Se la pète ici

courrier des lecteurs, lettres d’insultes non anonymes, demandes d’autographes, commandes de produits dérivés, achat des droits pour le cinéma, conseils pour devenir joueur de pipeau professionnel, sponsoring à plus de cinq zéros, ou autres raisons indispensables de me contacter directement ? glissez votre message dans l’enveloppe, léchez le timbre, et collez-le ici 

 

 

 

***

DURA LEX...

Toutes les lettres (et les chiffres aussi, allez, soyons pas radin) formant les mots qui constituent ce blog, ainsi que tout ce qui s’y trouve, y compris la super méga géniale bannière, sont protégés par la loi, des playmobils surarmés, et plein d’autres trucs plutôt cool. Alors on ne copie pas, on ne vole pas, on ne tire pas les cheveux des filles à la récré, sinon, je vais chercher des copains très baraqués, et on vient tous chez toi manger des pizzas aux anchois sur ton canapé, mettre tes boyaux en guirlande sur ton yucca, et casser ta télé. Alors fais super gaffe les gens. 

 

 

 

 

 

 

 

Avec le temps va

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Flashback

Mardi 6 juin 2006 2 06 /06 /2006 08:08

Imaginez une auberge de jeunesse, lieu convivial par excellence.

Si convivial qu’on a pris soin de la construire en bois, avec des murs en papier à cigarette (pas en feuilles à rouler, je précise).

Si convivial qu’on a placé les lieux d’aisance (et ce n’est pas la terrasse ensoleillée), juste à côté de la petite salle à manger commune.

Esprit communautaire quand tu nous tiens…

L’être humain standard fait probablement la grosse commission à la Migros le dernier samedi après-midi du mois 180 fois par année au moins. Dans 98% des cas (les experts ne sont pas sûrs des chiffres, mais admettons) cela se passe bien tranquillement chez soi, et cela ne donne lieu à aucun événement particulier (sauf quand il s’agit de Miss Suisse, car dans ce cas, le Machin de ce matin en fait la première page).

Reste donc par hypothèse 2% des cas…des cacas même…

Imaginons donc le pire. Un gros besoin genre qui vous torture depuis une heure les intestins, et qu’enfin rentré à l’auberge, vous allez pouvoir soulager. A peine installé (normalement selon une loi de Murphy, c’est occupé, et il faut encore attendre un bon quart d’heure, mais pas toujours). A peine vous êtes installé donc, quelqu’un essaie d’entrer. Et là, bonne nouvelle : vous avez pensé à fermer à clé.

Du coup, un peu gêné quand même, vous essayez de faire au plus vite. Et chaque minute dure un siècle, rien ne vient, et vous « restez le cigare au bord des lèvres » (Proverbe Etazunien, Bill Clinton, 1997). Dans l’intervalle bien sûr, pas question de vous lever et de libérer le trône. Derrière la porte, vous entendez tourner les pages d’un journal à la salle à manger (c’est pas celui qui est dedans qui est censé lire normalement ?).

Après un bon quart d’heure de torture tant morale que physique, vous parvenez enfin à vous soulager, dans la douleur, en émettant un incontrôlable soupir, et un « plouf » magistral.

C’est à ce moment là précis que vous constatez avec effroi qu’il ne reste que quelques feuilles de papier et qu’il n’y a pas de recharge. Keep cool. Vous faîtes de votre mieux avec les doigts application, et tirez l’eau.

Après avoir remonté votre pantalon, vous vous retournez, et là… c’est le drame. Vous remarquez, sans en être vraiment étonné, que la cuvette est à la limite de déborder. Petite prière silencieuse qui vous permet d’entendre que dans la salle à manger, quelqu’un grignote des chips.

La cuvette ne déborde pas. Merci mon dieu. Mais il s’en faut de peu, et elle ne se vide plus…

« Crr, crr, crr,… » les chips continuent à se faire lentement massacrer juste derrière la porte...

Tentant le tout pour le tout, vous prenez la brosse et essayez de déboucher tout ça. La cuvette se vide avec une lenteur désespérante, et vous répétez l’opération plusieurs fois, à grand bruit.

Touillage, tirage de chasse. Touillage, tirage de chasse. Etc. Ce qui vous laisse largement le temps de constater que jamais auparavant cela ne vous est arrivé, lorsqu’il n’y a personne qui lit le journal et mange des chips derrière la porte.

Après 20 minutes (ce coup-ci les experts sont sûrs des chiffres), vous parvenez enfin à déboucher tout ça.

Il ne vous reste plus qu’à sortir, et à affronter le sourire du lecteur-grignoteur.

Pétrifié de honte, vous regagnez votre chambre au bout du couloir, avec ce qui vous reste de dignité.

Et c’est là que votre amoureuse vous dit à moitié endormie sous la couette : «  Tu as entendu ? quelqu’un a bouché les toilettes on dirait… »

Vous vous couchez sans un mot. C’est probablement un cauchemar. 

« Flashback » déculotté, par Arpenteur, plombier depuis 1971

(c)photo arpenteur2004

Par Arpenteur - Publié dans : Flashback
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Jeudi 13 juillet 2006 4 13 /07 /2006 12:37

En ces lendemains qui cantano et qui déchantent (Didier?), dans le silence enfin retrouvé des klaxons muets, j’ai une coupe (de boule ?) de plus à mettre à mon palmarès de mec de base, qui depuis tout petit regarde la finale de la Coupe du monde.

Argentina 1978 : Argentine-Hollande.

