Se la pète ici

courrier des lecteurs, lettres d’insultes non anonymes, demandes d’autographes, commandes de produits dérivés, achat des droits pour le cinéma, conseils pour devenir joueur de pipeau professionnel, sponsoring à plus de cinq zéros, ou autres raisons indispensables de me contacter directement ? glissez votre message dans l’enveloppe, léchez le timbre, et collez-le ici 

 

 

 

***

DURA LEX...

Toutes les lettres (et les chiffres aussi, allez, soyons pas radin) formant les mots qui constituent ce blog, ainsi que tout ce qui s’y trouve, y compris la super méga géniale bannière, sont protégés par la loi, des playmobils surarmés, et plein d’autres trucs plutôt cool. Alors on ne copie pas, on ne vole pas, on ne tire pas les cheveux des filles à la récré, sinon, je vais chercher des copains très baraqués, et on vient tous chez toi manger des pizzas aux anchois sur ton canapé, mettre tes boyaux en guirlande sur ton yucca, et casser ta télé. Alors fais super gaffe les gens. 

 

 

 

 

 

 

 

Avec le temps va

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Coup d'oeil

Lundi 20 février 2006 1 20 /02 /2006 08:45

Un soleil jaune et rasant qui transperce le bleu du ciel. Une forêt brunâtre et effeuillée. Un petit lac gris de glace. Un cygne blanc. 

Et le temps suspend son vol. Il avance avec la lenteur incertaine du cygne dont les larges palmes grises hésitent sur cette banquise improbable. Titubant, glissant, l’oiseau cherche un équilibre douteux de son long cou qui ondule. Le regard tendu vers la rive, il a l’air gêné que tu le regardes. 

Il ne sait pas qu’il t’offre un moment d’éternité. 

Sur la plage, tu l’attends, le sourire au lèvres. 

Fier et digne, il marche, glisse, tombe, se relève. Près de la rive, la glace cède, il se retrouve dans son élément, tout à coup majestueux. Le cou dressé il avance, sort de l’eau, et s’ébroue. Il étire ses ailes pour dessiner sur le sable l’ombre d’un aigle gigantesque, presque jusqu’à tes pieds. 

Vous vous regardez. Il se pose sur le sol. 

Tu lui dis merci. 

Et tu t’en vas. Tu remontes dans ta voiture, ébloui par le soleil hivernal. 

Tu démarres. 

« Le virus de la grippe aviaire a été retrouvé sur un cygne mort » t’avertit la radio. Troublante coïncidence. 

Tu te retournes vers la tache blanche que tu devines encore à travers les broussailles : « Merci, … et bonne chance ».  

« Coup d’œil » glacial, par Arpenteur, juge de patinage artistique depuis 1971 

(c)photo arpenteur2006

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Mardi 21 février 2006 2 21 /02 /2006 10:33

Hier, j’ai accompagné un ami pour visiter un appartement. J’aime pas visiter les appartements. On rentre chez des gens qu’on connaît pas, et on voit tous les recoins de leur chez eux. Même des habits sales parfois. On est mal à l’aise, les gens aussi. On veut faire vite pour pas déranger. Ils veulent qu’on fasse vite car on dérange. On veut tout voir, en faisant vite. On sourit. On plaisante comme de vieux amis. On ose pas dire que c’est moche. Polis, contrits. 

Hier c’est Barbie qui nous a ouvert. Jusque là, rien de bien spécial, sauf qu’elle était pas en plastique. 

Mais très vite, on a vu son Ken, à la Barbie. Enfin BigJim plutôt. 

Crâne rond et souriant, cheveux ras, et moustache en forme de « U » à l’envers. Des épaules plus larges que le couloir, moulées dans un T-shirt acheté au rayon 12-18 mois chez H&M. Un torse épais qui se rétrécit de plus en plus. Des jambes courtes qui semblent perdues dans un survêtement noir, avec d’énormes pantoufles jaunes, en forme de tête de Bart Simpson. Et tout à coup on ne sait plus s’il a 30 ou 8 ans… 

Avec toute la musculation qu’il a fait, on pourrait croire que tous les neurones sont tombés dans les épaules pour les faire gonfler à ce point. Mais là, les neurones sont carrément tombés dans les pantoufles. Et vu la taille des pantoufles, ce qui est rassurant c'est qu'il doit y en avoir un paquet.

