moustache car il ressemblait trop au Petit père des peuples, et qui a déménagé à Obwald pour profiter du climat, et de la douceur de vivre de l’Urschweiz. 

Celui au sourire dégoulinant de miel trop sucré, qui se promène dans les rues de sa nouvelle patrie en réussissant tout juste à sourire jaune pâle sous les quolibets en Schwitzertütsch qu’il ne comprend pas. 

Réussir à sourire est là le résultat de dizaines d’années d’expérience, qui lui ont appris l’art politicard de commencer toujours ses phrases par « les femmes et les hommes de ce pays », « les électrices et les électeurs », et autres féminismes trop voyants pour être honnêtes, et de toujours porter la chemise ouverte pour se démarquer des cravatés dans l’espoir d’être élu par ceux qui ne portent pas de cravate. 

Le voilà donc installé chez les Waldstätten, qui ne sont pas ravis du cadeau. On le serait à moins. Imagine qu’un quelconque Hans-Peter de Thurgovie vienne s’installer chez toi pour contester une décision prise démocratiquement lors d’une votation populaire. Tu l’aurais mauvaise aussi non ? 

Mais Josef est un chevalier, un Don quichotte qui vole au secours de la veuve et l’orphelin. Quel homme ! Même sans moustache, quelle héroïque virilité il dégage, vous trouvez pas? 

S’est-on simplement demandé la chose essentielle, et son corollaire : 

Combien a-t-il personnellement économisé fiscalement depuis son déménagement ? 

Et par conséquent combien fait-il perdre de rentrées fiscales indispensables à ses ex « concitoyennes et concitoyens » du canton de Vaud ? 

La question ne mérite-t-elle pas d’être posée, par quelqu’un de plus compétent que moi pour estimer tout ça ? 

C’est juste une question en fait… tout aussi vaine et inutile que les autres… 

Une chose est sûre, il fait parler de lui, et ça, il adore. On le voit dans le jaune de son sourire onctueux, si suave que le haut le cœur n’est pas loin. Et dire que j’en parle aussi. Et qu’en plus je ne peux pas ne pas voter pour lui… 

J’ai raté une occasion de me taire, on dirait. 

Je crois que je vais m’exiler à Obwald. Il y fait beau et c’est une petite ville pleine de charme.

Si, si, c’est Josef qui l’y a dit… 

« Humeur » pipée, par Arpenteur, barbier depuis 1971

Par Arpenteur
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Lundi 27 mars 2006

Les taxis genevois (vous savez, Genève, la ville des droits de l’homme (a contrario, pas de la femme ?), du jet d’eau, et du foot (non, non, je déconne)) refusent de prendre en charge les femmes enceintes pour les emmener à l’hôpital. Si, si, c'est même ici...

Ce serait en effet dommage de perdre les eaux sur les sièges en cuir de la Mercedes, ou de les griffer sous la douleur d’une contraction. 

Mais alors comment doit faire une femme qui n’a pas de voiture, ni personne pour la conduire, et qui espère bêtement accoucher à l’hôpital en ce début de XXIème siècle ? 

Prendre le bus ? Oui, pourquoi pas, mais cela pose quelques problèmes. Il lui faut d’abord avoir un abonnement, ou de la monnaie pour prendre un billet à l’automate. Il est douteux qu’on la laisse prendre le bus sans ticket. Non mais, faut pas exagérer non plus. Ensuite, il lui faut changer plusieurs fois de ligne suivant les cas, en espérant ne pas rater le bon arrêt, trop occupée à insulter l’heureux papa (elle a mal quand même à cause de ce connard, et « en plus tu comprends rien, casse-toi ! dégage ! lâche ma main je peux plus souffler ! tu pourrais au moins me tenir là main ! t’en a rien à foutre, t’es qu’un salaud»), allongée sur le sol en train de faire le petit chien. Et les bus c’est sans doute interdit aux chiens. Mauvaise solution.

Y aller à pied ? Personnellement, je n’ai jamais accouché, et je ne pense pas le faire un jour, pour d’évidentes raisons anatomiques, mais je pense qu’il est délicat de traverser une ville à pied, la nuit (ben oui, Loi de Murphy No 2371 : « quand on se rend à l’hôpital à pied pour accoucher, c’est toujours en pleine nuit et l’hiver »), tout en serrant les fesses, pour éviter d’entendre le premier cri de son enfant sur le pont du Mont-Blanc. Et la malheureuse risquerait encore de se faire inquiéter par la maréchaussée, pour exhibitionnisme (une femme les jambes écartées et un enfant nu en pleine rue dans la joviale cité de Calvin, non, cela ne se fait pas). Mauvaise solution. 