J’étais pour la Hollande, même si j’étais petit. Sans doute sous l’influence de mes parents, l’impossibilité d’être pour l’Argentine des généraux. A la surprise de tout le monde, la Hollande ouvre le score. Je cours sur le balcon de l’immeuble en criant « il y a le feu, il y a le feu, les Orange ont marqué», ce qui effraie ma mère. Feu de paille.

España 1982 : Italie-Allemagne

Dans la maison de vacances, en famille. J’ai plein d’amis italiens, mais je ne peux pas être pour les Azzuris, sans doute mon esprit de contradiction. Impossible d’être pour l’Allemagne non plus. Le but de Paul Breitner qui sauve l’honneur, et le monde devient vert blanc rouge.

Mexico 1986 : Argentine-Allemagne

Sans doute dans la maison familiale. Pas de souvenir, si ce n’est Maradona en bleu qui embrasse sa Coupe, et le soleil éblouissant de Mexico. Sans doute encore sous le choc de la victoire de la France en quarts de finale contre le Brésil, et l’image magique de Platini qui tire par-dessus le stade, et l’horreur de voir Luis Fernandes faire l’avion les chaussettes en bas après avoir inscrit le penalty victorieux.

Italia 1990 : Allemagne-Argentine

En Espagne, dans un bar allemand, dans une ville pleine de jeunes de 20 ans venus s’ennivrer la nuit, et cuver sur la plage. Bière et chants, police et matraques.

USA 1994 : Brésil-Italie

Chez les parents d’un ami italien, avec d’autres amis. L’importante communauté italienne de la ville est prête à faire la fête. La match est lent, long, nul. L’Italie joue mal, l’Italie ne joue pas. Tirs au penalty, et le silence. Accoudé à la fenêtre, je pense « bien fait, ils n’avaient qu’à jouer », mais je suis triste pour mes amis et tous ces gens dehors sur la place.

France 1998 : France-Brésil

Chez les parents d’un ami. L’italien de la soirée prépare une pizza enfermé dans la cuisine. Il ne veut pas voir naître une étoile sur un autre maillot bleu que l’Azzuro. Consternation. Il est parti avant la fin du match, sans avoir quitté la cuisine. On ne l’a pas vu s’éclipser. Comme le Brésil. 

Corée-Japon 2002 : Brésil-Allemagne

Sur la terrasse du chalet d’une amie pour ses 30 ans. La télévision installée dehors sur un tabouret, il faut faire tenir la parabole avec un balai. Peu d’intérêt pour le match. C’est la journée, le soleil brille, les montagnes sont magnifiques et la bière fraîche.

Deutschland 2006 : Italie-France

A la maison avec des amis italiens, et autres amoureux de l’Italie. Grillades, tomates et mozzarelle, vin rouge de Toscane et soleil, sauts et chants dans le salon, drapeaux et concert de klaxons dans la ville. Regarder Zizou sortir de sa carrière sur un tapis carton rouge, et le visage transpirant de rage et de dépit de Thierry Gilardi sur TF1 sont presque autant jouissifs que de partager une telle joie avec des amis.

Parfois les petites portes permettent des sorties encore trop grandes quand on tombe de si haut… Et finalement, tout est remis en place…

« Flashback » dé-Coupé, par Arpenteur, marqueur depuis 1971

(c)photo Reuters2005

Par Arpenteur - Publié dans : Flashback
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Mardi 29 août 2006 2 29 /08 /2006 18:41

A voir la foule de mamans affairées et d’enfants surexcités dans les papeteries ces jours-ci, il n’y a plus aucun doute, c’est la rentrée. 

Et tous ces enfants, en ces premiers jours de l’année, se sont levés avec la petite boule dans le ventre, lourde et chaude, que tout le monde a bien connu. Quelle institutrice aurai-je ? A côté de qui vais-je être placé ? Vais-je rester dans la même classe que Fabrice ? et autres questions fondamentales. 

L’odeur d’encaustique des longs couloirs de lino brillant, le plaisir de recevoir de nouveaux livres usés qu’on feuillette en vitesse avant d’essayer de tous les mettre dans son cartable, le crochet qu’on se choisit dans le vestiaire, et l’impression d’être le plus grand rebelle du monde en chiquant pendant la leçon.

Et chacun ensuite d’essayer de s’intégrer dans une tribu, de s’approprier un morceau de cour de récréation, où seul seront admis les camarades agréés. Puis ce sera la saison des billes, du football, du tagada, etc. 

La fête de Noël, où chacun plantera une bougie dans l’orange posée sur son pupitre, et amènera des lots pour le loto. On préparera les masques pour carnaval en découpant des yeux dans une assiette en carton, et on continuera, comme toute l’année à se moquer de celui qui a reçu le prénom Wolfgang pour l’initiation à l’allemand. Lors de la sortie à ski, il faudra trouver le juste milieu, pour à la fois ne pas être trop près du moniteur et passer pour un fayot, et ne pas être trop loin, car on a vraiment peur de se perdre dans le brouillard. Puis, à la fin de l’année, la course d’école, les chocs-ovos et les sandwichs dans le papier d’alu au fond du petit sac à dos sentant un peu le renfermé, le canif pour jouer dans la forêt. 

Et enfin la dernière semaine, euphorique, lors de laquelle on arrache avec plaisir la doublure des livres qui nous ont accompagné toute l’année, en attendant avec un mélange d’impatience et d’angoisse le grand vide des vacances d’été, et des camarades qui s’éparpillent sur les plages au loin. 