Marcher sur la tête de Bart Simpson en rentrant du fitness… sans doute son rêve de gosse… 

Remercier, saluer, s’enfuir, éclater de rire. 

Mon ami ne prendra pas l’appart, ni Bart… euh Ken, pardon.  

 

« Coup d’œil » musclé, par Arpenteur, anatomiste depuis 1971 

Par Arpenteur - Publié dans : Coup d'oeil
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Vendredi 10 mars 2006 5 10 /03 /2006 08:14

«  Tout le monde a été surpris.

- Ah ben ça oui, c’est sûr. Il faut dire qu’il avait encore travaillé toute la semaine. 

- Oui, même samedi, il est passé devant la fenêtre de tante Elsa, et ma mère les a entendus discuter : il lui a promis qu’il viendrait faire son volet lundi. Ben lundi, il est pas venu. 

- Comme quoi, on choisit vraiment pas. Et heureusement... Heureusement. 

- Ouais. La vie est courte quand même. Avec ce genre de trucs, on voit bien qu’on s’emmerde souvent pour des bêtises. Les soucis, finalement, c’est pas vraiment des soucis. On ferait bien de pas se pourrir la vie avec des petits détails ou des chicanes pour des peccadilles. On sera peut-être pas là demain. 

- Oui, faut prendre le bon quand il est là. On est vraiment peu de chose. » 

Silence. 

Tintement de verres. 

Silence 

«  Tu remets deux de Pinot blanc, steuplé ? 

- Va falloir que j’y aille moi. 

- Ouais, moi aussi. 

- Allez, santé.
- Santé ! » 

Silence. 

«  Pis sinon, avec ton voisin, ça va mieux ? 

- Me parle pas de machin nom de djeu. Il veut toujours pas couper ses arbres. Pourtant le Juge il y a dit qu’ils dépassaient de 35 cm la hauteur légale. Et sa grognasse qui me nargue tous les matins. J’en peux plus. Et puis tu sais, Simone, ça la mine cette histoire. On a sans arrêt des feuilles dans les rosiers. Du coup elle est tout le temps stressée. 

- Pfffff, y a des gens qui ont vraiment aucun respect. 

- Arrête. Un jour je vais lui en foutre une à ce gars. Et chaque fois que j’arrive à la maison, je vois ces 2 arbres, et ça me rend bon grinche pour la soirée. 

- Et je pense qu’en plus ça te coûte la peau du cul en frais d’avocat cette histoire. 

- Arrête, arrête. Parle plus de ça, ou je réponds plus de rien. 

- De toute façon, faut que je file, sinon je vais encore me faire engueuler par Bobonne.

- Ouais, chienne de vie. » 

Et les deux jeunes cadres de réajuster leur cravate, et de remonter dans leur voiture neuve. Inutile de dire qu’un des deux avait un 4x4. 

Fin d’après-midi de mars, Café de la gare, Suisse romande. 

« Coup d’œil » désabusé, par Arpenteur, oreillette depuis 1971

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Vendredi 24 mars 2006 5 24 /03 /2006 15:21

Tranquille à l’apéro, j’attends un ami, plongé dans un journal.

A la table d’à côté, un couple 20-25 ans. Plutôt mignons, l’air heureux et amoureux.

Mes oreilles traînent. Oui, encore (non, non, elle ne sont pas démesurément grandes, promis).

« Tu as entendu, c’est notre chanson… » susurre-t-elle soudain onctueusement, des fleurs dans la bouche…

Et je le vois se liquéfier sous mes yeux. Je sens l’éclair glacial qui le pénètre par le haut du crâne, transperce son corps jusqu’au bout des orteils, faisant perler des gouttelettes de sueur froide le long de son échine.

Je sens même baisser la température.

Ses yeux vacillent cherchent à s’accrocher quelque part. C’est la bousculade dans son esprit, je l’entends presque : « putain, c’est notre chanson ? on a une chanson ?… oui, c’est juste, elle me le dit à chaque fois… Mais pourquoi c’est notre chanson déjà ? ».

Panique. Regard perdu.