Même problème pour le vélo, dont l’avantage notoire est qu’il faut moins serrer les fesses. Mais cela reste un effort physique conséquent, qui empêche de faire les exercices de respiration bien comme il faut comme la dame l’a expliqué aux cours. Mauvaise solution. 

Finalement, le seul moyen pour une femme genevoise d’éviter d’accoucher chez elle ou dans la rue, est de ne jamais, mais alors jamais, oublier la pilule. 

Et dire qu’on se plaint de la baisse de la natalité en Suisse… 

« Humeur » gynécologique, par Arpenteur, démographe depuis 1971

Par Arpenteur
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Mercredi 29 mars 2006

Toi aussi tu raffoles de ces salles de cinéma Multiplex ? 

Celles où la glace (on ne dit plus esquimau, c’est pas politiquement correct) de l’entracte est devenue ringarde, puisqu’on peut déjà avant la séance faire ses courses comme au super-marché ?

Eh bien oui, tu as raison, car c’est là que le son dolby-surround prend toute son importance. 

En effet, quand tu te demandes si des rats ne sont pas en train de dévorer ton siège, il en faut du volume pour couvrir le croustillement intensif auquel se livre ta voisine. Tu la vois quelques sièges plus loin, visage rond éclairé par intermittence. Le film se reflète dans les lunettes encadrées de boucles blondes de cette Bridget Jones de province (ou Carry Bradshaw de 8e zone, mais en tout cas, elle y croit) qui est venue tenir la chandelle de sa copine, juste après avoir coiffé Sainte-Catherine. 

Sa main plonge avec régularité dans une bassine de Pop-corn plus grosse qu’une pataugeoire et jette avec passion les boules de maïs soufflé dans sa bouche qu’elle évite bien soigneusement de fermer. Ce serait dommage de priver les autres des délicieux craquements de sa mastication effrénée. De toute façon, il y en a à tous les rangs des grignoteurs. A croire qu’il y a un concours…

C’est marrant comme ce genre de « petit » bruit peut te faire oublier le film, le son, le lieu. Il en devient obsédant, crispant, irritant, exaspérant. 

Oui, le cinéma peut pousser à la violence. Plutôt que le contenu du film, la censure devrait vérifier ce qui est vendu avant la séance… 

Heureusement, ce tonitruant mâchouillis n’a pas troublé le couple d’ados quelques sièges devant, qui a passé deux heures à se compter les molaires du bout de la langue, tout en ignorant royalement, qui sa copine, qui son pote, qui avaient bien voulu les accompagner, et qui se retrouvent comme deux ronds de flancs, ne sachant que se dire, et n’osant pas regarder, bien que crevant d’envie de faire pareil. Ils ont dû remercier le ciel qu’il y ait des portables et des magazines pour se donner contenance. 

Eh bien, moi, malgré tout ça, je suis ravi d’avoir emmené ma belle au cinéma, de lui avoir payé une glace à l’entracte, et de l’avoir embrassée dans le noir. 

Ca donne un sacré putain de coup de jeune… 

« Humeur » gustative par Arpenteur, projectionniste depuis 1971

Par Arpenteur
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Jeudi 6 avril 2006

J’aime parce que je peux mettre une jolie pèlerine L’Oréal. Je le vaux bien. 

J’aime parce que je peux coincer ma nuque comme dans une guillotine et me faire doucher à l’eau glacée ou bouillante. « Ca va la température ? ». 

J’aime parce que je peux rester penché en arrière, couvert de shampoing pendant qu’elle passe 5 minutes à parler choucroute avec sa mère au téléphone. Ca me coule dans le cou. 

J’aime parce que je peux traverser le salon avec une cape qui m’étrangle et m’asseoir devant un grand miroir qui me rappelle combien j’ai l’air con. Sous le regard des passants puisque évidemment je suis en vitrine. 

J’aime parce que je peux faire semblant d’écouter les banalités dont on m’abreuve les oreilles tout en les dégageant. 

J’aime parce que je peux essayer d’avoir l’air viril en retenant mes larmes quand on tire sur les petits cheveux qui sont directement liés aux glandes lacrymales. 

J’aime parce que je peux lire des magazines « people » à toute vitesse en faisant semblant de ne pas m’y intéresser, comme vous. 