Et aujourd’hui, ma rentrée, c’est juste de remarquer ce genre de choses, et d’essayer de n’écraser personne en regardant les affiches de prévention au bord des routes. 

Au moins, je n’ai plus besoin d’acheter un rapporteur, ni de me demander pourquoi on appelle les gros classeurs des classeurs fédéraux.

Je m’en fous, j’arrive à les porter d’une main aujourd’hui. 

« Flashback » éducatif, par Arpenteur, tableau noir depuis 1971 

(c)photo arpenteur2004 

Par Arpenteur - Publié dans : Flashback
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Lundi 9 octobre 2006 1 09 /10 /2006 17:19

Discrètement, on nous a rappelé ce week-end que voilà un an, la couverture journalistique du tremblement de terre qui a secoué le Pakistan et fait des milliers de victimes avait été presque inexistante (comme les couvertures sur place, d'ailleurs). Enfin on nous a plutôt rappelé que ça avait eu lieu, vu qu’ils en avaient quasiment pas parlé à l’époque. On était loin d’un raz-de marée tsunami (raz-de-marée ça fait ringard, pardon) d’infos, et par conséquent de dons…

Cela m’a ramené un an en arrière, à ce reportage radio que j’avais entendu, réalisé par une amie, depuis le Pakistan, quelques jours après la catastrophe, où elle racontait les répliques, la nuit dans les ruines et l’odeur de la mort.

C’est déjà pas mal que quelques journalistes en aient parlé. Des centaines de milliers de morts, et une couverture médiatique bien moins épaisse que pour l’élection de Miss Suisse, dont on se foutait (et dont on se fout toujours) éperdument, et qui a squatté nos journaux pendant des mois (en même temps que la grippe aviaire d'ailleurs...coincidence?). Enfin nos journaux, c’est un bien grand mot… Mais le journal le plus lu quand même…

Mais surtout, quelle drôle de sensation que d’entendre une amie parler de cela quand on vient de sortir d’un lit bien chaud et qu’on est sur le chemin du travail : cette nuit, elle a « senti la mort au milieu de ruines et des pleurs d’enfants », alors que moins de huit jours avant nous mangions, buvions et riions ensemble.

Quelle odeur cela peut-il bien avoir la mort ? Comment se sent-on après une telle expérience ? Pourrais-je faire la part des choses après avoir côtoyé une telle misère ?

Eh bien heureusement, ce genre de chose n’empêchent pas de partager un bon repas, quelques semaines plus tard, sans le relever…

Etrange pudeur.

Terribles et cruels paradoxes du monde.

Mais que faire ? Le simple fait de ne pas savoir répondre à cette question est d’une terrible lâcheté. Mais je suis lâche. Ma seule consolation est que je suis de loin pas le seul.

Mais dire ça, c’est aussi d’une lâcheté sans nom…

« Dis, ça sent quoi la mort ? »

« Flashback » catastrophique, par Arpenteur, parfumeur depuis 1971

(c)photo arpenteur2005

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Dimanche 15 octobre 2006 7 15 /10 /2006 16:43

 

C’est un de ces soirs d’automne où le jour finit trop tôt, dévoré par la grisaille.

Il a malgré tout l’esprit léger et joyeux quand il arrive sur ce grand parking, juste à un pont bleu des lieux de son enfance.

Qui ne le serait pas, à la perspective de retrouvailles entre contemporains, une soirée passée à évoquer des souvenirs et à parler d’avenir, tout en partageant la tradition automnale d’une brisolée.

Il ne sait rien d’autre de cette soirée à ce moment-là, lorsqu’il s’approche du groupe d’une dizaine de personnes qui attend déjà.

Il ne sait pas.

Il passe de l’un à l’autre, de salutations en banalités. Et au milieu de ces visages connus et moins connus, un regard. Des yeux verts qui illuminent un sourire mystérieux et magique.

Puis c’est comme s’il savait.

Ce regard qui croise le sien est comme une étincelle qui allume quelque chose au fond de son âme, au fond de sa vie.

Il ne sait pas, ils ne savent pas que cette étincelle qu’ils ont tous deux vu jaillir malgré eux, est la première lueur d’un feu intense qui va les brûler si longtemps.

Le groupe se déplace jusqu’à un restaurant où la brisolée les attend.

Il et Elle ne savent rien de cette soirée qui les emporte.

Le repas se passe, comme ils rêvent leur vie, festive, entre amis, joyeuse.

Ils rient tous deux, leurs regards se croisent parfois, attisant leur curiosité réciproque, plus brûlants que les châtaignes noircies qui réchauffent leurs doigts. A quelques chaises de lui qui rit, insouciant, elle demande à une voisine de table le prénom de celui qu’elle a rencontré il y a moins d’une heure, et découvre avec un étonnement qui titille encore plus son intérêt qu’il porte son prénom préféré.

Ils ne se parlent pas. Seuls leurs regards quelques fois se disent des mots qu’aucun d’entre eux n’ose encore penser.

Et dans la soirée qui s’avance, qui court si vite vers le jour et sa réalité, ils n’ont que de rares occasions de se croiser, de se parler, de se découvrir. Juste assez pour attiser cette envie qui les brûle.

Il et Elle ne savent rien.

Avant de rentrer, il ose se faire inviter dans sa voiture, pour ne pas rentrer à pied. Il se surprend lui-même d’une telle audace.

Peut-être qu’il sait.

Elle accepte. Il l’attend, impatient, apeuré, gêné, presque étourdi, le temps qu’elle dise au revoir à un ami.