Il cherche un sujet de conversation en tripotant nerveusement ses clés. Il espère que le lustre se détache et se plante au milieu de son crâne tel Excalibur dans son rocher magique, ou que le serveur se plante avec le plateau. Il prie pour qu’il y ait une chute de vélo dans la poubelle juste devant la fenêtre, ou pour que le caniche de la vieille dame qui passe sur le trottoir d’en face prenne feu. Et même, avec un peu de chance, Dobelyiou pourrait penser que Le Matin est une arme de destruction massive (aurait-il tort?) et déclencher une frappe chirurgicale sur toute la Suisse romande.

Mais non, rien. Rien ne se passe… un ange, et c’est tout, qui lentement referme le piège…

« Tu te souviens ?… », insiste-t-elle.

Une épaisse terreur noie son regard qui croise le mien dans un dérisoire appel à l’aide.

« Oui », bredouille-t-il timidement.

Elle remarque son trouble. Ben oui, on la lui fait pas à elle…

« Ah oui ? et pourquoi c’est notre chanson ? ».

Silence.

L’ange resserre les mâchoires du piège.

« Ben bravo, je vois que tu t’intéresse beaucoup à notre histoire. Finalement nous deux tu t’en fous en fait… 

- Mais non, c’est pas vrai, je m’en fous pas du tout. C’est pas si important c’est tout.

- Pas important ? la chanson qui passait dans le supermarché le jour où pour le première fois nos regards se sont croisés ?

- On ne s’est parlé que 3 semaines plus tard…

- Oui, mais quand même, si notre histoire comptait un peu pour toi, tu te souviendrais. »

Silence. 

Et là, le serveur sauveur arrive. Mon voisin prétexte une erreur de commande pour dévier la conversation. 

Elle fait mine de fouiller dans son sac, trafique son portable. Ils boivent sans un mot. Puis sortent. Il lui prend la main dans l’allée verdoyante baignée de soleil. L’atmosphère printanière douce et légère semble l’apaiser. Elle le laisse faire. Ils s’arrêtent, il l’embrasse.

Je ressens presque son soupir de soulagement quand je vois ses épaules se détendre. Sauvé.

Et là je me dis : combien de couples ont sauté sur ce genre de coup ? A mort les radio-libres !

A noter dans mon pense-bête : éviter tout lieu où je risque d’entendre de la musique…

« Coup d’oeil » musical, par Arpenteur, disc-jockey depuis 1971

(c) photo arpenteur2006

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Vendredi 23 juin 2006 5 23 /06 /2006 09:04

Le football, c’est aussi une histoire de supporters, pas seulement de pelouse, de pieds et de ballons. Quoique, souvent les supporters prennent leur pied, et des ballons, de blanc. De rouge aussi, des foi(e)s. Mais un supporter, c’est quoi ?

Un corps. De préférence et en immense majorité masculin, et suisse allemand. Tout en rouge et en slogans. Visage rouge à croix blanche, qui transpire la bière, et le rouge et le blanc (le maquillage, pas les vins, c’est en Allemagne quand même). Coiffé de tout et de rien, de rouge et de blanc (les couleurs, pas le vin, c’est en Allemagne quand même). A la main un drapeau, de toute taille et de toute couleur, c’est-à-dire rouge et blanc. Dans l’autre, dans un verre en plastic, une bière (je l’avais dit que c’est en Allemagne quand même, et que c’est en immense majorité masculin, non ?). Bière qui ne peut jamais chauffer, avalée ou renversée, en moins de temps qu’il n’en faut pour citer ce fameux proverbe bavarois « bière qui coule n’amasse pas mousse ».

Un cri. Rauque et répétitif. Un cri plus qu’un chant, un hymne bégayé dans trois langues et en suisse allemand. Des mains qui claquent, des rouges qui marquent. Des « goals » qu’on crie, des gros cons crient. Je crie. Tu cries.

Sur le terrain du rouge du blanc du vert.

Dans les gradins du rouge du blanc de la bière.

Plus de classes sociales, juste des masses joviales.

Le football c’est rien, mais quand il crée ça, c’est mieux que rien et c’est déjà ça…   

« Coup d’œil » rouge, par Arpenteur, blanc depuis 1971

(c)photo arpenteur2006

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Jeudi 17 août 2006 4 17 /08 /2006 22:49

C’est dur de dire ça, mais qui ne l’a jamais dit. 