J’aime parce qu’on me demande mon avis sur le brushing de ma voisine quand elle a fini, alors que je m’en fous comme du dernier bouton d’acné de Miss Suisse. 

J’aime parce qu’on s’extasie sur mes cheveux blancs qui progressent plus vite que le H5N1. D’ici qu’on me propose une teinture. 

J’aime parce qu’on essaye de m’enlever les cheveux que j’ai dans le cou avec une brosse, alors qu’il me faudrait un kärcher. 

J’aime parce qu’on me dit : « vaut mieux que ça pousse vite que d’être chauve », oui surtout pour ta caisse. 

J’aime parce qu’on me montre l’arrière de mon crâne avec un miroir. Ben oui, je le vois jamais sinon, et il me manque un peu parfois. 

J’aime parce qu’en sortant ça se voit, et qu’à coup sûr quelqu’un va me dire : «  mais tu es tout beau dis donc ». Pourquoi, avant j’étais moche ? 

J’aime pas aller chez le coiffeur, en fait. 

C’est une coiffeuse en plus. 

« Humeur » capillaire, par Arpenteur, perruquier depuis 1971

Par Arpenteur
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Mercredi 31 mai 2006

Et si la télé se servait d’elle-même pour faire de la pseudo-réalité ? Ca y est presque avec Benjamin qui se fait éliminer (« qui a obtenu le moins de vote ce soir ? le résultat est dans cette enveloppe »), et les autres. On pourrait développer le concept, et je suis sûr qu’il ne rendrait pas nos cerveaux moins disponibles à la publicité.

Imaginez, A la recherche de la Poubelle Star : quelle star désirez-vous jeter ? les poubelles stars se présentent devant un jury, par deux, pour une épreuve éliminatoire.

Premier grand match : Julien Courbette le justicier du paf contre Bataille et Fontaine, les trafiquants de rideaux (drogue-store en british). Deux contre un ça peut paraître déséquilibré, mais en fait non, Bataille et Fontaine ne font qu’un, puisque ensemble ils ont le QI et la dignité d’une chiure de mouche infanticide.

Ces deux-là ont été sélectionnés pour détournement d’objet à des fins lucratives. Le rôle d’un rideau est en principe de préserver un peu d’intimité, et eux s’en servent pour étaler cette intimité. Leur émission, interdite aux enfants, passe au milieu de la nuit, comme les films pornos. C’est judicieux car il est évident qu’elle est beaucoup plus obscène qu’un couple qui copule joyeusement sur une table de cuisine.

Julien Courbette, lui est nominé pour « mettage d’huile sur le feu », sous couvert de redressage de tort en pseudo direct et de lynchage téléphonico-public des méchants. Les pétales du géranium de votre voisin s’envolent sur votre terrasse ? Julien appellera pour vous cet odieux personnage, et devant « la France entière » (évidemment, qui pourrait faire autre chose que de le regarder ?) lui rappellera que ce n’est pas parce que son fils cancéreux a besoin d’huile de fleur pour apaiser ses souffrances qu’il peut violer impunément le droit de voisinage, et que la pauvre Madame Levoisin a totalement perdu l’appétit et le sommeil depuis que sa terrasse est envahie par une quinzaine de pétales violacées par semaine : « une telle attitude est inadmissible et restez poli Monsieur s’il vous plaît, vous êtes en direct quand même ».

Leur épreuve : chaque candidat devra transpercer des innocents raflés au hasard dans la rue, Courbette avec un téléphone, Bataille et Fontaine avec une tringle à rideau. S’ils atteignent le cœur (de cible) et que des larmes coulent, les parts de marché augmentent, ils reçoivent leur poids en autocollants TF1, et sont qualifiés pour le tour suivant.

Malgré des efforts louables, et contre toute attente, aucun des candidats ne réussit l’épreuve. On ne voit ni larme, ni sang, ni sexe, et l’agonie de leur victime est trop lente.

Au vu de ces deux prestations beaucoup trop médiocres pour mériter de « continuer l’aventure c’est que du bonheur », le jury nomine les deux candidats, et les soumet au « vote du public leur destin est entre vos mains ».

Pour éliminer Bataille et Fontaine, tirez la chasse (10 euros vous sont offert à chaque fois).

Pour éliminer Julien Courbette tapez avec une pelle à neige (on vous offre la pelle).

