Pisser dans un violon

Publié le par Arpenteur

Et pourquoi pas péter dans un accordéon, vomir sur un xylophone, chier dans une flûte à bec, se moucher dans un piano à queue, cracher dans une vielle à roue, se curer les oreilles avec un cor des alpes, se frotter les yeux avec une guimbarde ?

Tout le monde le sait, la langue française est pleine d’expressions dont on ignore l’origine. Une fois de plus c’est ici que vous trouverez la réponse à toutes les questions que vous ne vous posez pas, parce que vous n’avez pas que ça à foutre, et vous avez bien raison.

Mais quand il faut remplir un blog, quand il faut fidéliser les lecteurs sans photos de nichons, et les lectrices sans commentaires sur la nouvelle crème antiride aux liposomes enzymatiques à rotation alternative, il faut parfois payer de sa personne, et développer votre culture musicale.

Pisser dans un violon ? Pourquoi donc cette expression a-t-elle traversé la route et les âges ?

Depuis tout petit, Jean-Fernand Stradivarius, d’Ingres, souffrait d’incontinence. A peine né, il se pissait dessus. Comme tout un chacun (et chacune, ne faites pas vos petites princesses mesdemoiselles), me direz-vous, avec votre perspicacité coutumière. Certes. Mais le problème de Jean-Fernand était que son incontinence était permanente, même passé l’âge, comme on dit. 

Il n’avait absolument aucun contrôle de sa vessie.

Qu’il soit en classe, à la boum de Anne-Bérénice, sur les genoux de Tonton Dylan, ou dans les vestiaires après son entraînement de jokari, Jean-Fernand devait en permanence porter des Pampers sous ses jeans (merci à Pampers de m’envoyer le chèque comme convenu, en rajoutant un zéro, parce que je suis sympa). Ce qui n’était pas particulièrement discret, et qui lui valu très tôt le surnom de « Lélasticla ».

Pour oublier ces moqueries, il se lança accords à corps perdu dans la musique. Il commença par l’harmonica. Mais cela ne résolut pas son problème de fuites, et qu’il soit dans la bibliothèque municipale rayon « biographies de bouriates pratiquant l’origami en apnée», à son cours de musique avec Madame Cynthia Dumolard, ou à son bureau de technicien en viande au 2ème étage de la charcuterie Dupain, il devait toujours porter ces insupportables pampers, qui lui faisaient des irritations dans les plis, et des moqueries dans les oreilles.

Il s’essaya alors au triangle, puis aux maracas. Mais rien à faire.

Il eût la révélation lors d’une soirée un peu arrosée qu’il termina au poste de police : il allait se mettre au violon et faire de la musique de pot de chambre. Enfin un instrument qu’il pouvait aisément et plus ou moins discrètement remplir en cas de besoin.

Cela ne résolut pas non plus son problème, mais ça en donnait l’impression, puisqu’il a ainsi pu abandonner les pampers.

Finalement, pisser dans son violon n’avait aucun effet. Il restait incontinent.

Son, ou plutôt ses, instruments lui apportèrent toutefois des trompettes et de la renommée bien au-delà de la bretelle-nord d’Ingres, puisque sa première composition sobrement intitulée « L’apaisant petit fil jaune » (puisque le « Beau Danube bleu » était déjà pris, paraît-il) connu un succès quasi planétaire.

Jean-Fernand Stradivarius décéda en pleine gloire, lorsque son œuvre était à la deuxième place du Top50 depuis plusieurs semaines (la première place étant squattée depuis la fin du XVIIème siècle par le générique de la Nouvelle Pop Star Academy de Models). Il mourut d’une fracture de la vessie seulement quelques jours après avoir épousé, en première page d’un de ses Galas et à l’église d’Ingres, la dame-pipi de l’opéra Bastille de Sydney.

En l’honneur de l’apport de Jean-Fernand à la musique, l’expression pisser dans un violon est restée dans le langage courant, et signifie « être totalement inutile », ce qui en soi justifie totalement sa présence sur ce blog…

A noter que de nos jours cette expression tend parfois, voire de plus en plus, à être remplacée par celle-ci : « mettre son bulletin dans l’urne »…

« Pourquoi » diurétique, par arpenteur, luthier depuis 1971

(c)photo arpenteur2003 - bruxelles

Publié dans Pourquoi

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Emeraude 06/12/2007 13:52

j\\\'adore ! :-)

milou 12/11/2007 00:56

Tiens c'est marrant, j'avais moi aussi, il y a quelques temps, une "revisite" bien de chez moi de ces expressions que personne ne comprend. C'était tellement mauvais que je les ai jamais publié, ces grosses merdes.VOILA ce que ça donne quand c'est quelqu'un qui a du talent qui reprend l'idée ! Clap clap !

Frenchmat 11/11/2007 20:44

Voilà une étymologie solide ! (mais liquide).

Madame Poppins 08/11/2007 20:56

Je dois avoir un problème : malgré l'inutilité (relative), je continue de glisser un bulletin dans l'urne. Tiens, serait-ce là aussi un endroit pour se soulager ?

Arpenteur 08/11/2007 21:00

Sans aucun doute. Et il faut absolument continuer...
J'espère ne pas avoir fait passer le message inverse...
Continuez à pisser dans vos violons... c'est parfois une plus jolie musique que d'autres choses...

STV. 08/11/2007 18:43

Et moi qui pensait que cette expression signifiait "pisser harmonieusement", parce que nos soulagements urinaires sonnaient aussi mélodieusement qu'un chant de galinette cendrée !