Demain j’arrête de manger entre les repas, demain j’arrête le porc, demain j’arrête le sport, demain j’arrête de bosser, demain j’arrête le poisson, demain j’arrête de boire, demain j’arrête de me ronger les ongles, demain j’arrête de fumer, demain j’arrête la pipe (non, je déconne), demain j’arrête les SMS, demain j’arrête les produits light, demain j’arrête d’écrire un blog (c’est une pure hypothèse, rengainez votre pistolet, rebouchez votre flacon de barbituriques, posez cette corde, éteignez le gaz, c’est juste un exemple j’ai dit), demain j’arrête de me moquer, demain j’arrête le chocolat, demain j’arrête la télé, demain j’arrête….de dire demain j’arrête… 

- Arrête ! 

- Oui, mais c’est dur… 

C’est vrai que c’est pas facile. Pas de dire, de faire. Alors il y a des aides. 

Par exemple tu peux te coller des trucs sur la peau qui fument à ta place, directement à travers les pores. Et en plus, tu déranges personne. Bon c’est moins pratique pour draguer car tu ne peux plus demander du feu pour essayer d’allumer. Ou sinon, tu peux te convertir à l’Islam, et tu peux arrêter le porc, comme ça, d’un coup d’un seul. Ou si tu veux arrêter de te ronger les ongles, tu peux te mettre un produit sur les doigts, et quand tu te les mets dans la bouche, ils ont le goût du porc, et vu que tu as arrêté le porc…

C’est ce qu’on appelle les moyens de substitution. 

Et si ça marche pas, il y a des cures. Là tu te réunis avec des gens, tu t’assieds en rond sur des chaises, qui sont même pas musicales, et tu te racontes parmi que demain tu arrêtes. 

- Bonjour, je m’appelle Arpenteur, j’ai arrêté de dire des conneries… enfin, j’essaie, depuis 1971. 

- Bravo Arpenteur, bienvenue… 

Alors pour t’encourager à faire le pas, et décider enfin que là, tu arrêtes, il y a des campagnes de prévention pour t’expliquer comme ce serait mieux si tu arrêtais, comme ta vie elle deviendrait belle avec plein de fleurs dedans, et omme tu serais en pleine santé comme un berger dans les alpages. 

Il y aussi des pubs pour te présenter les centres de cure. 

Et alors parfois, le hasard (vraiment ? ou un colleur d’affiche facétieux ?) fait que c’est encore plus dur de dire « demain j’arrête ». Si, si… 

Par exemple quand les affiches pour la Villa Flora, centre de traitement de l’alcoolisme, à Sierre (Valais, Suisse, pour ceux qui sont d’outre ici), côtoient, et même flirtent, avec les affiches pour Vinea, salon-exposition vinicole, avec dégustations, et autres apéros, à Sierre (Valais, Suisse, pour ceux qui sont d’outre ici) également… Là, franchement, c’est dur, non ?  Allez, c’est dit, demain j’arrête. 

Ou pas.

« Coup d’œil » final, par Arpenteur, œnologue depuis 1971

(c)photo arpenteur2006

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Mardi 12 décembre 2006 2 12 /12 /2006 15:05

Dans un supermarché, le samedi matin qui suit le vendredi de la paie, il est plus dur de faire avancer son caddie que de trouver une place pour le prochain concert des Beatles au complet. En plus de l'affluence, ce qu’il y a de différent le samedi, au regard du reste de la semaine, c’est que les hommes, ils ont congé. Alors il y en a un peu plus ce jour-là, même beaucoup plus.

Il y a celui qui est pressé, qui ne prend même pas de caddie, pour mieux pouvoir se faufiler dans les allées, comme une vespa dans les carrefours aux heures de pointe, en narguant ces couillons dans leurs bagnoles. Il a la quarantaine, n’est pas très bien rasé, a le regard dur et fermé, et semble agressif. Il fait dans l’alimentaire. Le mâle qui retrouve son instinct et chasse pour se nourrir. Il est là pour remplir le plus vite possible son frigidaire, histoire de passer la semaine, soit que sa femme est malade, ou bien il (sur)vit seul. On le trouve surtout près des produits surgelés, et des plats pré-cuisinés. Et à la caisse, il change entre 4 et 5 fois de queue (de file, pas sa queue, non, il y tient trop), calculant mentalement le contenu des caddies qui le précèdent, le rendement de la caissière, et le potentiel d’efficacité des clients devant lui : ont-ils une carte de crédit ? de la petite monnaie ? des bons de réduction ? ont-t-ils étiqueté tous leurs légumes, etc. ? En principe, l’homme pressé prendra finalement la queue la plus longue (ce qui le flatte, inconsciemment), puisque Murphy n’a pas congé le samedi, lui. Par conséquent, à éviter. 