Pour éliminer les deux, tapez « off » sur votre télécommande, tapez dessus avec une pelle à neige, et tirez la chasse sur les restes…

Et la semaine prochaine, Nikos le Pommadeur fou, contre MarcO l’Asticot, grignoteur de cadavres encore vivants… A vos portables…

« Humeur » pornographique, par Arpenteur, producteur depuis 1971

(c)photo arpenteur2006

Par Arpenteur
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Mardi 18 juillet 2006

Tout le monde a son petit bruit fétiche, le son qui l'exaspère au plus haut point, au point d'orgue devrais-je dire.

Moi c'est les chips.

Pas les chips partagées entre amis autour d'un jovial apéro, où personne n'ose jamais prendre la dernière. Non.

Les chips grignotées en solo, dans un lieu bien tranquille, celles dégustées avec lenteur et délectation, en fouillant bien au fond du sachet pour trouver la plus grosse que l'on fera craquer délicatement, mais de façon délibérément sonore dans sa bouche, pour la manger en plusieurs morceaux, histoire de faire durer le plaisir, et mon calvaire.

Et ainsi de suite.

L'une après l'autre, jusqu'à la fin du paquet, de la plus grosse à la plus petite, dans un interminable croustillement, tout en se léchant goulûment les doigts entre chaque plongée dans le sachet (pourquoi d'ailleurs sont-ils systématiquement dans le plastic le plus bruyant qui soit ?).

Et dire qu'il y a même des experts en marketing qui font des recherches pour rendre les chips encore plus craquantes, et qui s'en servent comme argument publicitaire. Et bien ceux-ci, comme tous ceux qui grignotent, j'ai envie de leur planter mon stylo dans les yeux, lentement, pour les sortir de leurs orbites, l'un après l'autre, et remplacer leur insupportable « crr, crr, crr... », par un « plop » délicieux. Puis les jeter au fond du paquet, secouer le tout (bruyamment, évidemment) pour récupérer tout le sel et la moindre petite miette, et leur faire goûter ce nouveau délice oculaire culinaire qui glisse tout seul au fond de la gorge.

Et ce dans un silence apaisant, qui laisse autrui bien tranquille, pour lire, écrire, regarder un film, dormir, ou juste arpenter la vie, sans risquer de péter les plombs.

Tout le monde a son bruit, non ? Vous c'est quoi ?

Moi c'est les chips?

« Humeur » gastronomique, par Arpenteur, ophtalmologue depuis 1971

Par Arpenteur
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Vendredi 21 juillet 2006

Il y a quelques semaines, lors d’une de mes rares expériences dans nos chers Chemins de Fer Fédéraux, j’ai eu dans les mains pour la première fois « Le Matin Bleu », qu’on paie même pas. Un journal gratuit que ça s’appelle. Un parmi tant d’autres.

Mais je n’y ai vu ni le « journal », ni, tout bien réfléchi, le « gratuit ».

C’est à faire peur ce qu’il y a là-dedans, et je ne parle pas des titre des articles… Pardon ? ah, ce sont des articles, pas des titres ?… ok, autant pour moi, désolé.

Et ce qui fait surtout peur, c’est qu’il y en a plein les wagons, et que tout le monde le regarde (oui, désolé, je ne peux quand même pas écrire « lire » ici), cautionnant ainsi la désinformation par la non-information sous le couvert d’information. Cette désinformation là on la paiera un jour… Alors ne me faites pas croire que c’est gratuit…

Le « gratuit » ne compte pas les tonnes de papier (et donc d’arbres et d’énergie nécessaires à le produire) gaspillés pour juste quelques minutes de feuilletage, histoire d’avoir l’air au courant autour de la machine à café à la pause. On le paie ce journal, en achetant les produits des annonceurs, qui sans doute doivent augmenter leur marge pour pouvoir s’y payer un espace. Et que dire de l’encre, des efforts pour le produire, le transporter, l’imprimer, le livrer, et l’offrir en pâture à des yeux à peine réveillés, que ne savent pas grand chose avant, et pas beaucoup plus après, et qui surtout, ne veulent pas voir… ni savoir… Et cerise sur la gâteau, des tonnes de déchets…

Mais bon, vu que c’est gratuit, on croit que se ferait vraiment avoir en ne le prenant pas. Prenons, consommons, et réfléchissons dans une prochaine vie.

Dire que des gens meurent pour la liberté de l’information, et qu’ici on applaudit des deux mains (essaie d’applaudir d’une main…) dès qu’on nous en prive ouvertement, tout en se ruant sur le produit de substitution.