Le trajet est court, il se sent confus de s’être imposé pour si peu de route. Et il parle. Il parle pour remplir le vide qu’il doit bientôt laisser dans cette voiture en la quittant. Il parle pour la découvrir. Il la découvre en l’écoutant. Elle parle, elle ne veut pas que son silence ne le fasse partir trop vite.

Et la nuit s’étire sur la place qui les entoure qu’il connaissent si bien. Pourtant ils sont hors du temps et du monde, c’est comme un rêve qui les emporte, jusqu’à ce que la réalité prenne le dessus.

Il se sont connus, ils se sont appris.

- Il faut vraiment que j’y aille, on m’attend, s’entend-elle dire à regret.

- Oui, je sais.

-  Au revoir, et à bientôt sans doute. 

- Qu’est ce que c’est dur de sortir de cette voiture. »

Il ouvre la porte, se lève et sort.

Elle le regarde partir, il se retourne et la voit. Il espère deviner un dernier sourire dans la pénombre.

Il ne voit rien.

Mais il sait.

« Flashback » septennal, par Arpenteur, amoureux depuis Silvia

(c)photo arpenteur2003

Par Arpenteur - Publié dans : Flashback
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Jeudi 9 novembre 2006 4 09 /11 /2006 12:49

Voilà un an, j’ai pris mon paquetage, et suis allé me faire « libérer de mes obligations militaires ». Je l’avais attendu longtemps cet « ordre de marche » form. 7.3/IVf.

J’ai jeté dans de grandes caisses mes vêtements, ma gamelle, mon masque à gaz, ma gamache lumineuse, mon fusil, mon casque, et plein d’autre choses dont je ne savais même plus le nom, et encore moins l’usage…

Ça faisait exactement 16 ans et 4 mois que j’attendais ce jour. Non pas que j’étais soldat professionnel, non, j’étais juste Suisse. Je le suis encore d’ailleurs, mais trop vieux pour être utile à la défense de la patrie (l’ai-je d’ailleurs été un jour ? utile… pas moins vieux).

J’avais découvert ce monde étrange de gris-vert et de petits roquets moustachus qui ne tiennent debout que par leur uniforme, lors du recrutement.

Le recrutement c’est simple : c’est une journée où tu te retrouves entre mecs de 18 ans à faire semblant d’être nul en sport, pour ne pas être pris dans une unité trop dure, et ensuite tu vas boire dans les rues en mendiant de l’argent aux passants. Si tu te sens mélomane, tu peux même prendre un tambour pour faire ça. Et dans ton groupe, il y a toujours un qui, soit est mélomane (quoique), soit aime bien taper sur des trucs, ce qui est plus fréquent.

Quelques mois plus tard, tu fais ton petit sac. Trois slips, ça suffit, il paraît que le reste c’est fourni. Tu prends le train gratos, et tu te retrouves à l’autre bout du pays. Bon c’est vrai qu’en Suisse, ça fait pas super loin non plus, mais ils parlent pas comme nous là-bas, et ça fait peur. On dirait qu’ils crient tout le temps. « Rekrüe Arpenteur, daher !! ». Ah oui, tiens, ils crient tout le temps.

On te donne des jolis habits en laine verte (oui ça date quand même, et on a jamais été au top de la technologie), et on t’apprend à dire bonjour à des arbres, à des poteaux, à des remorques, à des abrutis, et même à des grosses nouilles.

Tu apprends à dormir à 100 par chambre, avec 6 douches, tu t’habitues à plein de nouveaux mots comme Fassmannchaft, Tagwach (qui se crie uniquement), Sammlung, Planton batterie 1, Pinzgauer (pinz pour les intimes), exercice de réaction, et 2DM. Après tu découvres les joies du camping, de la marche de nuit en forêt (voilà pourquoi tu as un casque d’ailleurs), du tir, du cirage, du lunch, et de la garde. Bon c’est pas toujours aussi marrant, car des fois tu as des sorties au village, où il n’y a qu’un seul bistro, dans lequel dorment les officiers, et de toute façon tu dois rentrer à « vingt-deux zéro zéro », et après celui qui dort en-dessus de toi vomi sa bière sans même se réveiller…

Tu apprends à aligner 100 capuchons de gourde dans le même sens, et une fois par semaine tu étales tout ton matériel dans la cour, de préférence quand il pleut, pour bien montrer que tu n’as rien perdu, sinon c’est SBG (« Essebégué », pour Suchen bis gefunden en français fédéral), pour tout le monde. Attention en particulier aux sardines de tente. Merci.

Tu fais exprès d'être nul (et des fois c'est super dur, si si, je vous jure) et de ne rien comprendre, sinon on te force à devenir chef, et tu dois te taper 200 jours en plus. Alors finalement ne deviennent chefs, que ceux qui ont pas pensé à être plus nuls que toi, et du coup, ce sont ceux qui sont naturellement nuls. Mais chhht, faut pas le dire, il y a des espions chinois et américains qui lisent  et ça peut être dangereux... (oui, l'espion du Liechtenstein a congé aujourd'hui, pour un match de foot du fils de sa nièce.)

Et puis un jour, après que tu les aies tous comptés un par un sur les cloisons des toilettes, tu arrives à ce 118ème, et tu rentres chez toi...
Jusqu’à l’année d’après, où on te reconvoque, pour trois semaines de vacances campagnardes, pour répéter tout ce que tu as appris (d’ailleurs ça s’appelle « cours de répèt’ »), et ça consiste en particulier à réapprendre à dormir dans des abris anti-atomiques mal aérés avec beaucoup d’hommes ivres. Et quand enfin tu as passé 300 nuits comme ça, étalées sur une quinzaine d’années, on te convoque pour te « faire libérer de tes obligations militaires ». Plus personne ne compte rien. Pas même les sardines de tente...