On trouve encore celui qui est fatigué. Il a la cinquantaine, et une moustache. Il a bossé toute la semaine sur un chantier, ou dans une usine. Il est là pour faire de l’utilitaire. Madame lui a fait mettre son plus joli chandail, et il a été contraint, par solidarité, ou pour pouvoir baiser ce soir, de la suivre, bien qu’elle soit déjà venue faire les commissions trois fois cette semaine, il lui manque encore quelque chose. Il pousse docilement le caddie, derrière elle, sans un mot, le regard vide. Parfois, il se fait distancer légèrement, parce qu’un homme pressé lui coupe la route. Alors sa femme se retourne, et on entend un « Eh ! » agressif. Alors l’homme fatigué lève ses yeux tristes, lui fait un signe de tête qu’il veut enthousiaste, et reprend son chemin de courses. A aucun moment il n’a le choix de ce qui rentre dans le caddie. De temps en temps, il croise un de ses semblables. Ils échangent un regard abattu, et se sentent moins seuls. A la caisse, il tend docilement à sa femme ce qu’il extrait du caddie de ses grosses mains rugueuses, et elle les dispose sur le tapis roulant. Elle lui dit de faire attention c’est fragile. Il pousse le caddie vide, puis il sort son porte-feuille usé, débordant de factures, et il paie. 

Il y a celui qui vit enfin seul, avec ses premiers salaires après les études. Il a la fin de vingtaine, porte jeans, paletot et baskets. Il se balade fièrement en poussant son propre caddie, assumant totalement sa « métrosexualité ». Il sait qu’un homme qui fait les courses est bien vu par les femmes. Il traîne longuement dans le rayon bio, ou produits frais, comme s’il était au marché, appréciant et tâtant la marchandise, de préférence étiquetée « commerce équitable », d’un air connaisseur, même s’il sait que tout cela finira par moisir chez lui, car il n’y est jamais. Entre le travail, les amis, les sorties, comment pourrait-il cuisiner. En général, il ne va pas dans les grandes surfaces, mais de temps en temps il aime y faire ses courses. Ainsi, il se sent proche des gens et les observe. Parfois, il échange quelques mots avec la dame devenue vieille qui était sa voisine dans le quartier de son enfance. A la caisse il est poli et jovial, espérant ainsi adoucir la journée de la caissière dont le travail abrutissant et avilissant, le dérange. Mais quand il sera sorti, il aura oublié.

Il y a la jeune famille. La petite dernière assise dans le caddie poussé par papa qui lui fait des grimaces. L’aîné court dans les allées pendant que maman tourne et retourne dans ses mains une liste longue comme l’annuaire téléphonique de Shanghai. « Regarde ce qu’il fait va le chercher s’il te plaît. Si c’est pour pas m’aider, pas besoin de venir tu sais ». Et l’homme papa va chercher son fils, essayant de le calmer sans crier, sans se faire remarquer dans la foule. Quand sa femme lui demande s’il préfère ceci ou cela, ça lui est égal, et elle ça l’énerve. Il n’entend pas, mais elle marmonne en cherchant des yahourts 0% en action. Il aimerait surtout rentrer, et se dit que se serait plus simple que l’un d’eux aille faire les courses seul et que l’autre garde les enfants. Tout le monde y gagnerait : moins d’énervement et un peu plus de temps pour d’autres choses ensemble. « Mais non, on fait déjà si peu de choses en famille », lui dit-elle tous les samedis quand il essaie d’organiser ça différemment. Alors il vient avec elle, pour l’aider. Il l’aime. A la caisse, elle le laisse tout seul, car elle a oublié quelque chose. Il a peur, lui dit de ne pas faire trop long, de ne pas traîner « comment je vais faire moi, tu as vu comme la file avance vite ? ». « Tous les jours, je gère ça toute seule moi », et elle s’en va. Aux aguets, le regard terrifié, il tente de maîtriser sa panique et les enfants, espérant que la caissière ne sera pas efficace, et que sa femme revienne à temps.