Il y a trois non-sens dans tout ça : c’est un journal, c’est gratuit, c’est de l’information.

Les « gratuits », ne les utilisez même pas pour vous torcher les fesses le cul (un peu de racolage pour booster l’audience dans un billet sur ce sujet c’est de bonne guerre, non ?), parce que ça gratte…oui…

« Humeur » gratuite, par Arpenteur, hygièniste depuis 1971

(c)photo arpenteur2006

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Mercredi 9 août 2006

Samedi, c’est « jardi » dans les quartiers de villas. 

Je savais pas moi ça avant d’y venir. Bon c’est vrai, je m’en doutais un peu, en voyant toutes ces maisons qui se veulent différentes, mais qui finalement se ressemblent toutes, et où la seule originalité et personnalité qui s’en dégage tient dans le paillasson choisi par Madame… 

Mais de là à imaginer que l’entretien amoureux du gazon suit des règles strictes, et une discipline quasi monastique… 

Et pourtant. 

Les soirs de semaine, on arrose longuement le gazon. Quasiment tous les soirs, oui, même si l’orage menace. Si, si, ils le font tous. Comme si la planète n’était qu’un désert avant qu’on invente la pomme d’arrosoir (c’était un jeudi, juste après la découverte de la poire à lavement). Ou alors c’était écrit un dimanche dans Femina (oui, dimanche, on peut lire Femina, parce qu’on a bien travaillé le samedi). 

Car le samedi, il faut tondre. 

Ben oui, à force d’arroser à ce point, le gazon, il devient plus puissant qu’un cycliste américain du Tour de France. 

Et alors l’un après l’autre, chacun allume sa tondeuse. Je suis sûr que d’ici quelques années, je saurais reconnaître les voisins rien qu’au bruit de leur 2 temps. Ils pourraient au moins le faire tous au même moment. Mais non. Dès que l’un a fini, ça repart de plus belle de l’autre côté. A croire que chacun attend que l’autre ait terminé pour commencer, histoire de prouver à la ronde que le bruit de son rasoir à roulettes est mieux que celui du voisin. La tondeuse c’est un peu le 4x4 du samedi… (eh oui, on dirait que même une machine faite pour couper tout ce qui dépasse peut être un substitut phallique). 

Et pendant ce temps-là, Madame soigne les géraniums qui dégoulinent de fausses fontaines taillées dans des troncs. L’avantage, vu comme je suis placé, c’est que j’ai l’image avec le son. Alors à défaut de profiter du soleil, du calme, de la nature et du paysage, je peux les observer pendant que, traînés par leur tondeuse, ils arpentent leur territoire cerné de grillage et de tuyas... perplexes, tout en me regardant en coin, alangui devant notre maison bizarre et sa porte verte. 

Parce que moi je suis un fou. Un vrai malade. Un dingue de la pire espèce. Un rebelle absolu au formatage de la société d’hyper-consommation-jardinistique. Un dément. Un psychopathe. 

Moi je n’arrose pas la pelouse, et je la tonds, le soir en semaine, et pas toutes les semaines en plus. 

Un vrai malade je vous dis… 

 « Humeur » végétative, par Arpenteur, agriculteur depuis 1971

(c)photo arpenteur2006

Par Arpenteur
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Mercredi 18 octobre 2006

Aïe, c’est lui ou pas ?… et merde, oui, c’est lui. Qu’est-ce que je fais, qu’est-ce que je fais, qu’est-ce que je fais ? Trop tard pour changer de trottoir, de direction, ou pour m’enfuir en courant. Il m’a peut-être pas vu. Oh non, je le crois pas, il me fonce dessus. Il a même accéléré ou quoi ? Au moins ça fait un des deux qui est content. Mais bon, je vais encore me faire tenir la jambe, hurler dans les oreilles et postillonner dessus pendant un bon quart d’heure, si ce n’est plus. J’ai pas que ça à faire moi, merde. Ca y est, c’est foutu…

- Eh salut, comment tu vas ?

Tiens, toujours cette voix rauque. Arrête de fumer bordel. On dirait que tu dégoulines de petites glaires à chaque mot. Tu craches ou tu parles en fait ?

- Ca va bien, et toi ?

J’en ai rien à foutre en fait, mais bon. Comment tu fais pour avoir toujours les mains aussi moites. C’est dingue ça. Allez hop, discrètement je m’essuie sur mon pantalon.

- Ouais ouais, ça va. Dis donc tu en es où dans cette histoire de construction là, le dossier de Tartempion* que je t’avais envoyé ?

