J’aime le ski parce qu’en remontant de la cave, on se pince les doigts en essayant de porter les skis, les bâtons et les chaussures, sans rien cogner dans les escaliers.
J’aime le ski parce que tôt le matin, on peut faire un Tetris dans un brouillard glacial, pour essayer de faire rentrer une paire de planches de métal coupant dans la voiture.
J’aime le ski, parce que je peux enfoncer mes pieds dans des chaussures glacées, en respirant l’odeur du diesel dans un parking géant, en équilibre précaire pour ne pas poser mes chaussettes dans la neige boueuse.
J’aime le ski parce que je peux acheter un forfait à un homme sans âge, rougeaud et mal rasé, coiffé d’un bonnet de laine posé au-dessus des oreilles, et qui n’a pas souri depuis la dernière tempête de neige au Sahara.
J’aime le ski, parce que je peux m’entremêler jambes et bâtons dans un tourniquet bloqué, sous le regard de dizaines de touristes me prenant pour un débutant arrivé la veille de Rotterdam.
J’aime le ski, parce que je peux partager pendant 10 minutes un télésiège avec des inconnus qui parlent de leur boulot, de leur belle-mère ou de leur vacances en Club aux Bahamas, tout en se tartinant de crème solaire.
J’aime le ski parce que je peux manger un sandwich presque sec pour le prix d’un hélicoptère de combat, d’une nuit dans un palace, et des droits télés de la Coupe du Monde, dans une délicieuse odeur d’huile de friture rance.
J’aime le ski parce qu’en mangeant des spaghettis au ragoût de rat, bercé par la douce mélodie des souliers de ski sur le carrelage détrempé, je peux espérer que quelqu’un tombe, si possible en portant un plateau surchargé (et que celui qui n’en a jamais rêvé me jette la première boule de neige). Tiens, pourquoi pas cette pimbêche trop maquillée, avec sa combinaison blanche, ses lunettes Dior et son bonnet de fourrure rousse ?
J’aime le ski parce que je peux jouer au mikado en essayant de retrouver les miens parmi les centaines de paires étalées partout.
J’aime le ski parce que je peux me faire passer devant et marcher sur les spatules par des adolescents boutonneux qui s’extasient sur la beauté des montagnes tout en jetant leur paquet de cigarette par terre.
J’aime le ski parce que je peux avoir froid aux pieds, aux doigts et au visage, mais le faire avec les milliers de fantômes tout aussi frigorifiés que moi que je devine glissant à travers le brouillard.
J’aime le ski, parce que je peux payer pour tout ça.
J’aime le ski, parce qu’en détachant de mes doigts gourds les boucles couvertes de glace de mes chaussures, je sais que le meilleur moment arrive. Et là, la neige boueuse, l’odeur du diesel, les parents qui crient sur leurs enfants épuisés et transis, les voitures qui me frôlent à toute vitesse, pressées d’arriver dans les bouchons, plus rien de tout ça n’a d’importance.
J’aime le ski parce que lorsque enfin j’extirpe mon pied de ma chaussure, en tirant si fort sur mes muscles tétanisés de froid que j’en attrape une crampe, j’atteins une félicité presque orgasmique.
J’aime pas trop le ski, en fait, je crois.
« Humeur » hivernale, par Arpenteur, téléski depuis 1971
Et si la télé se servait d’elle-même pour faire de la pseudo-réalité ? Ca y est presque avec Benjamin qui se fait éliminer (« qui a obtenu le moins de vote ce soir ? le résultat est dans cette enveloppe »), et les autres. On pourrait développer le concept, et je suis sûr qu’il ne rendrait pas nos cerveaux moins disponibles à la publicité.
Tout le monde a son petit bruit fétiche, le son qui l'exaspère au plus haut point, au point d'orgue devrais-je dire.
Il y a quelques semaines, lors d’une de mes rares expériences dans nos chers Chemins de Fer Fédéraux, j’ai eu dans les mains pour la première fois «
Samedi, c’est « jardi » dans les quartiers de villas.
Aïe, c’est lui ou pas ?… et merde, oui, c’est lui. Qu’est-ce que je fais, qu’est-ce que je fais, qu’est-ce que je fais ? Trop tard pour changer de trottoir, de direction, ou pour m’enfuir en courant. Il m’a peut-être pas vu. Oh non, je le crois pas, il me fonce dessus. Il a même accéléré ou quoi ? Au moins ça fait un des deux qui est content. Mais bon, je vais encore me faire tenir la jambe, hurler dans les oreilles et postillonner dessus pendant un bon quart d’heure, si ce n’est plus. J’ai pas que ça à faire moi, merde. Ca y est, c’est foutu…