Tu jettes tout. « Non, merci, je ne garde pas le ceinturon. Le fusil non plus, non, non, vraiment pas, désolé »… Et là tu te dis que tu sais pourquoi tu payes des impôts…

Finalement j'aurais peut-être dû le garder, le fusil…

« Flashback » troupier, par Arpenteur, civil depuis 1971

(c)photo arpenteuse2003 - berlin

Par Arpenteur - Publié dans : Flashback
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Samedi 3 février 2007 6 03 /02 /2007 13:31

Les hôtels c’est bien. Non seulement, la plupart du temps, ça veut dire que l’on est en congé, mais il y a aussi de super buffets de petit déjeuner devant lesquels tous les clients défilent. Dans presque tous les hôtels, pas besoin de chercher les étoiles.

Les hôtels autour de la Méditerranée, c’est bien. Non seulement, la plupart du temps, ils ne sont pas trop loin de la mer, mais il y aussi du carrelage dans toutes les pièces, y compris les chambres, pour ne pas trop souffrir de la chaleur. Même en janvier à Barcelone. Tu ne risques pas de te brûler avec le sable, mais par contre tu hésites à poser le pied par terre en sortant du lit.

Vu que l’isolation ça ne sert pas à grand-chose dans ce genre de région, cela te permet de passer ton week-end en compagnie de tout le septième étage (et non à l’étage de la 7ème compagnie, quoique c’est un peu ça).

A la 704, tu as le couple de hollandais qui s’engueulent comme les murs plâtre, probablement pour savoir qui est le plus grand. En face, dans la 707, il y a les deux allemandes qui lorsqu’elles traversent le couloir font autant de bruit que le 28ème de cavalerie pendant la charge. Dans les hôtels en carrelage, les talons et les blondes devraient être totalement interdits. On dirait qu’elles font le tour de notre lit en essayant de nous percer les tympans à coups de talons. Mais non, elles marchent simplement dans le couloir.

Ma soppratutto, à la 708 et à la 706, il y a deux couples d’italiens. C’est sympa les italiens. Ils ont gagné la coupe du monde, alors rien que pour ça, on ne peut pas leur en vouloir. Mais pour d’autres choses, presque oui. D’abord tu as Gino, qui pour ne pas déranger sa femme, va téléphoner à la Mamma, dans le couloir. Il parle tellement fort qu’il ne se rend pas compte que même en sortant de la chambre, Fernanda entend toute la conversation comme si elle en faisait partie. Nous aussi d’ailleurs. Et même s’il n’était pas allé dans le couloir.

La Mamma est vite rassurée que tutto va bene, et que ritorna a casa bientôt, et que mangia abbastanza, si, si, et nous, nous sommes rassurés aussi. Puis les quatre amici non comminciano a sentire un pò la fatiga, mais plutôt se mettent à faire un concours de mime avec les mains, ou quelque chose du genre, et à glousser de rire comme s’ils étaient à la Scala di Milano. Mais nous, nous entendons très bien qu’ils ne sont pas à la Scala. Ils sont dans la 708. Ils se décident finalement à aller manger una pizza, et nous sombrons enfin dans un sommeil bien mérité après une semaine de dur labeur.

C’est alors qu’au milieu de la nuit, peu de temps après que la cavalerie allemande soit rentrée, et que j’aie réussi à me rendormir, je suis réveillé par un miracle.

« Ô Dio ! ô Dio ! ô Dio! » implore la ragazza de la 706. Au début je pense tout de suite à une apparition. Je regarde partout dans la chambre, mais pas le moindre spectre divin. Pourtant, vu le niveau sonore, je suis persuadé que cela se passe carrément au pied de mon lit, voire sur mon coussin. Les incantations reprennent de plus belle, entrecoupées de quelques gémissements, qui ne laissent planer aucun doute sur le miracle en train de s’accomplir : Fernanda est en train de faire croire à Gino qu’elle jouit. Simulateurs les italiens ? D’aucuns diront que dans les 16 mètres ça arrive parfois. Mais je peux vous confirmer que dans une chambre de 16m2… aussi. Enfin, les italiennes surtout.

Et apparemment les voix du seigneur sont loin d’être impénétrables. Quelques dizaines de « ô Dio ! ô Dio ! ô Dio ! » aussi crédibles que le doublage en suisse allemand d’un f*ilm p*orno moldave à 2 balles (n’y voyez aucun jeu de mot, merci) plus tard, Gino réussit à marquer le but, car la foule en délire Fernanda se calme. Les autres commencent alors dans la 708, mais de façon quand même un peu plus discrète. Je n’ai plus l’impression qu’ils sont dans mon lit, mais seulement sur le fauteuil sous la télé, et je parviens à me rendormir, sans savoir si l’autre partie se termine aussi sur un match nul.

Ce qui me permet de revenir au buffet du petit déjeuner, et au plaisir qu’il y a de voir défiler tous les clients, en imaginant qui est Dio, et qui a manifestement raté une carrière dans le doublage au cinéma.

Ben finalement on se dit que ça pourrait être n’importe qui, et que le reste de l’hôtel peut penser que c’est nous.