Et à la sortie, en se remettant au volant de leur 4x4 rutilant, de leur Subaru rouillée, de leur vélo, ou de leur Espace familial, ils retrouvent leur rang. Tous apprécient alors la chance de ne pas être une femme, avec une admiration qu’il n’avoueront jamais. Maintenant sur la route, ce sont eux les chefs. 

Jusqu’au retour à la maison… 

« Coup d’œil » embouteillé, par Arpenteur, pousse-caddie depuis 1971

(c)photo arpenteur2006

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Vendredi 16 mai 2008 5 16 /05 /2008 13:04

Comme les gens font des enfants de plus en plus tard, ils ne peuvent pas regarder les dessins animés avec leurs rejetons. Par conséquent, il a fallu inventer les discothèques pour les plus de 28 ans, pour qu’ils puissent aller écouter les génériques de dessins animés de leur enfance sans honte, ainsi que des tubes chantés par des gens qui n’ont jamais été sauvés par des SMS pour continuer l’aventure.
Il se trouve que dans les environs d’ici, donc genre un peu la campagne quelque part en Suisse, il y en a une depuis peu. Toujours soucieux de te rendre moins con (si, si, je te jure c’est possible), et surtout de ne pas rentrer trop tôt, l’arpenteur a pris le risque inouï d’y aller, lui qui déteste la danse (qui le lui rend bien, d’ailleurs, cette salope, mais là n’est pas le propos).
Grâce à ce courage journalistique trop rare de nos jours, il peut t’abreuver de judicieux conseils, si toi aussi tu veux aller danser sur Ohé ohé capitaine Flam abandonné
Tout d’abord une boîte provinciale pour les plus de 28 ans, c’est en dehors de la ville, entre des réservoirs géants pour du pétrole libyen et la ferme de Gustave-Marcel Duchemin, d’où cette riante odeur sur le parking. Donc mieux vaut venir avec le nez bouché, ou un verre dedans, le nez (mais en taxi alors, ou accompagné, attention hein !). D’emblée tu constates avec une certaine appréhension, que tu trouves très facilement une place de parc…
Du coup, tu hésites un peu devant la porte du J*, mais comme tu n’as pas envie de rentrer, tu rentres (réfléchis, tu vas comprendre…………… làààà bien… tu vois, elle était bonne, non ?)
Une fois entré, on te prend ta veste, parce que c’est vestiaire obligatoire, et le préposé ne t’encourage pas spécialement en disant : « il n’y a pas grand monde »… Mais il a surtout l’outrecuidance de ne pas te demander ta carte d’identité cet enfoiré… alors que je le rappelle c’est interdit aux « moins de 28 »…

Non mais oh… pas le sens du commerce les gars… Toujours flatter le client, on ne vous l’a jamais dit à l’école des « patron de boîte » de Goumoëns-sur-Arbaz ?
Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, tu passes le rideau, et tu te retrouves d’un coup d’un seul dans l’épisode 439 de Derrick (celui où il enlève ses lunettes deux fois). Le décor est tel que tu vérifies tout de suite si ce n’est pas Horst Tappert qui est aux platines mange-disque. Mais non, c’est DJ Franky, celui que tu évitais à chaque fois qu’il était dans un bar, depuis que tu as 18 ans… mais apparemment, il a enfin appris à se taire entre les chansons…
La musique est sympa, et pour une fois, tu reconnais deux trois morceaux, et le son n’est pas trop fort, ce qui est agréable et reposant pour les piles de ton sonoton. L’air détaché, tu poses tranquillement ta bière sur une table basse en formica, qui change de couleur toute seule, et tu essaies d’avoir l’air cool (le principe même d’une enquête, c’est de ne pas se faire repérer), en discutant avec tes vieux potes de ta première sortie en boîte, comme un ancien combattant.
Tu ne tardes toutefois pas à te demander ce que tu fais là. Ca se remplit lentement. Quelques clients pas trop rouillés essaient de danser, dont le père de Kevin, et la mère de Sim, mais aussi la réceptionniste de la maison de Commune, le droguiste, celui qui a une entreprise de peinture, et l’assistante dentaire, entre autres.
Il n’est pas dur d’imaginer que le plan drague de base n’est pas « vous habitez chez vos parents », mais plutôt « vous avez divorcé quand ? », pendant les slows (oui, oui, il paraît qu’il y a des slows, comme à la boum pour les 13 ans de Christophe, en 1984)…
Mais vers deux heures du mat’, tu es complètement claqué, alors tu rentres chez toi, en regrettant déjà d’être venu, car tu sais qu’au moins jusqu’au mardi suivant tu auras la tête dans le cul… et le tien en plus, ce qui n’est pas le plus amusant, il faut le reconnaître…
Mais il y a aussi du bon. Par exemple, tu ne paies pas l’entrée, et c’est le seul endroit que je connaisse où les boissons non alcoolisées pour le chauffeur sont gratuites…
Comme quoi l’adage « plus tu deviens vieux, plus tu deviens con », n’est peut-être pas forcément juste…
« Coup d’œil » dans le rétro, par arpenteur, disc-jockey depuis 1971

