Je vais crackers
Tout le monde a son petit bruit fétiche, le son qui l'exaspère au plus haut point, au point d'orgue devrais-je dire.
Moi c'est les chips.
Pas les chips partagées entre amis autour d'un jovial apéro, où personne n'ose jamais prendre la dernière. Non.
Les chips grignotées en solo, dans un lieu bien tranquille, celles dégustées avec lenteur et délectation, en fouillant bien au fond du sachet pour trouver la plus grosse que l'on fera craquer délicatement, mais de façon délibérément sonore dans sa bouche, pour la manger en plusieurs morceaux, histoire de faire durer le plaisir, et mon calvaire.
Et ainsi de suite.
L'une après l'autre, jusqu'à la fin du paquet, de la plus grosse à la plus petite, dans un interminable croustillement, tout en se léchant goulûment les doigts entre chaque plongée dans le sachet (pourquoi d'ailleurs sont-ils systématiquement dans le plastic le plus bruyant qui soit ?).
Et dire qu'il y a même des experts en marketing qui font des recherches pour rendre les chips encore plus craquantes, et qui s'en servent comme argument publicitaire. Et bien ceux-ci, comme tous ceux qui grignotent, j'ai envie de leur planter mon stylo dans les yeux, lentement, pour les sortir de leurs orbites, l'un après l'autre, et remplacer leur insupportable « crr, crr, crr... », par un « plop » délicieux. Puis les jeter au fond du paquet, secouer le tout (bruyamment, évidemment) pour récupérer tout le sel et la moindre petite miette, et leur faire goûter ce nouveau délice oculaire culinaire qui glisse tout seul au fond de la gorge.
Et ce dans un silence apaisant, qui laisse autrui bien tranquille, pour lire, écrire, regarder un film, dormir, ou juste arpenter la vie, sans risquer de péter les plombs.
Tout le monde a son bruit, non ? Vous c'est quoi ?
Moi c'est les chips?
« Humeur » gastronomique, par Arpenteur, ophtalmologue depuis 1971