Et ça, ça fait froid dans le dos…

Impasse sur le buffet, deux croissants à l’emporter et on file en vitesse arpenter la ville…

« Flashback » sonore, par Arpenteur, europhile depuis 1971

(c)photo arpenteur2005

Par Arpenteur - Publié dans : Flashback
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Samedi 5 mai 2007 6 05 /05 /2007 10:49

J’ai bien senti que le post sobrement intitulé « c’est off » avait fait naître un frisson de terreur parmi toi, éclairé lecteur. Et un grand vide. Si, si, je sais, ne fais pas l’innocent, tu as passé des jours et des jours à te tirer tout seul sur la souris dans l’espoir de voir jaillir une nouvelle virgule…

Et le retour tant attendu t’a quelque peu laissé sur ta faim, alors que tu avais comblé le manque d’endorphines consécutif à mon absence à coup d’oreilles de lapins en chocolat noir 97%.

Depuis, tu te demandes avec raison : mais bon sang de bonsoir, qu’est-ce qu’il a foutu l’arpenteur pendant tout ce temps, à nous laisser nous gaver de campagne électorale amère et d’animaux en chocolat trop sucrés ? Ou tu ne le te demandes pas, puisqu’il semble que tout le monde s’en foutait, de ce que je foutais.

Vu que tout le monde s’en tamponne comme de la dernière coupe de cheveux de Marcel Grunier (le voisin de pupitre de Clara Morgane en primaire) et que ce n’est pas follement intéressant, je vais tout te dire. Ben oui, n’est-ce pas là le principe d’un blog : raconter des choses inintéressantes à des gens que cela n’intéresse pas, mais perdre son temps à les écrire parce qu’on a rien d’autre à faire, et surtout pas envie de bosser… ?

Eh bien, je suis parti en vacances. Jusque là, pas de quoi faire l’ouverture du 13h de Jean-Pierre Pernaut-Ricard, surtout pas la veille de la Fête de la cordonnerie médiévale de Sainte-Kelly-sous-Brandon.

Mais si je te dis que ce furent des vacances à la base d’aventures risquées, d’animaux marchant sur le ventre, d’hôtesses de l’air et de position horizontale, je sais que tu n’en peux plus d’impatience.

Inutile de te cacher, je te vois. Tout excité, comme un producteur de téléréalité découvrant qu’un jeune homme sourd seul survivant de sa famille suite à un léger dérapage de sa sœur hyperactive qui s’est un jour laissé emporté en jouant avec la tronçonneuse de papa, s’est inscrit à son casting pour essayer de réprimer quelque peu ses pulsions sexuelles envers les hamsters roux en se plongeant à fond dans sa passion pour l’operculophilie.

Afin d’éviter que tu en foutes plein le clavier (de la bave d’impatience, hein, rien d’autre… gros déguelasse), je vais t’en dire un peu plus. Et te raconter trois trucs. Sympa non ?

1. J’ai eu beaucoup de chance, car j’ai fait des trucs risqués. Tu veux un exemple ? Ok, c’est bien parce que c’est toi : j’ai pris le risque de quitter le continent. Ce n’est pas ça le truc risqué, je précise, surtout que la Suisse n’est pas vraiment en Europe, donc je suis assez habitué à cette situation. Par contre, le truc de dingue que j’ai fait, c’est d’aller prendre une correspondance aérienne en France le week-end de Pâques. Et c’est là que le miracle s’est produit : il n’y a eu qu’une seule heure de retard, à cause d’une seule grève. Alors après ça, j’ai joué à la loterie. Je me sentais en veine. Je n’ai rien gagné. Je m’en doutais, j’avais tout grillé mon capital-chance.

Déjà là, je sens que tu es sur le cul, tellement tout ceci est extraordinairement passionnant. Et pourtant ce n’est pas tout.

2. J’ai battu ensuite un record de course à pied sur terrain naturel accidenté : j’ai parcouru peut-être 5km en 2 secondes 3 dixièmes, et j’ai attrapé la maladie de parkinson, dont j’ai guéri après une heure (sans n’avoir jamais étudié médecine).

En fait, je me baladais seul dans le lit presque totalement asséché d’une rivière, dans une région proche du Tropique du Capricorne selon Elisabeth Tessier la carte. Assez sauvage comme endroit mais très beau, avec des animaux aux noms étranges comme des oréotragues, des damans, ou encore des oryx, qui se demandaient ce que je foutais là tout seul à faire autant de bruit pour les faire fuir (en fait j’avais la trouille d’eux, et surtout de ceux que je ne voyais pas, d’où le bruit).

C’est alors qu’à environ 2-3 mètre de moi j’ai vu ça se dresser devant moi. Après une intense réflexion qui a duré au bas mot un tiers de milliardième de nanoseconde, j’ai pensé que l’athlétisme était un sport assez intéressant, et j’ai décidé de me lancer à fond dans un carrière de sprinter. Je me suis découvert un talent certain pour le rétro-départ-arrêté, et ce n’est que quelques kilomètres plus loin que les parachutes de freinage ont réussi à ralentir quelque peu ma course.

Alors je me suis rendu compte que j’étais atteint d’une forme particulièrement virulente de maladie de Parkinson, puisque mon corps entier tremblait, même les oreilles, les aisselles, et la langue… En moins d’une heure, je me suis soigné, mais je n’ai pas fait breveter la médication, pas eu le temps, désolé…

3. Je suis conscient que si tu as lu jusqu’ici, c’est uniquement à cause du teasing de l’hôtesse de l’air, que j’ai utilisé avec talent un peu plus haut dans ce billet. Alors je ne vais pas te faire languir plus longtemps.

Oui.