(c)photo arpenteur2004 - rejkjavik, islande 

*le nom complet restera anonyme car d’une part je n’ai pas été payé pour cette publicité (mais suis ouvert à toute proposition), et d’autre part, l’arpenteur est secret… et vénal, puisque moyennant corruption active, il est possible que je cafte, si quelqu’un a vraiment envie d’aller visiter et qu’on me le demande par mail…
Par Arpenteur - Publié dans : Coup d'oeil
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Samedi 6 décembre 2008 6 06 /12 /2008 10:50

Le froid mordant dans lequel chaque matin je gratte les vitres de ma voiture ôte à tout être doté de terminaisons nerveuses quelconques, l’envie de rester immobile tel un glaçon suspendu à une gouttière attendant patiemment le printemps pour se péter la gueule sur ton paillasson, ou sur ta tronche.
Et pourtant, l’immobilité a du bon…
Tu peux te démarquer de la masse grouillante, gluante et flasque, de la foule des téléspectateurs-consommateurs, qui arpentent les rues en ce moment qui ne connaît pas la crise (oui, autant en profiter, on sera tous morts de la crise vers fin mars, voire début avril, selon ce qu’on entend…si, si, c’est la crise, vous saviez pas ?). Alors que tout le monde est à la recherche d’un moule à ravioli super original fabriqué par des enfants vietnamiens comme cadeau pour Arthur-Kevin, qui, à 3 ans, devrait quand même enfin se mettre à la cuisine s’il veut devenir un bon métrosexuel, toi tu peux être différent.

Il te suffit de devenir un freezer (mais non, pas un gros truc avec le bide tout blanc couvert d’aimants et des yaourts à la fleur de sureau périmés à l’intérieur). Un freezer, c’est un participant à ces happenings (oui, tu ne rêves pas, les Virgules deviennent bilingues et s’attaquent au marché américain) appelés flash-mob, lors desquels, à un moment bien précis, tous les participants s’arrêtent en plein mouvement, pendant quelques minutes (oui bon quoi, tu connais ça depuis des années ? ben moi je te rappelle que je suis au nord de la route des cerisiers, et même si j’arpente plutôt beaucoup, je connaissais pas…suis pas trop hype non plus, à la base).
Un freezing, c’est comme si tout à coup c’était l’Age de glace 6, mais sans le petit écureuil super-rigolo (bon y a quand même parfois 2-3 mammouths). Tout le monde est fin gelé, immobile (pratique pour les pickpocket, ou pour peloter les filles ou regarder sous leur jupe d’ailleurs…)
Oui, je sais, j’explique super bien, c’est un talent tout à fait naturel chez moi, j’ai d’ailleurs été approché par Ikea pour rédiger les notices de montage de leur armoire Frlijsgoerdaahnör, alors c’est dire, mais j’ai refusé : j’aime pas le bleu.
Et sinon, il y a par exemple youtube qui explique pas trop mal aussi (si tu veux tu cliques ).
J’avoue que je trouve l’effet assez impressionnant. Tout à coup, la foule est transformée en individus. Les gens, deviennent lui ou elle. Et pour ceux qui en doutaient encore, je trouve que cela montre non le pouvoir de la masse, mais le pouvoir de l’individu un par un. Chacun existe.
Il semble alors que l’on pourrait faire pas mal de choses, lorsqu’on se rend compte ainsi combien on est beaucoup (cette phrase vient de m’être rachetée par l’Académie française, pour 1.64 euros).
On pourrait par exemple aller voter (en Suisse, dans presque chaque votation ou élection, plus de la moitié des gens qui ont le droit de vote ne l’utilisent pas…), ou on pourrait par exemple refroidir la planète (freezer ?) en surveillant la provenance de ce que l’on achète, en limitant sa consommation de plastic, en triant ses déchets, et réfléchissant à ses modes de déplacement…
Et si on s’y met tous, quand on voit l’effet que peuvent avoir quelques dizaines, dans quelques années le réchauffement climatique ne sera plus qu’une anecdote historique, et on pourra encore voir l’Age de glace 12.8…
Faut juste espérer que l’écureuil un peu con sera encore là…
« Coup d’œil » encore jamais vu, par arpenteur, con gelé depuis 1971
PS : pourquoi ne pas freezer samedi 13 décembre à 14h, n’importe où. Non sérieux, où que vous soyez, mais par exemple sur la place Estelle Domenech à Villarbioud-le-Séchard, en pleine orgie d’achats compulsifs pré-noëliques ?…
©photo arpenteur2004 - Islande