Oui, je sais que tu m’envoies des dossiers. Et alors. Tu veux que je me couche par terre et que je te baise les pieds ou quoi ? En plus c’est un dossier de merde, alors tu peux déjà être content que je n’ai pas réussi à changer de trottoir, ou à plonger dans une bouche d’égout. Et me parler plus près du nez tu n’arrives pas ? Tu devrais me le lécher pendant que tu y es…

- Ben, ça avance gentiment, mais bon j’attends toujours les documents qu’il doit me filer. Alors si tu le vois, dis lui de se bouger.

- Ouais, tu sais sa boîte commence vraiment à prendre du volume dans la région, je pense qu’il n’a pas que ça à faire.

C’est bon, tu penses que tu as parlé assez fort et que tous les passants ont entendu que tu étais dans les affaires ? ou bien tu veux te louer un mégaphone ?

- Ok.

Bon tu n’as pas quelque chose d’urgent à aller faire là, parce que c’est pas que ta conversation m’emmerde (en fait si), mais j’ai un blog influent et super drôle à écrire du boulot moi. Putain, pourvu que mon téléphone sonne. S’il vous plaît mon Dieu… Bon ben tant pis. Je vais essayer de me débrouiller tout seul.

- Allez, faut que je te laisse, on m’attend.

Je me demande si ça se voit que je mens à ce point là.

- C’est sympa comme ils ont réaménagé cette place, non ?

Mais je m’en fous. Non, je m’en fous pas, mais j’ai pas envie de te causer. Et pourquoi tu parles si fort putain ?

- Ouais c’est bien.

Une phrase bien courte, sans commentaire, ça devrait commencer à lui faire comprendre qu’il faudrait qu’il me lâche la grappe. Allez, je m’éloigne l’air de rien. Oh non, plus je recule, plus il me serre de près. Ce que c’est pénible ces gens qui bouffent ton espace. Il est amoureux ou quoi ? ou juste malpoli ? Ah, et en plus son haleine pue la clope. J’ai encore de la chance, ça pourrait être pire. Faut que je me tiiiiire….

- Faut qu’on se fasse une bouffe à l’occase.

Putain mais tu rêves ou quoi. Passer 2 heures avec toi, à t’entendre me parler politique, avec ton petit air de gars qui est dans le secret, sur le ton de la confidence hurlée, entre de gros rires gras, pour le plus grand malheur de toutes les tables alentour ? Jamais de la vie. C’est des trucs à commencer une grève de la faim ça. Et en plus, je suis sûr que tu manges comme un porc, et que tu parles la bouche pleine. Forcément, tu ne te tais jamais. Jamais. Tu fais comment, non, mais, franchement…

- Oui, on verra. 

Et ce putain de téléphone qui ne sonne toujours pas.

- Dis donc, tu es casual aujourd’hui. Pas de rendez-vous?

Qu’est-ce que ça peut te foutre comment je m’habille. T’as vu comment t’es fringué toi ?… Miracle… Un téléphone qui sonne. C’est le mien ? Oh non merde. Tiens il sort aussi le sien. C’est lui ! J’ai envie de sauter dans la fontaine, et de klaxonner tout le tour de la ville. Mais ça va se voir, non. Des chansons de victoire résonnent dans ma tête…Lalalala la la lalalala…

- Attends, je l’éteins.

Ca va pas ou bien !!!

- Non. non, fais seulement. Pas de problème.

- Tu es sûr ?

Oh que oui, jamais je n’ai été aussi sûr de quelque chose. Allez décroche, merde. Avant que l’autre au bout du fil se décourage…

- Sûr de sûr. T'inquiètes pas.

- Oui allô ? Miquet* courtage et assurances ?… Oui…

Ok, maintenant, m’enfuir. Je vais lui murmurer que je pars et lui faire signe qu’on se reparle à l’occasion. J’ai l’air débile à articuler ainsi en silence, gesticulant, mais merde, rien à foutre. Suis prêt à tout là. Ca y est, il hoche la tête. Yes… je le dépasse, et il ne se met pas sur mon chemin. Ouf, sauvé… Y a pas à dire, le vendredi 13, c’est pas une légende.

- Ok salut… Non, excuse, c’est pas à toi que je parlais, je disais au revoir à quelqu’un…

« Humeur » commerciale, par Arpenteur, lèche-cul depuis 1971

©photo arpenteur2004

*Noms de scène

Par Arpenteur
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