Oui, j’ai réalisé le fantasme dont tu rêves depuis que tu as vu l’oiseau voler : j’ai passé un moment intime avec une hôtesse de l’air dans un avion. Comment que j’ai fait, tu te demandes, n’est-ce pas, en rêvant de pouvoir faire pareil à l’occasion. Grand seigneur, je te donne la méthode infaillible, mais tu gardes ça pour toi, ok ?

En fait c’est très simple. D’abord, tu attends que tout le monde s’endorme dans l’avion, et surtout l’arpenteuse (ben oui, quand même, faut rester discret). Ensuite, tu te lèves, l’air de rien, comme pour aller aux toilettes, un peu comme si tu te sentais pas bien. Puis quand tu arrives devant la porte, juste à côté de la petite cuisine où les hôtesses sont regroupées en troupeau pendant que tous leurs passagers dorment, tu fais un malaise.

Et là, ça marche à tous les coups : elles te prennent dans leur bras, t’allongent délicatement sur le sol, te caressent le visage, puis te mettent un masque à oxygène (ben oui, de nos jours, faut se protéger… sortez couverts). Pendant quelques instants de délice, tu es le centre de leur attention, jusqu’à ce qu’un steward arrive avec un vieux médecin qui voyageait à la place 47E. Là tu te dis que c’est raté : comme tu as en plus peur du steward (tu sais ce qu’on dit sur les stewards…), et qu’il fait sombre, tu reprends vite tes esprits, et tu retournes t’asseoir sans réveiller l’arpenteuse, qui t’engueulera ensuite quand tu lui raconteras, parce que tu as eu le culot de risquer encore une fois de mourir sans elle.

Et pour tout dire, cette chute était bien meilleure que celle de ce billet... mais ça tu l’avais deviné tout seul.

« Flashback » baroudeur, par Arpenteur, tour operator depuis 1971

(c)photo arpenteuse2007 - etosha, namibie

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Mardi 22 mai 2007 2 22 /05 /2007 17:34

Je suis retourné en colonie.

Pas les colonies où on a des boys et on se la joue petit roi, parce que la couleur de sa peau est plus claire, ni celle où l’on s’installe en faisant comme chez soi, sans même avoir demandé l’autorisation du propriétaire des lieux, parce que « de toute façon, t’a rien à dire Bamboula ! »

Non. La colonie où nos parents nous envoient pour avoir un peu la paix pendant les vacances, la colonie de Pierre Perret, avec les guitares, tout ça tout ça.

A la colonie, je n’y suis allé qu’une seule fois. A 11 ans. Donc voilà 25 ans que je n’avais pas remis les pieds là-bas.

Premier constat, ça fout un coup de vieux de pouvoir se souvenir de lieux où l’on n’a pas été depuis 25 ans… avec la barbe qui pousse blanche, ça commence à faire beaucoup…

La colonie, à 11 ans, ça reste pour moi un endroit plein d’enfants inconnus, qui eux se connaissaient déjà, car venant tous du même village, qui n’était pas le mien.

C’est un endroit où j’étais le plus petit des « grands garçons » comme on disait, parqués dans le chalet de droite, sous les toits. Le chalet de gauche c’était les filles. Marrant ça, non ?

Un endroit où j’étais triste, et où je me sentais seul.

J’y ai retrouvé le même chalet, ses trois étages (petits, moyens, grands), mais les plafonds sont devenus beaucoup plus bas.

J’ai admiré les magnifiques planchers de bois bruts de chez brut, et les meubles très anciens qui me semblaient alors tout pourris.

J’ai revu le terrain de foot, devenu lui aussi beaucoup plus petit par je ne sais quel miracle, sur lequel les grands tapaient trop fort dans le ballon de cuir trop gonflé, pour gagner le tournoi à tout prix. A l’époque notre équipe s’appelait l’Italie. Je ne sais plus si nous avions gagné.

Je suis retourné dans ces caves dans lesquelles nous faisions du bricolage.

J’ai revu ces douches, qui, glacées, servaient de châtiment pour les trop chahuteurs.

J’ai traversé ce pré dans lequel je promenais mon cafard, justifiant mes yeux rougis par un rhume des foins persistant.

J’ai retrouvé la cuisine dans laquelle, comme dans toutes les colonies, on essuyait de la vaisselle dépareillée au dessin complètement délavé, avec des linges à carreaux toujours trop mouillés.

Dans le bâtiment allongé du réfectoire, j’ai retrouvé l’odeur des produits de nettoyage et le sol en lino. La salle à manger elle aussi est devenue plus petite. Cette salle à manger dans laquelle nous devions certains soirs écrire des cartes postales à nos parents. Où j’avais écrit tout le mal que je pensais de ces lieux où je m’ennuyais terriblement, détestant la vie de groupe, les chants autour du feu, et tout ce qui fait rêver les « colons ». Carte dont le contenu n’avait pas échappé à la « censure » qui régnait, et qui m’avait valu un entretien avec le directeur, qui en avait d’ailleurs informé mes parents, tout étonnés (et peut-être fiers) du nombre de gros mots que je savais écrire sans faute.

Et le petit enfant que je suis s’est souvenu des propos du directeur lorsqu’il m’avait pris à part, me rendant attentif à la chance que j’avais d’être en bonne santé, de manger à ma faim, d’avoir une famille et des amis. Je ne sais plus si j’y avais été sensible, à l’époque. Sans doute pas.