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Jeudi 15 janvier 2009 4 15 /01 /2009 20:03

Et moi, et moi, émois…
6'000'000’000
C’est loin de n’être qu’un chiffre…
Famille, rêves, colère, héritage, mort, épreuve, argent, nature, vie…
Tous différents, tous les mêmes… il sont presque tous là 

6 milliards d'autres
 

« Si on me donnait la chance de changer quelque chose, j’aimerais bien être une femme » Dong, Chine
« Mon occupation préférée, c’est lire et écrire, quelques textes sur ce qu’il m’arrive » Solemna, Mexique
« De nos jours, les mariages sont des flops. 99% des mariages d’amour ne marchent pas. A partir du moment où tes parents ont organisé ton mariage, comme ils l’ont arrangé, tu peux aller te plaindre auprès d’eux. Mais avec les mariages d’amour tu ne peux plus rien dire à tes parents. » Sabira, Pakistan
« De la maison je suis la seule survivante du tsunami. Alors parfois je me demande si mes frères ou ma sœur ou mes parents, sont encore en vie loin d’ici, et peut-être qu’ils sont amnésiques et ne savent pas où aller, ou peut-être que quelqu’un les a emmenés, loin, mais je ne sais pas où. Parce que je n’en ai retrouvé aucun. Aucun » Risma, Indonésie
« Pour être heureux, il faut se donner des buts. Si tu les atteins avec succès c’est le bonheur. Comme je garde des moutons, mon but est de bien garder la totalité du troupeau, de bien les engraisser, et de les ramener ainsi à leur propriétaire. C’est ça mon bonheur » Sadiev, Kirghizie
« Ce que j’aimerais changer ? J’aimerais être plus éduquée… » Fatima, Tchétchénie
« Il faut avoir beaucoup d’enfant. Parce que je n’ai pas beaucoup d’argent et pas beaucoup de chèvres, j’ai fait beaucoup d’enfant. Comme j’ai beaucoup de fille, je peux les donner à des hommes riches, qui me donnent des chèvres ou des vaches » Kole, Ethiopie
« Mon rêve d’enfant c’était d’être vendeuse de sapins de Noël, parce que je m’imaginais que je ne travaillerais qu’un jour dans l’année » Raisa, Finlande
« Après la mort ? Il se peut qu’il n’y ait rien. Mais c’est terrible de penser à ça. Pourtant c’est une possibilité très sérieuse. Alors les mecs, dépéchez-vous ! Essayez d’aimer les gens autour de vous, parce que quand on débranche, on devient de la viande froide pour les vers » Fabrizio, Italie
« Quand j’étais petit, je rêvais d’être grand. Maintenant que je suis grand, je rêve d’être petit » Evgueni, Russie

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« Coup d’œil » autour, par arpenteur, nombriliste depuis 1971
(c)photo arpenteuse-arpenteur2002-2008

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