Mais ce week-end, en mangeant, buvant, chantant et riant toute la nuit pour l’anniversaire d’un cousin qui comme presque tous les autres, a passé parmi les meilleurs moments de son enfance, puis de sa jeunesse, comme moniteur, dans ces trois chalets, j’ai dit en pensée au directeur qu’il avait raison. Et c’est peut-être depuis ce jour-là que je suis si terriblement, et parfois douloureusement conscient de ma chance.

Ce qui a changé en 25 ans ?

D’abord, à l’époque, quand quelqu’un avait 40 ans, je n’étais pas invité.

Ensuite, tout est devenu plus petit, ou moi plus grand, et mais surtout je ne me suis pas senti seul.

Enfin, si j’ai eu les yeux humides, c’est du plaisir de voir danser l’arpenteuse au son de la guitare, sans qu’elle sache qu’on pouvait la voir.

« Flashback » cafardeux, par Arpenteur, colon depuis 1971

(c)photo arpenteur2005 - transsibérien, russie

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Vendredi 22 juin 2007 5 22 /06 /2007 08:59

Au mois de juin, il y a des traditions. Le rhume des foins, les appels (surtout le 118 218 18), la coupe du monde (enfin pas tout le temps), le recrutement (enfin, en Helvétie), et les examens de fin d’année. Collèges, lycées, universités, examens professionnels, tous y passent.

Saison bénie où le soleil brille enfin avec conviction, où les terrasses ne désemplissent plus, où les jours s’allongent sans fin, et où les jupes raccourcissent enfin.

Saison maudite où la jeunesse s’enferme derrière des stores baissés pour ne pas succomber à la tentation, goûte l’amertume d’une boule au ventre permanente, et se bourre le crâne au lieu de la gueule.

Combien de mois de juin ai-je passés ainsi, je ne sais plus. C’est fini depuis 7 ans.

Et voilà que ça recommence. Examens oraux de fin d’année dans une école de commerce, pour la « maturité » (c’est comme le bac, mais en vrai en Suisse).

Cette année toutefois, pas de boule au ventre, pas de stores baissés. Pour une journée, je suis passé de l’autre côté du pupitre. Je suis retourné dans les couloirs d’un collège sans petite fiche à réviser au dernier moment, sans écouter AC/DC à fond dans le walkman (NdlR pour les djeunz qui passent des examens : walkman = dispositif transportable du XXème siècle permettant d’écouter de la musique stockée sur bandes magnétiques) pour rentrer dans la salle avec le couteau entre les dents, et sans mon t-shirt fétiche porte-bonheur que je ne laverai pas jusqu’à la fin de la session.

Expert… Presque comme dans la série télévisée, mais sans Miami.

C’est sérieux ça. Il me l’a dit mon copain le prof que je vais assister : on est pas la pour déconner, mais il y a de quoi faire des bons rires. Tous les quarts d’heure, ça change : des grands, des chevelus, des petits, des frimeurs, des blondes, des pâles comme la mort, des gros, des rasés, des timides, des qui sont vraiment pas gâtés, des avec l’œil vif comme un veau en pleine rumination, des stressés, des trop à l’aise, des verts de trouille, et des pas mûrs.

Il y a ceux qui rentrent les yeux baissés, comme s’ils étaient dans la cour, lieu de toutes leurs souffrances et humiliations, et qui demandent d’une voix chevrotante s’ils doivent tirer une question. Ceux-là, tu n’oses pas trop les torturer, c’est déjà leur quotidien.

Il y a celle qui rit avant même d’entrer, sourire sur-rire de gêne et de séduction mêlées, qui ne trompe personne, et que seule une fille de 18 ans au pied du mur sait faire.

Il y a les silences qu’on prend un malin plaisir à ne pas combler tout de suite, en se remémorant nos propres silences d’antan. On prenait l’air concentré, essayant de réfléchir, alors qu’en fait on ne pensait qu’une seule chose, comme lui aujourd’hui, « mais putxxx c’est quand qu’il va me la tendre cette perche ce con », pour finalement soupirer un « ah oui », d’un air pas du tout convaincu.

Il y a ceux qui rament avec autant d’acharnement qu’un kayakiste lancé à la poursuite de saumons remontant une rivière, et qui tentent toutes les réponses possibles, même les plus improbables, espérant que leur flou se perde dans le trouble des remous qu’ils font. Mais malgré leurs efforts, ils se prennent tous les rochers, et le kayak se retourne sans cesse. A bout de souffle et ils boivent la tasse.

Il y a celle, oui, celle, car seule une fille peut faire ça. Celle qui maîtrise son sujet, mais qui hésite juste sur un petit détail, et qui finit par trouver la réponse d’elle-même avec un petit coup de pouce souriant. Mise ainsi face à ses lacunes qu’elle estime incommensurables, elle fondra en larmes avant même de passer la porte, avec la note maximale.

Enfin il y a en a qui coulent à pic, encore plus vite que le Titanic, et sans l’orchestre. On les voit se débattre sans grande conviction dans l’eau glacée, attendant simplement leur libération. On leur tend des cordes, des bouées, des chaloupes de sauvetage, des perches que Bubka leur envierait, on se transforme presque en Moïse pour écarter les flots et essayer de leur permettre de donner une réponse. Juste une. Mais non, l’esprit ailleurs, ils se laissent couler, souriant de dépit pour certains, ironiques envers nos efforts pour les uns, indifférent à tout ce qui peut leur arriver pour les autres.

Les vacances c’est pour bientôt. Qu’importe le reste, non ?

« Flashback » pas si back, par Arpenteur, au tableau depuis 1971

(c)photo arpenteur2006 - boston, usa

Par Arpenteur - Publié dans : Flashback
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